SOLFÈGE

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Le mot « solfège » est employé dans deux sens différents : d'une manière très générale, il désigne l'ensemble des connaissances nécessaires à la lecture et à la réalisation sonore des signes musicaux (apprendre le solfège) ; par extension, il s'applique aux ouvrages spécialisés destinés à l'acquisition de ces connaissances (les Solfèges de Panseron, de Danhauser ; plus récemment les ouvrages d'A. Weber, de G. Dandelot, de J. Deschamps-Villedieu, etc.).

Pour saisir ce qu'est le solfège et percevoir les difficultés de son enseignement, il faut comprendre que, si les mots, les phrases du discours parlé sont aisément mémorisés dans leur sens littéral, celui-ci est totalement absent des structures musicales, lesquelles n'acquièrent de signification – purement sonore – que par les rapports (de durée, d'intonation) qui s'établissent entre les éléments d'une mélodie, d'un accord. Or, si par « lecture des signes musicaux » on n'entend pas seulement l'épellation des noms de notes, mais aussi la traduction vocale ou instrumentale des intonations que ces notes représentent, on en déduit que l'étude du solfège, pour être vraiment fructueuse, comporte ce qu'on appelle, très improprement d'ailleurs, ainsi qu'on le verra par la suite, l'« éducation de l'oreille ». D'autre part, l'action de solfier implique que l'élève nomme les notes ; ce fait indique qu'à l'origine la solmisation fut d'ordre exclusivement vocal.

L'étude du solfège n'en est pas moins indispensable à l'instrumentiste ; et, si l'on ajoute que cette éducation de l'oreille est à la base des études d'harmonie, de contrepoint, et qu'elle permet en fin de compte au compositeur de concevoir sa partition sans le secours d'aucun instrument, on aura compris l'importance de cette discipline, qui se présente, à l'heure actuelle, comme le fondement de toute activité musicale, tant pour l'exécutant amateur (membre d'une chorale, par exemple) que pour le professionnel.

La prise de conscience sonore

Données psychophysiologiques

Une série d'expériences menées en 1952-1953 à l'hôpital Boucicaut de Paris par le docteur André Moulonguet, membre de l'Académie de médecine, a mis en lumière de façon indiscutable l'étroite relation qui, lors de l'émission d'un son chanté, s'établit entre l'ensemble des organes de la phonation et le système nerveux central. Grâce à un appareillage approprié d'enregistrement, A. Moulonguet a, entre autres choses, prouvé que la fréquence des influx nerveux parcourant le nerf récurrent est en absolu synchronisme avec les fréquences de contraction des cordes vocales dont dépend la hauteur – c'est-à-dire la fréquence – du son émis. D'où il ressort qu'un chanteur ne peut produire un son de hauteur déterminée s'il n'a au préalable « imaginé » cette hauteur.

Ce phénomène d'imagination sonore, aussi rapide que l'éclair, est d'ordre psychophysiologique et plus ou moins acquis par l'éducation de l'oreille – expression assez impropre, car l'organe de l'ouïe n'est, en l'occurrence, qu'un instrument de contrôle du son formé dans le cortex et produit par l'appareil vocal. En définitive, c'est ce réflexe de prise de conscience sonore qu'il convient d'éduquer. L'étude du solfège complète cette éducation de l'oreille en l'établissant en corrélation avec la notation musicale.

Cette prise de conscience, longtemps réalisée, empiriquement et très imparfaitement, par la tradition orale, imprécise par nature, ne put être acquise de façon rationnelle qu'au bout de plusieurs siècles de recherches, et cela par suite de lacunes inhérentes aux systèmes successifs de notation.

Histoire du solfège

En manière de préambule, on rappellera que la musique occidentale, la seule qui soit ici en cause, se fonde depuis l'Antiquité sur la fixité d'intonations différentes, dont la succession sous forme de gammes détermine des intervalles, dont le plus petit est le demi-ton. Toutefois, des micro-intervalles (1/3 et 1/4 de ton) ont été pratiqués dans l'Antiquité. La musique occidentale en a perdu l'usage.

Grèce antique

Les plus anciens documents traitant de la solmisation chez les Grecs ne remontent pas au-delà du ier siècle de notre ère. Parmi ceux-ci, le traité d'Aristide Quintilien (iie ou iiie s. apr. J.-C.), Péri mousikès, donne un aperçu assez substantiel de la pratique du solfège à cette époque [...]

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Écrit par :

  • : inspecteur général de la Musique, compositeur, chef d'orchestre

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Pour citer l’article

Robert SIOHAN, « SOLFÈGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/solfege/