Au lendemain de la mort de Luther, ses amis soulignèrent l'œuvre immense qu'il laissait derrière lui : un véritable renouveau de l'exégèse biblique, de la prédication, des sacrements et de la liturgie, ainsi que de la fonction ecclésiastique. L'école et la formation universitaire avaient subi des changements. On avait acquis une nouvelle compréhension de l'État, du mariage, de l'activité professionnelle et de la vie économique. Cette œuvre, dans ce qu'elle avait de créateur, était issue chez Luther d'une nouvelle prise de conscience de la relation avec Dieu à la lumière de l'Écriture. Il s'était représenté Dieu d'abord sous des couleurs sombres, voyant en lui le Dieu terrifiant et juge, puis il en vint à le reconnaître dans le Christ comme le Dieu miséricordieux et bienveillant qui justifie le pécheur. La volonté du Dieu juge et cependant miséricordieux devint, pour Luther, le critère qui, appliquée à l'Église, à la théologie, au monde et à l'homme, devait les redéfinir intrinsèquement et dans leurs relations mutuelles.
Le moyen dont il se servit pour cette transformation était la parole prêchée et écrite, une parole puissante et forçant l'assentiment, parce qu'il avait quelque chose d'original à dire, une parole parfois paradoxale et irritante, puis à nouveau parfaitement claire et d'une simplicité enfantine. Ayant conscience d'être l'instrument de Dieu, il se montrait incommode et ne se laissait guère manipuler. Il se livrait vis-à-vis de ses adversaires à des critiques acerbes et à des polémiques violentes, souvent même à des propos vulgaires. Mais, en même temps, il savait trouver les accents chaleureux qui consolent merveilleusement. Ce n'était pas un saint ; au contraire, il avait toujours conscience d'être devant Dieu comme un pauvre homme totalement dépendant de lui. Son portrait au regard de l'histoire ne pouvait dès lors que susciter la controverse. Salué par les uns comme un héros religieux ou national, exalté comme incarnant l'idéal culturel ou bourgeois, il devait être condamné par les a […]
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