6. Vogue et décadence du genre
Une autre lignée illustre était née en Espagne : celle des Palmerines. Le Palmerín de Oliva eut une première édition en 1511 et semble bien être une imitation de l'Amadis. On y retrouve, en effet, des épisodes semblables : naissance secrète de Palmerin, amours de Palmerin et de Polinarda, triomphe de Palmerin sur le Grand Serpent qui garde la fontaine merveilleuse d'Artifaria. Palmerin résiste lui aussi à la séduction d'autres princesses et devient, comme Esplandian, empereur de Constantinople.
Le Primaleón conte les aventures des deux fils de Palmerin, Primaleón et Polendos, ainsi que celles de Don Duardos, prince d'Angleterre. Cervantès, qui fait brûler le Palmerín de Oliva, ne mentionne pas le Primaleón, mais fait, en revanche, un éloge, jugé excessif de nos jours, du Palmerín de Inglaterra, roman dont le héros est le fils de Don Duardos et qui semble bien être l'œuvre d'un auteur portugais. Les épisodes merveilleux s'y multiplient et le plus célèbre est sans doute celui de la coupe magique, où étaient congelées les larmes de Brandisia.
En dehors de cette série des Palmerines, un autre roman a mérité les éloges de Cervantes. Il s'agit de Tirant lo Blanch, écrit vers 1460 par le Valencien Johannot Martorell, et dont l'originalité vient de la juxtaposition d'aventures épiques, d'évocations historiques (l'expédition des Catalans et des Aragonais en Orient et le destin tragique de Roger de Flor) et de scènes réalistes. De nos jours encore, on peut souscrire au jugement de Cervantès : « Seigneur ! dit le curé, en poussant un grand cri. Voici Tirant le Blanc ! Passez-le-moi, compère, car je réponds d'avoir trouvé en lui des trésors de plaisirs et une mine de divertissement. C'est là que se rencontrent don Kyrie Eleison de Montalbán, un valeureux chevalier, et son frère, Thomas de Montalbán, et le chevalier de Fonseca, et la bataille que le brave Tirant eut avec le dogue, et les finesses de damoiselle Plaisir-de-ma-vie avec les amours et les rus […]
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