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TERRORISME

La terreur est un état, une peur exacerbée, mais, depuis la Révolution française, c'est aussi un régime politique, voire un procédé de gouvernement, permettant au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes et d'effroi collectif, ceux qui lui résistent. Le terrorisme, quant à lui, s'il est d'abord action, n'en recouvre pas moins une notion voisine puisque, dépassant souvent le stade de l'initiative ponctuelle pour devenir une véritable stratégie, il postule l'emploi systématique de la violence, pour impressionner soit des individus afin d'en tirer profit, soit, plus généralement, des populations, soumises alors, dans un but politique, à un climat d'insécurité. Dans l'un et l'autre cas, il a pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion, comme le souligne Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations, avec les effets physiques produits et les moyens utilisés.

Ce lien n'écarte pas, cependant, les ambiguïtés. Car, si l'on a pu dire longtemps que la terreur, arme des forts, venait de l'État, à l'inverse du terrorisme, arme des faibles, dressée, le cas échéant, contre lui sous forme clandestine, ce n'est pas aussi clair aujourd'hui : pour arriver à leurs fins, certains gouvernants usent contre leurs concitoyens de violence occulte tandis que, sur la scène internationale, apparaît de plus en plus un terrorisme étatique, nouvelle sorte d'approche coercitive indirecte. De plus, comme s'attache au terrorisme une consonance péjorative, ses protagonistes tendent à rejeter la faute originelle sur leurs ennemis : le terrorisme, c'est la violence des autres. C'est donc l'État centralisateur, injuste, capitaliste ou oppresseur que désignent comme responsable de leurs agissements subversifs, comme le véritable terroriste, les indépendantistes et révolutionnaires de tout genre, quand bien même la violence qu'ils stigmatisent ne serait, bien souvent, que symbolique.

Laisser finalement de côté l'expression trop vague de terreur pour parler plutôt, parallèlement au terrorisme d'opposition classique, de terrorisme d'État, qu'il soit interne ou externe, n'est, il est vrai, qu'un premier pas sur un chemin pavé d'équivoques. Car le phénomène est tellement multiforme, variable dans le temps et l'espace, divers selon ses tenants et ses aboutissants, individuel et collectif, aveugle et sélectif, criminel et idéaliste, révolutionnaire et réactionnaire, qu'aucune définition ne permet véritablement de le circonscrire. La « relation terroriste », chère à l'Institut de polémologie, est d'une complexité telle qu'on ne sait où commencer : les « actes », leur nombre et leur niveau de violence ; les « acteurs », individus et groupes, organisations militantes, rivales ou écran ; le terroriste lui-même allant du moine soldat au criminel de bas étage, en passant par toutes les nuances du romantisme, du délire logique, de l'idéologie débridée, voire de la déviance psychologique et de l'instabilité ; sans oublier les manipulateurs politiques lointains, « officiers-traitants » qui y croient, et agents spécialisés sans foi ni loi.

Encore peut-on tout aussi bien partir des mobiles et des objectifs, opposer le point de vue des auteurs et celui des victimes, analyser, selon le contexte, la fonction dévolue aux tiers, insister sur la structure spécifique de la société qui conditionne partiellement le phénomène, enfin considérer, avec Didier Bigo et Daniel Hermant, la théâtralisation de la violence via les médias ou le mimétisme qui relie terroristes et policiers.

Naissance et développement du phénomène

Terrorisme et idéologie

Le xixe siècle, pour ne parler que de l'époque moderne, a été marqué dans sa première partie par l'affrontement[...]

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Écrit par

  • : géostratège, écrivain
  • : professeur à l'université de Paris-I, ancien président de la Fondation pour les études de défense nationale
  • : docteur en droit, DEA de sociologie E.H.E.S.S., maître de conférences en droit public, ancienne avocate au barreau de Paris
  • : professeur à l'université des lettres et sciences humaines de Montpellier, directeur de l'unité d'enseignement et de recherche XI, membre du comité consultatif des universités

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Bakounine - crédits : Nadar/ Getty Images

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Assassinat d'Alexandre II

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Le Ku Klux Klan

Autres références

  • ABDALLAH IBN ‘ABD AL-‘AZĪZ (1923 ou 1924-2015) roi d'Arabie Saoudite (2005-2015)

    • Écrit par Philippe DROZ-VINCENT
    • 1 590 mots

    Roi d’Arabie Saoudite de 2005 à 2015.

    Le 1er août 2005, le prince Abdallah ibn Abd al-Aziz ibn Abd al-Rahman al-Saoud devient roi d'Arabie Saoudite, après le décès de son demi-frère, le roi Fahd. Né en 1923 ou 1924 selon les sources, il est l'un des fils du roi Abd al-Aziz ibn Saoud, le...

  • ADAMS GERRY (1948- )

    • Écrit par Pierre JOANNON
    • 1 107 mots

    Ancien barman, accusé d'avoir été un des principaux dirigeants de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), président d'une organisation politique, le Sinn Fein, ayant longtemps prôné le terrorisme, diplomate hors pair et protagoniste indispensable du processus de paix nord-irlandais,...

  • AFGHANISTAN

    • Écrit par Daniel BALLAND, Gilles DORRONSORO, Universalis, Mir Mohammad Sediq FARHANG, Pierre GENTELLE, Sayed Qassem RESHTIA, Olivier ROY, Francine TISSOT
    • 37 316 mots
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    ...en Afghanistan en 1996, il reprend le contrôle des volontaires étrangers, monte une brigade qui combat auprès des talibans contre l'Alliance du Nord et entraîne parallèlement de jeunes musulmans, venus pour la plupart d'Europe et non plus du Moyen-Orient pour former des réseaux terroristes qui se mettent...
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    Jusqu'alors, l'insurrection avait surtout touché les campagnes. Le congrès de la Soummam décide de l'étendre aux villes, en déclenchant des actions de terrorisme contre les quartiers européens. Le 30 septembre 1956, en fin d'après-midi, des bombes éclatent dans deux cafés du centre-ville...
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Voir aussi