RUSH OTIS (1934-2018)

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Le West Side sound, qui marie des éléments du gospel au Chicago blues électrique, est un des styles dominants du blues de Chicago ; il est caractérisé par un chant déclamatoire, une utilisation fréquente du mode mineur, des solos de guitare très expressifs. Avec Magic Sam et Buddy Guy, Otis Rush en a été l'un des grands créateurs.

Otis Rush naît le 29 avril 1934 à Philadelphia, dans le Mississippi. De 1956 à 1958, il grave sous la houlette de Willie Dixon, pour le label Cobra, une des œuvres majeures de l'histoire du blues. Du poignant « I Can't Quit You Baby » (son seul véritable succès commercial) au saisissant « All Your Love » en passant par « My Love Will Never Die », « Groaning the Blues » ou « Double Trouble » (qui donnera son nom au groupe de Stevie Ray Vaughan), tous les titres sont des réussites parfaites. Guitare puissante et expressive, voix écorchée, textes souvent bouleversants, accompagnateurs remarquables (Big Walter Horton, Little Walter, Ike Turner...) : chaque morceau mérite le qualificatif de classique. L'influence de ces séances sera considérable, notamment sur le rock anglais puis américain, de John Mayall et Eric Clapton jusqu'à Stevie Ray Vaughan et Mark Knopfler – fondateur de Dire Straits – en passant par Led Zeppelin.

Mais, après ces débuts exceptionnels où il apparaît comme un créateur brillant et original, Otis Rush voit sa carrière tourner court. Le blues passe de mode chez les Noirs et le caractère fantasque d'Otis semble lui interdire un succès durable et le cantonner à une réputation de génie légendaire mais maudit : introverti, pessimiste, désespéré, terriblement romantique. Rush enregistre encore quelques beaux titres pour les labels Chess et Duke puis, à partir de 1966, traverse une longue éclipse, entrecoupée de quelques très rares albums, bien décevants à l'exception de Right Place, Wrong Time, enregistré en 1971 mais qui ne paraîtra qu'en 1976. Ses apparitions en public, notamment en Europe, ne sont guère en sa faveur : instable et impulsif, il lui arrive souvent de bâcler son concert, voire de quitter brusquement une tournée. Mais ses anciens disques ne cessent d'être réédités et de trouver de nouveaux amateurs. Parallèlement, Otis ne cesse de développer son jeu de guitare, incorpore à sa manière moelleuse et évocatrice de nombreux aspects des styles de Kenny Burrell, Wes Montgomery ou Albert King, au point d'être considéré comme leur guitariste favori par Duane Allman, Eric Clapton ou Mick Taylor.

Durant les années 1990, certains producteurs tentent d'en faire une vedette de rock à la manière de ce qu'avait réussi son vieux rival Buddy Guy, mais Otis n'est pas du tout malléable et se révèle incapable de se plier à quelque mode que ce soit. Les deux albums enregistrés à cet effet (Ain't Enough Comin' In, 1994 ; Any Place I'm Going, 1998) sont pourtant une réussite et le présentent comme un bluesman éternel et un guitariste hors pair dans le blues moderne. Otis Rush meurt le 29 septembre 2018.

Sa magnifique œuvre pour Cobra est intégralement disponible sur The Essential Otis Rush : The Classic Cobra Recordings 1956-1958 (Varese Records).

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Gérard HERZHAFT, « RUSH OTIS - (1934-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/otis-rush/