DIXON WILLIE (1915-1992)

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Willie Dixon fut certainement le compositeur le plus prolifique du blues de l'après-guerre et nombre de ses chansons sont devenues des standards du blues avant d'être reprises par les plus importants groupes de rock britanniques et américains : Spoonful, The Red Rooster, You Shook Me, I Can't Quit You Baby, Hoochie Coochie Man, I Am a Man, Back Door Man... La liste complète serait beaucoup trop longue.

Mais Willie Dixon fut aussi un découvreur de talents, l'un des principaux producteurs de Chicago, un contrebassiste et un chanteur qui a enregistré de nombreux disques sous son nom ou en compagnie de son orchestre, le Chicago Blues All Stars.

Willie Dixon naît le 1er juillet 1915 à Vicksburg (Mississippi), où ses parents sont commerçants Après une enfance confortable, Willie, à l'âge de douze ans, est condamné aux travaux forcés pour un petit chapardage. Cette expérience marquera à jamais Willie Dixon, qui gagne Chicago avec la haine du Sud ségrégationniste, un grand sentiment d'injustice et une forte conscience sociale et politique, ce qui le poussera toute sa vie à militer activement. Après avoir entamé une carrière de boxeur, Willie se tourne vers la musique et fonde en 1945 le Big Three Trio, un mélange réussi entre le jazz californien d'un Nat King Cole et l'essence du Delta blues. Dixon est aussi remarqué pour l'ascendant qu'il exerce sur les autres musiciens et pour ses qualités de compositeur. Il devient ainsi producteur pour les frères Len et Phil Chess, qui sont alors en train de créer leur label. Très vite séduits par la « patte » de Dixon, les Chess l'engagent à plein temps pour produire, arranger et composer.

Durant une quinzaine d'années, Willie n'enregistrera que très peu sous son nom, ne se produira que très rarement en public. Mais il est le producteur incontournable du Chicago blues : il sait conserver la puissance et l'énergie vitale du Delta blues, qu'il réussit à discipliner et à encadrer par des arrangements commerciaux, instantanément mémorisables, et dont il fait une musique à la fois sauvage et policée. Il compose les plus grands succès de Muddy Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson (Rice Miller), Little Walter, Bo Diddley, Chuck Berry, et produit leurs enregistrements. Les relations mouvementées des frères Chess avec Willie Dixon amènent ce dernier à tenter sa chance ailleurs, en particulier avec Cobra, qu'il fonde en 1956 en compagnie d'Eli Toscano, un homme d'affaires véreux qui finira quelques années plus tard dans le lac Michigan, un bloc de béton aux pieds. Chez Cobra, Dixon innove à nouveau en créant le West Side sound, qui marie le gospel au blues de Chicago et à celui de la Californie et qui continue d'être le style dominant du blues de Chicago. Willie découvre ainsi Buddy Guy, Otis Rush, Magic Sam...

En même temps, Willie Dixon, qui pressent l'avènement du folk boom, fait tandem avec Memphis Slim pour se produire dans les cabarets étudiants de Greenwich Village, à New York, avec un répertoire de folksongs. Ce qui l'amène à jouer un rôle majeur dans l'American Folk Blues Festival, mis sur pied par les producteurs allemands Horst Lippmann et Fritz Rau et qui se produira dans toute l'Europe à partir de 1962. C'est pour lui l'occasion de découvrir l'impact du blues et de ses propres compositions auprès de groupes britanniques émergents, comme les Rolling Stones ou les Yardbirds. Sur cette scène internationale du blues, il commence alors une nouvelle carrière de musicien vedette. Figure à juste titre légendaire, il joue ainsi dans le monde entier pendant une dizaine d'années, jusqu'à ce que des problèmes de santé le forcent à une semi-retraite.

Parallèlement, il a attaqué en justice tous les labels et tous les groupes de rock qui utilisaient ses compositions sans lui verser de royalties. Des années de procès lui permettent de gagner de fortes sommes, réinvesties dans son label Yambo et dans sa Blues Heaven Foundation. Mais il ne parviendra pas à récupérer de son vivant l'essentiel des droits qui lui étaient dus. Il meurt à Burbank (Californie) le 29 janvier 1992.

Les catalogues Chess et Cobra, largement réédités, témoignent de son œuvre gigantesque de producteur. Il a aussi publié en 1989 une passionnante autobiographie, fort judicieusement titrée I Am the Blues.

Willie Dixon, Poet of the Blues (Columbia/Legacy 65593) présente sur un CD une sélection de titres enregistrés par Willie Dixon entre 1945 et 1969. Les deux CD de Willie Dixon : The Chess Box (Chess MCD 16500) sont consacrés non pas à Willie Dixon le chanteur mais au compositeur et au producteur, son œuvre étant interprétée par d'autres artistes.

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  • Écrit par 
  • Florent MAZZOLENI
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Pour citer l’article

Gérard HERZHAFT, « DIXON WILLIE - (1915-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/willie-dixon/