Deux fils conducteurs particuliers marquent l'histoire des Pays-Bas. D'une part, outre les changements des frontières politiques à l'est et au sud, qui constituent toujours une bonne partie de l'histoire d'un peuple, les Pays-Bas connaissent un problème spécifique : les invasions et les reconquêtes sur la mer qui, depuis deux mille ans, n'ont cessé de remodeler profondément les contours à l'intérieur du pays et la frontière naturelle (mer du Nord) à l'ouest et au nord. Au cours des siècles, les transgressions marines (Dunkerque II et III) ont englouti de larges secteurs de la Zélande, du Brabant, de la Hollande et de la Frise. De surcroît, leur caractère de plat pays, situé au niveau même de la mer, exposait les Pays-Bas aux tempêtes et aux marées d'équinoxe qui, pendant des siècles, submergèrent les faibles digues. Il en résultait un habitat précaire et non permanent. D'autre part, à l'époque romaine, l'IJsselmeer, l'ancienne Zuiderzee, n'existait pas encore ; il naquit au ive siècle à la suite de la transgression Dunkerque II, coupant la Frise en deux : la Frise occidentale et la Frise septentrionale. Au sud du pays, la Zélande, constituée d'argile et de sable marins, disparut presque entièrement au cours de cette même transgression. Seules subsistèrent, entre La Haye et Alkmaar, des dunes qui protégeaient contre les marées une mince bande de terre, longue de 100 kilomètres et large de 20 kilomètres.
À partir du xie siècle, la mer du Nord se retira et, aussi bien au Nord qu'au Sud, de vastes campagnes d'assèchement et d'endiguement furent entreprises. Ce fut surtout le travail des cisterciens et des prémontrés. Vers le xvie siècle, les Hollandais furent enfin capables de maîtriser le cours normal des phénomènes naturels, mais on craignait toujours les grandes marées et les tempêtes. Pendant le soulèvement contre Philippe II d'Espagne, les Gueux de mer profitèrent de la fragilité des acquis et pratiquèrent des brèches dans ces digues afin de gêner les mouvements de […]
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