Tenir un discours cohérent, raisonné, réflexif sur la notion de mariage relève de la gageure philosophique. Aux difficultés théoriques inhérentes au problème de la régulation de l'affectivité s'ajoute la difficulté toute particulière qu'introduisent dans le champ réflexif les disciplines récentes : sciences humaines et politiques. Non qu'elles ne permettent pas une mise à distance du phénomène social et institutionnel, mais elles ne sont pas capables d'en rendre compte ni surtout d'en élaborer une critique positive, et leur impuissance fait problème. Quant au philosophe, devant l'institution du mariage, il est désarmé ; le plus souvent, ce lui est l'occasion, sous prétexte de critique, de réaffirmer, parfois à son insu, ses propres options. Ce piège spéculatif – mais aussi spéculaire, c'est-à-dire qui concerne sa propre image – est inévitable : le mariage concerne de trop près quiconque, marié ou non, s'attache à en parler. Compte tenu de cette démarche nécessairement projective, une certaine prudence théorique s'impose.
Avant d'exposer la force normative du mariage, sa constitution en droit, on peut du moins espérer, en guise de précautions critiques, prendre ses distances face à la question grâce tout d’a bord à l'approche anthropologique, et tenter aussi de faire une critique des leurres auxquels les conceptions actuelles du mariage se laissent prendre : leurres que n'empêchent nullement les démarches scientifiques, les acquis des sciences humaines, les progrès de l'histoire des idées et des institutions. Les ambiguïtés et les résistances du phénomène « mariage » face à l'analyse rigoureuse laissent bien voir en tout cas qu'il ne saurait être évalué en parfaite lucidité : ici, la « neutralité » serait un mythe supplémentaire.
1. Approche anthropologique
Au risque de heurter une sensibilité façonnée par le christianisme, les études des ethnologues constatent que les systèmes de parenté fonctionnent indépendamment de l'existence du couple. Elles montrent, en effet, que […]
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