AGATHOCLE (env. 359-289 av. J.-C.)

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Fils d'un potier de Rhêgion (auj. Reggio di Calabria) Agathocle, né à Thermae près d'Himère, fait partie d'une faction populaire qui dispute le pouvoir à l'aristocratie grecque de Sicile. Un coup d'État lui permet de devenir, à Syracuse, un de ces tyrans progressistes qu'a connus la Sicile depuis le ~ vie siècle, tels que Denys l'Ancien ou Gélon. Il entreprend des réformes radicales avec la résolution teintée de cruauté qu'exigent la situation dramatique et l'inégalité extrême entre les classes sociales. Il massacre une grande partie de la noblesse qui possède les terres et partage celles-ci en lots, distribués aux plus déshérités. Il abolit les dettes et impose d'autorité des lois draconiennes en matière de discipline et de police. Cette tyrannie, au sens antique du terme, c'est-à-dire dénuée de toute idée péjorative, s'accompagne d'une politique extérieure téméraire. Les Siciliens supportent mal en effet que la moitié de leur île soit occupée par les Carthaginois. Assiégé par ceux-ci en ~ 311 dans Syracuse même, Agathocle décide de débarquer en Afrique et d'aller investir les villes carthaginoises avec une armée puissante, renforcée par des mercenaires mamertins. Il laisse le pouvoir à son fils Antandès, apparaît devant Tunis, brûle tous ses vaisseaux pour empêcher ses soldats de s'enfuir. Il soumet toutes les villes du littoral punique, mais il ne peut pas profiter de sa victoire : il manque d'alliés ; la suprématie de Carthage sur toute la Méditerranée lui interdit toute occupation prolongée du territoire punique ; à Syracuse, Antandès est incapable de juguler de nouvelles dissensions intérieures ; enfin, les Mamertins commencent à se rebeller. En ~ 306, Agathocle doit signer un traité de paix avec Carthage. Rentré en Sicile, il prend le titre de roi. Son petit-fils qui convoite le pouvoir le fait empoisonner au moyen, dit-on, d'un cure-dent. Agathocle, agonisant et souffrant atrocement, se fait placer sur un bûcher pour hâter sa mort. L'historien grec Polybe a rendu lui-même hommage à Agathocle, faisant fi des médisances colportées par un certain Timée sur les mœurs prétendument dissolues du tyran de Syracuse. Selon Polybe, Scipion l'Africain a reconnu en Agathocle un homme d'État avisé et entreprenant ; ce qui dans la bouche d'un général romain, méprisant quelque peu l'étranger, constituait une louange exceptionnelle.

—  Joël SCHMIDT

Écrit par :

  • : diplômé d'études supérieures d'histoire, directeur de collections historiques

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Pour citer l’article

Joël SCHMIDT, « AGATHOCLE (env. 359-289 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/agathocle/