HUBER WOLF (entre 1485 et 1490-1553)

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Peintre et dessinateur allemand, Wolf Huber est, avec Albrecht Altdorfer, le plus grand représentant de ce que l'on appelle l'école du Danube. Probablement né à Feldkirch dans le Vorarlberg, il s'établit (au plus tard en 1515) à Passau, au service de l'évêque de la ville, fonction qu'il conserve jusqu'à sa mort et qui le dispense d'entrer dans la corporation des peintres de la ville.

On ignore tout de sa formation ; on a cherché en vain à faire dériver son style d'une tradition locale du Vorarlberg. Il doit certainement beaucoup à l'exemple de Dürer, aux gravures duquel il a plus tard emprunté certaines de ses compositions ; il a entretenu avec Altdorfer des contacts étroits, sans que l'on puisse toujours préciser avec certitude lequel des deux artistes a devancé ou inspiré l'autre.

Sa Vue du Mondsee (lac des environs de Salzbourg), dessin à la plume daté de 1510, le montre en pleine possession d'un style original. Il dessinera par la suite, à la plume, un nombre important de paysages (il fera aussi quelques aquarelles gouachées, comme Altdorfer à la même époque que lui), qui ne sont pas de simples études ou des notes personnelles mais des ouvrages destinés à la vente et qui ont connu rapidement un grand succès, comme le prouve l'abondance des copies et des imitations. Wolf Huber est, par là, sinon le créateur, du moins l'un des premiers grands représentants d'un genre nouveau dans l'histoire de l'art.

Sa production peinte ne nous est connue qu'à partir de 1517 (fragment d'épitaphe) et surtout de 1519, date d'un petit tableau (on ignore s'il s'agit d'un fragment de volet de retable ou d'une œuvre isolée) qui représente les Adieux du Christ à sa mère (Kunsthistorisches Museum, Vienne). De 1521 datent quatre panneaux peints sur les deux faces, volets d'un retable de Sainte Anne, œuvre commandée en 1515 par la confrérie de Sainte-Anne-de-Feldkirch (musée du Vorarlberg, Bregenz) ; le revers du coffre, une Déploration du Christ, se trouve toujours dans l'église paroissiale de Feldkirch. De 1524 date une autre Déploration (Louvre) ; de 1525, deux panneaux d'un retable disparu (Flagellation et Couronnement d'épines, monastère de Saint-Florian près de Linz). Une Érection de la Croix (Kunsthistorisches Museum, Vienne) a dû être exécutée à la même époque ; deux panneaux d'un retable de la Vie de la Vierge (Musée national bavarois, Munich, et musée de Berlin-Dahlem) et deux autres d'un retable de La Passion (Pinacothèque, Munich) sont un peu plus tardifs. Vers 1540, Huber peignit pour l'évêque de Passau une Allégorie de la Croix (Kunsthistorisches Museum, Vienne). Il a également laissé des portraits soit peints (Portrait de l'humaniste Jacob Ziegler, vers 1545-1550, Kunsthistorisches Museum, Vienne), soit dessinés (ces dessins ne doivent d'ailleurs pas être confondus avec les études de physionomies destinées à des compositions religieuses).

Déploration sur le Christ mort, W. Huber

Photographie : Déploration sur le Christ mort, W. Huber

Wolf HUBER, Déploration sur le Christ mort, 1524, huile sur bois. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Wolf Huber se distingue, dès ses premiers dessins, par un exceptionnel sentiment de l'espace, où l'impression d'étendue est rendue avec une grande sûreté alliée à une extrême économie de moyens. Un étonnant dessin du Calvaire, connu seulement par plusieurs copies (dont l'une date de 1511), montre une virtuosité non dépourvue de complaisance dans le maniement de la perspective, qui nuit à la représentation du Christ, relégué sur le côté au second plan de la composition. Dans les premiers tableaux connus, Huber est très attentif à l'unité de la lumière ; il affectionne en particulier le demi-jour des crépuscules et les rayons rasants du soleil à l'aube, avec des effets de contre-jour que l'on retrouve plus tard dans d'admirables dessins au lavis. Ces goûts et ces préoccupations rapprochent Wolf Huber d'Altdorfer, mais il manifeste un tempérament plus régulier, plus raisonné. Sa production peinte accuse une froideur grandissante, dans laquelle on peut voir un reflet de l'évolution générale de la peinture à l'époque maniériste (Portrait de Jacob Ziegler), mais qui peut s'expliquer aussi, dans les tableaux religieux, par la participation de son atelier. Il fait preuve, en effet, d'une originalité beaucoup plus grande dans ses esquisses de compositions religieuses que dans ses tableaux, comme s'il n'avait pu confier qu'au papier ses meilleures idées, parfois très audacieuses.

Quels que soient la délicatesse de son pinceau, le charme d [...]

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  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Genève

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Pierre VAISSE, « HUBER WOLF (entre 1485 et 1490-1553) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/wolf-huber/