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STARS ET VEDETTES

Si tant est qu'elles aient jamais eu de frontières bien précises, les notions de vedette et de star n'en correspondent pas moins à deux étapes ou à deux étages de la superstructure des représentations mentales engendrées par le cinéma. Leur dilution actuelle (en dépit de l'existence de vedettes de télévision) traduit de façon certaine, à l'échelle mondiale, la métamorphose du cinéma, métamorphose qui, à bien des égards, présente les symptômes d'une maladie de langueur. Mais ces deux notions ont été si longtemps et si intimement liées à l'histoire du cinéma qu'elles lui survivent d'une certaine façon. Que l'on songe seulement au fait qu'un spectacle de music-hall, transposé aussitôt à l'écran, a pu s'intituler, au début des années 1970, Jésus-Christ superstar...

Essai de définition

Les grands acteurs de théâtre furent entourés d'un rituel spécifique dès l'époque préromantique et romantique. C'est là que fait son apparition la vedette, c'est-à-dire l' acteur placé comme « en sentinelle » (le mot est d'origine militaire) pour recueillir le maximum d'applaudissements. Au même moment, la principale danseuse d'un ballet reçoit, pour la première fois, le titre flatteur d'étoile (1845). Le cinéma opérera le croisement de ces deux notions, mais cela ne se fait pas d'emblée. Bien que l'on connaisse en effet le nom de plusieurs acteurs et actrices ayant joué dans les tout premiers films « à personnages », ce nom restait en général ignoré du public. Quand Méliès créa sa firme, en 1896, il la baptisa Star Film, certainement par allusion aux « étoiles » du music-hall et du cabaret, genres de spectacle qu'il connaissait bien et où le terme, anglicisé ou non, était d'emploi fréquent, voire métaphorique (« étoiles filantes », etc.).

Les premières affiches mettant en valeur le nom des interprètes d'un film datent de 1907-1908. Cette saison-là, L'Assassinat du duc de Guise réunissait, en effet, le « gratin » de la Comédie-Française, et l'opération avait été montée sur le seul nom des interprètes. À la même époque, les comédiens américains demeuraient dans l'anonymat. Mais la situation changea quand un magazine réclama pour le public le droit de connaître le véritable nom de celles que la publicité présentait comme la « Vitagraph Girl » et la « Biograph Girl » (d'après leurs firmes respectives). Et quand les fondateurs de la Paramount, installés à Hollywood, établirent leur succès sur le slogan : Famous players in the most famous plays (« Des acteurs connus dans les pièces les plus célèbres »), la vedette de la scène devenait, en tant que catégorie, vedette de l'écran (1914). Les firmes françaises ne furent pas en reste ; il y eut ainsi des « étoiles Pathé ». Le héros du Judex, série de Feuillade, René Cresté, fut peut-être le premier en date à supporter les inconvénients de l'identification de la « star » à ses personnages : il aurait été interpellé dans un café par des spectateurs furieux du comportement de Judex et... acclamé par d'autres pour la même « mauvaise » raison !

Buster Keaton - crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

Buster Keaton

À l'exception de quelques vedettes qui n'avaient pour le public d'autre nom que celui de leur personnage, nom qui changeait d'ailleurs lors de l'exportation des films, les acteurs comiques furent parmi les premiers à « se faire un nom » (Max Linder, Charlie Chaplin, Buster Keaton...). Ils furent suivis de près par les premières « femmes fatales » du cinéma : vamps à Hollywood, ou divas dans le cinéma italien. Quant à Douglas Fairbanks, il joua son propre rôle en quelque sorte sous le nom de Doug dans des courts métrages policiers ou farfelus avant d'affronter ses grandes compositions dans les films d'aventures.[...]

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Pour citer cet article

Gérard LEGRAND. STARS ET VEDETTES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Buster Keaton - crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

Buster Keaton

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich - crédits : Bettmann/ Getty Images

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Autant en emporte le vent, V. Fleming - crédits : MoviePix/ Silver Screen Collection/ Getty Images

Autant en emporte le vent, V. Fleming

Autres références

  • ALAGNA ROBERTO (1963- )

    • Écrit par
    • 1 580 mots

    La carrière de Roberto Alagna accumule tous les poncifs d'un véritable roman-photo. Il n'est donc pas étonnant que le chanteur, rapidement promu au rang de star, étende son public bien au-delà du cercle étroit des amateurs éclairés. Les réserves que suscitent parfois quelques postures théâtrales mal...

  • AUTANT EN EMPORTE LE VENT, film de Victor Fleming

    • Écrit par
    • 940 mots
    • 1 média
    Star masculine des débuts du parlant, et « sex symbol » depuis New York-Miami (It Happened One Night, 1934, de Frank Capra) Clark Gable avait déjà joué les mufles et les machistes séduisants, mais c'est en Rhett Butler, personnage taillé pour lui, qu'il trouva le rôle de sa vie. Pour Scarlett,...
  • BARDOT BRIGITTE (1934- )

    • Écrit par et
    • 736 mots
    • 1 média

    Star ou « femme enfant », vamp ou sauvageonne, adulée ou décriée, adorée ou honnie, Brigitte Bardot, dite B.B., a constitué assurément le mythe féminin le plus évident du cinéma des années cinquante. Des ouvrages multiples lui ont été consacrés ; des études signées d'auteurs célèbres comme Simone...

  • BOGART HUMPHREY (1899-1957)

    • Écrit par
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    • 2 médias
    C'est essentiellement grâce à trois refus de George Raft, star du studio spécialisé dans l'emploi de « dur », qu'Humphrey Bogart va accéder au mythe, dans un Hollywood que la guerre a privé de nombreuses vedettes masculines : La Grande Évasion (High Sierra, Raoul Walsh, 1941),...
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