Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LIMBIQUE SYSTÈME

C'est par étapes que s'est développée une notion telle que celle d'un « système limbique », et ce n'est que de façon progressive qu'elle s’est précisée dans une acception très généralement admise. Aussi n'est-il pas sans intérêt d'en tracer un bref historique.

Le qualificatif « limbique » apparaît en 1878, lorsque Broca décrit sous le nom de « grand lobe limbique » le bord (limbus, en latin) qui entoure de toutes parts le seuil de chacun des deux hémisphères cérébraux, c'est-à-dire la région au niveau de laquelle le tronc cérébral rejoint les hémisphères à leur base et sur leur face interne dans le plan médian. Broca inclut ce grand lobe limbique (constitué par deux circonvolutions : celle du corps calleux et celle de l'hippocampe) dans ce qu'il appelle l'« appareil olfactif ». Près d'un demi-siècle plus tard, Herrick constate la présence d'un cortex hippocampique bien différencié chez un animal totalement anosmique comme le dauphin, et il pressent que le « cortex olfactif » est susceptible d'être le siège d'une activité non spécifique (non liée à la fonction olfactive), qui « trouve son expression dans le comportement global, dans les facultés d'apprentissage et de mémorisation », et qui s'exerce également sur « l'appareil interne de l'attitude générale de l'organisme, de ses dispositions et de ses états affectifs ».

Dès 1937, une première confirmation de ces hypothèses spéculatives est apportée à la fois par les résultats expérimentaux de Klüver et Bucy et par les observations anatomo-cliniques de Papez. Klüver et Bucy constatent qu'une lobectomie temporale bilatérale entraîne chez le singe une nette hyporéactivité émotionnelle : l'animal opéré semble être incapable de reconnaître par la vue la signification des objets qui constituent son environnement habituel (« cécité psychique »). Procédant à un essai de synthèse à partir de données d'anatomie comparée et d'observations anatomo-cliniques colligées dans la littérature, Papez décrit un circuit anatomo-fonctionnel (qui portera par la suite son nom) auquel il attribue un rôle fondamental dans l'élaboration et l'expression des émotions, et qui serait constitué par l'hypothalamus, les noyaux antérieurs du thalamus, le gyrus cinguli, l'hippocampe et leurs interconnexions.

À partir de 1937, des résultats expérimentaux de plus en plus nombreux montrent qu'effectivement les « structures olfactives » (ou « rhinencéphaliques ») participent à des circuits fonctionnels qui débordent largement le cadre de la seule fonction olfactive. En 1958, Nauta décrit, chez le chat, un circuit qui met en relations réciproques l'hippocampe (et accessoirement l'amygdale) avec des structures mésencéphaliques bien définies que l'auteur regroupe dans la notion d'une « aire limbique » du mésencéphale ; les voies de ce circuit traversent le diencéphale, s'y relaient et, au passage, lui envoient et en reçoivent de nombreuses connexions collatérales.

C'est ainsi que l'acception actuelle de la notion de système limbique prend progressivement naissance par une sorte de prise de distance vis-à-vis de ses origines olfactives, et ceci sur le double plan des dimensions anatomiques et des compétences physiologiques : l'étude des multiples relations anatomiques que présentent les structures limbiques avec l'hypothalamus, avec l'aire limbique du mésencéphale, avec les « noyaux limbiques » du thalamus, repousse à l'arrière-plan l'intérêt porté aux connexions afférentes à proprement parler olfactives de ces structures ; parallèlement, dans l'appréciation de leur signification fonctionnelle, l'attention se détourne des afférences olfactives pour se concentrer sur l'action modulatrice que ces structures limbiques[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur de neurophysiologie à la faculté de médecine de Strasbourg, directeur du laboratoire de neurophysiologie du Centre de neurochimie du C.N.R.S., membre de l'Académie des sciences, président de l'E.B.B.S.

Classification

Pour citer cet article

Pierre KARLI. LIMBIQUE SYSTÈME [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 10/02/2009

Média

Structures corticales - crédits : Encyclopædia Universalis France

Structures corticales

Autres références

  • AGRESSIVITÉ, éthologie

    • Écrit par
    • 3 931 mots
    ...à localiser les substrats nerveux de l'agression au niveau de structures sous-corticales et diencéphaliques : amygdale et hippocampe dans le système limbique (cf. système limbique), hypothalamus latéral dans le diencéphale. Une stimulation électrique des noyaux amygdaliens fait apparaître des comportements...
  • CERVEAU ET ÉMOTION

    • Écrit par
    • 1 618 mots
    • 1 média
    Historiquement, un premier modèle neuro-anatomique proposé par James Papez (1883-1958) postulait que toutes les émotions dépendent de régions cérébrales « primitives », impliquant les fonctions végétatives et endocriniennes de l’hypothalamus et du tronc cérébral, sous le contrôle du cortex cingulaire...
  • CERVEAU HUMAIN

    • Écrit par , , , et
    • 12 782 mots
    • 9 médias
    Selon Paul MacLean (1958), théoricien d'un cerveau en trois parties selon des critères évolutifs, le système limbique correspond au cerveau paléo-mammalien, siège des motivations et des émotions. Il est capable de répondre à une information présente en faisant appel au souvenir d'informations...
  • HOMÉOSTASIE

    • Écrit par
    • 4 842 mots
    • 2 médias
    De la même manière, les divers étages du système nerveux végétatif sont coiffés par un système diencéphalo-limbique dont l'activité apparaît de manière évidente après ablation du manteau cortical (Goltz, W. B. Cannon), ou par excitation directe de certaines zones (J. P. Karplus et A. Kreidl...
  • Afficher les 7 références