Fils aîné de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, Charles le Téméraire attendit trente-quatre ans la succession de son père (1467) et trompa l'attente en voyageant, en complotant et en préparant son règne. Il prit notamment part à la ligue du Bien public (1465) et combattit à Montlhéry contre l'armée de Louis XI. L'État bourguignon dont il hérita finalement n'était que l'union personnelle de principautés diverses, plus ou moins bien tenues en main, qui formaient une mosaïque féodale entre le Jura et la mer du Nord. On y distinguait deux groupes : celui de Bourgogne (le duché et la Franche-Comté, à quoi s'ajoutaient les comtés de Nevers et de Mâcon) et celui des Pays-Bas (Flandre, Artois, Picardie, Hainaut, Brabant). Les duchés de Limbourg et de Luxembourg, ainsi qu'un véritable protectorat sur la principauté des évêques de Liège, constituaient l'amorce d'une réunion territoriale de ces fiefs. Charles voulut, d'emblée, en faire autre chose qu'un assemblage de seigneuries et, en attendant de trouver dans la renaissance de l'ancienne Lotharingie du ixe siècle un prétexte à ceindre une couronne royale qu'il tenta d'obtenir de l'empereur, il renforça la centralisation administrative, se dota d'une forte armée et maintint son indépendance par une habile politique de bascule entre la France et l'Empire. N'ayant pas de fils, il fit de sa fille Marie, unique héritière de l'ensemble de la principauté, l'enjeu d'un marchandage à l'échelle européenne au cours duquel il fut près d'obtenir la couronne impériale, mais où il gagna surtout, en multipliant les dupes, de nombreuses et solides inimitiés.
Audacieux et intelligent, Charles le Téméraire manquait de patience pour tempérer son ardeur ; ambitieux, il voulait égaler les héros dont il aimait à se faire lire les exploits. Cultivé, excellant lui-même dans la poésie et la musique, celui qui se voulut grand-duc d'Occident excellait aussi dans les exercices du corps et dans l'art de la guerre. Il réorganisa, assisté de conseil […]
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