STYLE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le style comme instrument de généralisation

Bien avant que se constitue une stylistique, le style se propose comme un concept opératoire pour un savoir dont la principale ambition est de recenser et de classer. C'est ainsi qu'au Moyen Âge on distingue, dans la littérature, trois styles : élevé, moyen et bas, qui permettent, par exemple dans l'œuvre de Virgile, de situer respectivement L'Énéide, les Géorgiques et les Bucoliques (cf. Auerbach, Mimésis). Pareillement définit-on, dans l'art du mobilier, le style Louis XV et le style Louis XVI. La fonction du concept est alors généralisante : il permet de définir et de classer différents objets sous une même rubrique. Cette rubrique peut désigner, pour certains objets ou certains arts préalablement déterminés, une période historique, comme lorsqu'on parle d'un style Louis XV. Ce principe de classement est à certains égards le plus simple. Rien de plus aisé que de couper l'histoire en tranches. Mais on voit aussitôt que cette procédure ne peut s'appliquer qu'après coup et, par conséquent, ne peut assumer une fonction prescriptive (sauf dans le cas où telle époque du passé est proposée comme modèle à imiter) ; et que le critère est exposé à toutes les vicissitudes de l'histoire : peut-on, par exemple, définir le style roman par des dates, alors qu'on a construit des églises romanes lorsque s'édifiaient déjà des monuments gothiques ?

Il faut donc, même si l'histoire fournit d'utiles points de repère, chercher un autre principe de classement, dans une certaine mesure transhistorique. Ce peut être le genre, qui s'offre naturellement à une pensée généralisante : le genre est, à l'intérieur d'un art lui-même situé dans une classification, le moyen d'en ordonner les productions. Ainsi distingue-t-on architecture religieuse, civile, militaire ; ou encore peinture d'histoire, paysage, portrait, nature morte ; ou encore poésie lyrique, dramatique, épique. Le style définit alors la particularité d'un genre : il y a un style de l'élégie et un style de l'épopée. Mais le concept de genre est lui-même indécis : se propose-t-il comme moyen empirique de classement (dans une culture donnée on trouve des temples, des fables, des fresques : des œuvres qui s'inscrivent sous une dénomination et se conforment à un modèle), ou bien comme principe d'une typologie transhistorique (certaines notions fondamentales étant posées – pour la littérature l'action et les personnages ; pour la peinture le motif à représenter ; pour l'architecture la destination du bâtiment –, on peut en déduire des types, dont certains sont réalisés et d'autres peuvent ne pas l'être) ? La théorie des genres, et par conséquent celle des styles, hésite en fait entre ces deux approches. Même lorsque, avec le structuralisme, elle privilégie l'approche déductive, il est nécessaire que le système soit confronté à l'histoire qu'il s'emploie à éclairer. Ou, si l'on préfère, il faut bien que le style propre à un genre se manifeste dans des œuvres où certains traits structurels caractéristiques – par exemple le sérieux de l'action, la dignité des personnages et la noblesse du discours pour la tragédie – soient, comme disent les formalistes russes, en position dominante.

La théorie, telle qu'elle a longtemps été mise en œuvre, vise elle-même la pratique ; la détermination du style ne sert plus alors à classer après coup des objets, mais à prescrire leur fabrication. Ainsi le style n'est plus pensé comme système d'effets, mais comme système de moyens, comme l'indique l'étymologie du mot. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce passage du descriptif au normatif : à reconnaître les effets on décèle les moyens qui les produisent, c'est-à-dire les contenus et les contraintes – ou, pour anticiper sur une formulation que nous reprendrons, les messages et les codes – qui spécifient un genre et un style. Si tu veux faire de la grande peinture, dit l'Académie au peintre, choisis tel type de sujet et tel type de palette. De même l'architecte vitruvien est invité à choisir entre le dorique et le corinthien. Les styles sont ainsi des systèmes préétablis de procédures et de recettes offerts au choix du créateur en vue de produire une œu [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  STYLE  » est également traité dans :

STYLE (arts)

  • Écrit par 
  • Frédéric ELSIG
  •  • 2 073 mots

La notion de style appelle des définitions différentes selon les disciplines. En histoire de l'art, elle s'articule sur deux niveaux interdépendants : l'attributionnisme (traduction réductrice de connoisseurship) et l'histoire des formes. Sur le plan pratique, elle désigne la manière caractéristique d'une personnalité ou d'un groupe d'indiv […] Lire la suite

ALAṂKĀRA-ŚĀSTRA

  • Écrit par 
  • Pierre-Sylvain FILLIOZAT
  •  • 2 034 mots

Le terme alaṃkāra-śāstra , littéralement « enseignement des ornements », désigne, en fait, l'art poétique sanskrit en général. Outre l'étude des figures de style, cette branche importante de la scolastique sanskrite comprend une esthétique de la poésie, une psychologie à l'usage de la littérature, une méthode de critique littéraire, et quelques sujets adventices utiles au poète. […] Lire la suite

CONTRE SAINTE-BEUVE, Marcel Proust - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Guy BELZANE
  •  • 1 253 mots

Dans le chapitre « « Le moi de l'écrivain ne se montre que dans ses livres » »  : […] Contre Sainte-Beuve est un ouvrage virtuel et doit être considéré comme tel. Si certains passages, devenus célèbres, comme le début du projet de Préface, ou la description de la méthode de Sainte-Beuve, ou telle note particulièrement suggestive (« les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot, chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un […] Lire la suite

CRÉATION LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Gilbert DURAND
  •  • 11 586 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre «  Le grain des mots »  : […] La parenté que nous venons d'évoquer entre le temps du récit et celui de la musique, due à une similitude de moyens techniques qui investissent notre « durée concrète » ou, tout au moins, changent son rythme de désespoir, nous invite à examiner de plus près ce vecteur essentiel de la création qu'est l'écriture, c'est-à-dire le lexique, la phonétique, la grammaire et la rhétorique que met en jeu l […] Lire la suite

CRITIQUE LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 12 912 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Qu'est-ce que la critique littéraire ? »  : […] Ce double emploi est source de confusion. Ainsi la critique journalistique semble plus conforme à l'étymologie du mot, qui signifiait en grec tri, évaluation, jugement (du verbe kríno , juger ; kritikós , juge de la littérature, apparaît au iv e  siècle avant J.-C., comme distinct de grammatikós , grammairien). Dans la presse, on prononce des jugements sur les livres qui paraissent, on tranche ent […] Lire la suite

DU SUBLIME, Pseudo-Longin - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 740 mots

Dans le chapitre « « Un livre d'or » (Casaubon) »  : […] Nous ne connaissons le texte qu'à partir d'un manuscrit lacunaire du x e  siècle. Il a longtemps été attribué à Longin, rhéteur grec et homme d'État du iii e  siècle après J.-C., mis à mort par les Romains ; mais la critique interne permet de le dater plus sûrement du i er  siècle, et son recours à un exemple biblique (le Fiat lux de la Genèse), unique dans un traité païen, suggère une proximité […] Lire la suite

ESTHÉTIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 11 894 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « De Descartes à Kant »  : […] La fin de la Renaissance est marquée par le mysticisme (sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix) ou l'étrange (Paracelse, Böhme) ; par des poétiques de la violence (comme celle de l'éclatement de l'ordonnance chez Dürer), par l'austérité initiale de la Contre-Réforme, puis par le maniérisme et enfin par le baroque. Le classicisme ne s'impose qu'au xvii e siècle, d'abord dominé par les arts […] Lire la suite

SUBLIME

  • Écrit par 
  • Philippe LACOUE-LABARTHE
  •  • 6 175 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La tradition du sublime »  : […] Écrivant ces lignes, Flaubert évacuait une vieillerie devenue scolaire : le sublime avait cessé d'être un concept vivant. Ce faisant, néanmoins, et comme toujours avec une sûreté infaillible, Flaubert condensait en quelques mots toute – ou presque toute – la théorie du sublime. Il en retraçait même la généalogie. Il disait que : – le sublime est un sentiment qui naît au spectacle grandiose de la n […] Lire la suite

EUPHUISME

  • Écrit par 
  • Georges GRANJOUX
  •  • 1 594 mots

Dans le chapitre « L'euphuisme, style maniéré »  : […] L'euphuisme se caractérise par l'emploi quasi mécanique de certains procédés : – Procédés de structure et de rhétorique : le parallélisme des phrases et des propositions à l'intérieur des phrases ; l'utilisation de l'antithèse ; l'emploi fréquent des questions rhétoriques, souvent en séries. Ces procédés peuvent être associés dans le même paragraphe, voire dans la même phrase ; ils sont liés au c […] Lire la suite

FLAUBERT GUSTAVE

  • Écrit par 
  • Pierre-Marc de BIASI
  •  • 9 805 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le « système » de Flaubert »  : […] La nouvelle poétique inaugurée par Flaubert n'est pas fondée sur les présupposés d'une doctrine ou d'une école littéraire, ni sur une vision du monde singulière qui serait celle de l'auteur. Elle résulterait plutôt d'une série passablement formelle de « contraintes » que Flaubert s'est progressivement donnée pour écrire et qui ont fini par se traduire en termes de méthodes de travail. Impersonnali […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

2-24 avril 2005 Vatican. Mort du pape Jean-Paul II et élection de Benoît XVI

Les hommages se multiplient à travers le monde, mettant en lumière l'importance historique de Jean-Paul II, notamment son rôle majeur dans l'effondrement du communisme en Europe de l'Est, son action en faveur du dialogue avec les autres religions ou encore le style particulier de son pontificat marqué par ses très nombreux voyages à l'étranger. Le 4, la basilique Saint-Pierre de Rome accueille la dépouille de Jean-Paul II devant laquelle des centaines de milliers de personnes venues du monde entier se recueillent. […] Lire la suite

27-28 novembre 1994 Norvège – Union européenne. Rejet par Oslo de l'adhésion à l'Union européenne

Le Premier ministre travailliste Gro Harlem Brundtland avait prôné le oui, rejetant l'« isolationnisme », tandis que Anne Enger Lahnstein, présidente du Parti centriste (agrarien), avait pris la tête du mouvement en faveur du non qui regroupait les chrétiens-populaires, les socialistes de gauche, une partie des travaillistes, les libéraux et les écologistes, tous attachés à la sauvegarde du style de vie norvégien. […] Lire la suite

11-17 mars 1994 Slovaquie. Remplacement du Premier ministre Vladimír Mečiar par Jozef Moravcik

), et notamment de son opposition avec le chef de l'État Michal Kovac, ainsi que de son style populiste et autoritaire dénoncé par ses adversaires comme par ses alliés. Le 14, Michal Kovac charge Jozef Moravcik, ministre des Affaires étrangères, de former un nouveau cabinet. Le 16, Jozef Moravcik présente un gouvernement de coalition où les anciens communistes du Parti de la gauche démocratique et les chrétiens démocrates font leur entrée au côté des centristes du H. […] Lire la suite

26-30 août 1991 Cambodge. Progression vers un règlement du conflit

100 des effectifs des forces militaires en présence ainsi que sur l'instauration à Phnom-Penh d'une « démocratie libérale de style occidental, pluraliste, multipartiste ». Les négociations butent encore sur le mode de scrutin à adopter pour élire, vers la fin de 1992, une Assemblée constituante. Mais ce dernier obstacle sera levé le 19 septembre lors d'une nouvelle réunion du C. […] Lire la suite

13-14 septembre 1990 France – Tchécoslovaquie. Visite d'État du président François Mitterrand à Prague

L'émergence de cette idée, qualifiée de « brillante » par le président Havel, constitue le point fort d'une visite au style bon enfant, marquée par la conclusion de trois accords culturels, mais plutôt décevante sur le plan des perspectives économiques.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Mikel DUFRENNE, « STYLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/style/