10. D'une guerre à l'autre (1919-1940)
Les rares analyses dont on dispose sur les Pays-Bas de l'entre-deux-guerres sont remarquablement concordantes : elles les décrivent comme un pays conservateur, où stabilité politique rime avec immobilité, un pays vieillot et statique, prudemment attaché à conserver les acquis. Alors que la plupart des pays voisins se laissaient entraîner par l'avalanche des « années folles » et la fermentation des esprits à Weimar vers les années trente, les Pays-Bas faisaient comme si de rien n'était. En politique, les confessionnels étaient et restaient au pouvoir ; sur le plan social et convivial, la société demeurait compartimentée en blocs statiques, appelés aussi piliers (zuilen, d'où le terme verzuilling, utilisé pour désigner ce « cloisonnement » idéologique) ; sur le plan économique, on ne faisait guère plus que de continuer sur la lancée des acquisitions de la fin du xixe siècle et du début du xxe ; le changement de cap des années trente n'eut lieu que sous l'effet des pressions internationales. La neutralité des Pays-Bas au cours de la Première Guerre mondiale explique pour une part cette stabilité. Il existe une explication plus structurelle à cette immuabilité de la société néerlandaise entre les deux guerres mondiales : le caractère spécifique du cloisonnement et la politique pacificatrice qui le doublait, rendue possible par la relative permanence des rapports de force entre les différents blocs. La répartition des cent sièges à la Chambre en fournit une bonne illustration : pendant l'entre-deux-guerres, l'écart entre le nombre le plus élevé et le plus bas des sièges emportés par les grands partis, libéraux exceptés, n'excéda jamais quatre. Des formations extrémistes comme le C.P.N. (Parti communiste) et le N.S.B. (Alliance national-socialiste) n'enlevèrent jamais plus de quelques sièges, encore ne fut-ce que pour une courte durée. En outre, les blocs ne connaissaient pas de tensions internes ; leurs leaders étaient à même de maintenir leur […]
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