SOLFÈGE

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La prise de conscience sonore

Données psychophysiologiques

Une série d'expériences menées en 1952-1953 à l'hôpital Boucicaut de Paris par le docteur André Moulonguet, membre de l'Académie de médecine, a mis en lumière de façon indiscutable l'étroite relation qui, lors de l'émission d'un son chanté, s'établit entre l'ensemble des organes de la phonation et le système nerveux central. Grâce à un appareillage approprié d'enregistrement, A. Moulonguet a, entre autres choses, prouvé que la fréquence des influx nerveux parcourant le nerf récurrent est en absolu synchronisme avec les fréquences de contraction des cordes vocales dont dépend la hauteur – c'est-à-dire la fréquence – du son émis. D'où il ressort qu'un chanteur ne peut produire un son de hauteur déterminée s'il n'a au préalable « imaginé » cette hauteur.

Ce phénomène d'imagination sonore, aussi rapide que l'éclair, est d'ordre psychophysiologique et plus ou moins acquis par l'éducation de l'oreille – expression assez impropre, car l'organe de l'ouïe n'est, en l'occurrence, qu'un instrument de contrôle du son formé dans le cortex et produit par l'appareil vocal. En définitive, c'est ce réflexe de prise de conscience sonore qu'il convient d'éduquer. L'étude du solfège complète cette éducation de l'oreille en l'établissant en corrélation avec la notation musicale.

Cette prise de conscience, longtemps réalisée, empiriquement et très imparfaitement, par la tradition orale, imprécise par nature, ne put être acquise de façon rationnelle qu'au bout de plusieurs siècles de recherches, et cela par suite de lacunes inhérentes aux systèmes successifs de notation.

Histoire du solfège

En manière de préambule, on rappellera que la musique occidentale, la seule qui soit ici en cause, se fonde depuis l'Antiquité sur la fixité d'intonations différentes, dont la succession sous forme de gammes détermine des intervalles, dont le plus petit est le demi-ton. Toutefois, des micro-intervalles (1/3 et 1/4 de ton) ont été pratiqués dans l'Antiquité. La musique occidentale en a perdu l'usage.

Grèce antique

Les plus anciens documents traitant de la solmisation chez les Grecs ne remontent pas au-delà du ier siècle de notre ère. Parmi ceux-ci, le traité d'Aristide Quintilien (iie ou iiie s. apr. J.-C.), Péri mousikès, donne un aperçu assez substantiel de la pratique du solfège à cette époque.

Du point de vue de la notation, les Grecs employaient, pour désigner les sons de leur grand système parfait qui couvre l'étendue des voix masculines, des signes empruntés à un alphabet archaïque. Chacun de ces sons portait un nom particulier ; cela parce que les théoriciens n'avaient pas retenu l'intervalle d'octave en tant que structure du système, lequel était construit d'après un échelonnement de tétracordes – groupes de quatre sons – disposés tantôt en conjonction (un même son servant de limite à deux tétracordes successifs), tantôt en disjonction.

Système parfait

Dessin : Système parfait

Grand système parfait. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Or, comme les noms de l'alphabet grec étaient en majorité polysyllabiques, de même que ceux qui désignent les sons du système (dont sept seulement sont différents), ils ne pouvaient être que difficilement utilisés pour la solmisation. C'est pourquoi on employait à cette fin les quatre syllabes : (ta), (), (), (), capables de représenter la décomposition intervallique des différentes formes tétracordales, du fait que la succession tê-ta exprimait l'intervalle de demi-ton :

ré do si la sol fa mi

tô tê ta ta tô tê ta.

Sans entrer dans le détail de la notation antique, cet exemple montre aisément que les syllabes destinées à épeler les notes n'étaient pas spécifiquement représentatives des intonations, puisque chacune d'elles s'appliquait à plusieurs sons différents. Ici, la syllabe ta désigne tour à tour la et si ; la syllabe , sol et  ; la syllabe , fa et ut ; la syllabe ta, mi et la. En outre, le système comportait un son mobile, le mi, tantôt naturel, tantôt bémolisé ; c'est pourquoi la prise de conscience des intonations n'était que très imparfaitement réalisée par le mode de solmisation antique.

La solmisation en Occident

On ne sait pas grand-chose de la solmisation en Occident durant le haut Moyen Âge. Toutefois, la coexistence, à la fin du ixe siècle, de deux modes de notation semble indiquer que ceux-ci s'adressaient à des catégories différentes d'usagers. Les chantres (qui n'avaient que faire de solfier des chants connus par eux de longue date et acquis par tradit [...]

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  • : inspecteur général de la Musique, compositeur, chef d'orchestre

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Pour citer l’article

Robert SIOHAN, « SOLFÈGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/solfege/