SÈVES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'eau, les substances nutritives, les déchets et les hormones sont, dans les plantes, généralement transportés d'un organe à un autre par deux courants : la sève brute qui, dans les vaisseaux, transporte les matériaux venant de l'absorption racinaire et la sève élaborée qui, dans les tubes criblés du phloème, véhicule les substances organiques provenant des tissus assimilateurs ou des réserves.

Si la migration de la sève brute est assez bien expliquée par une poussée venant de la racine et surtout une traction due à un appel d'eau foliaire consécutif à la transpiration, les constituants de la sève élaborée migrent à des vitesses légèrement différentes, mus par des mécanismes complexes, où interviennent gradients de pression osmotique et transports actifs. Un contrôle de la charge du phloème en assimilats régularise quelque peu l'alimentation des tissus en glucides, en dépit des variations de la photosynthèse.

La sève brute

Caractéristiques

La sève brute est le grand courant ascendant qui conduit aux feuilles, aux bourgeons et aux fleurs l'eau et les substances minérales. C'est une solution diluée de sels minéraux (1 gramme par litre environ) qui contient les ions absorbés (cf. absorption végétale) et les produits de la réduction des nitrates (aminoacides et amides) par la racine. Au cours de son déplacement, elle abandonne aux territoires traversés une partie de ses éléments minéraux et s'enrichit en composés organiques, mais ceux-ci sont toujours en faible quantité (de 0,2 à 0,5 g/l) sauf exception (celle de l'érable à sucre en contient jusqu'à 8 p. 100) ; ils proviennent surtout des réserves accumulées dans les rayons médullaires du bois et utilisées à certaines saisons.

Feuille, détail

Photographie : Feuille, détail

Le limbe de très nombreux types de feuilles est parcouru par des nervures primaires, secondaires et tertiaires qui forment un réseau très dense permettant la circulation des composés nutritifs et de la sève. 

Crédits : Charles Krebs/ The Image Bank/ Getty Images

Afficher

Chez les végétaux vasculaires, la circulation de la sève brute a lieu dans les vaisseaux ou dans les trachéides (gymnospermes) des faisceaux libéro-ligneux, c'est-à-dire dans le xylème (bois), comme le prouvent des décortications annulaires pratiquées sur des troncs ou des rameaux. Chez les autres végétaux, la notion de sève ne garde son sens que dans la mesure où il existe des régions conductrices plus ou moins bien spécialisées (tige des mousses, stipe des laminaires, etc.).

On a pu mesurer la vitesse de la sève brute à l'aide de colorants ou d'isotopes radioactifs, ou encore à l'aide de deux sondes thermo-électriques fichées dans le xylème à des niveaux différents. (La première permet d'échauffer légèrement la sève, la seconde d'enregistrer le moment où la sève échauffée l'a atteinte.) Cette vitesse est en général de l'ordre de 1 à 6 mètres à l'heure ; elle peut atteindre 100 mètres à l'heure quand la transpiration est maximale, diminuant au contraire en atmosphère saturée d'eau (pas de transpiration) et s'annulant lorsque l'alimentation en eau est bloquée (sécheresse, froid de l'hiver). Le sens de la circulation peut même être exceptionnellement inversé, si l'atmosphère est très humide et le sol très sec.

Mécanismes de la migration

Eau et sels minéraux circulent ensemble sensiblement à la même vitesse, les ions paraissant simplement entraînés par le flux hydrique. Cette circulation ne relève, semble-t-il, d'aucune activité physiologique, ni des vaisseaux qui sont des cellules mortes, simples tubes lignifiés, ni du parenchyme vasculaire qui les entoure, car elle n'est pas affectée par des inoculations dans les tiges de poisons (tel le sulfate de cuivre à 10 p. 100), du moins tant que ceux-ci n'ont pas atteint les organes de la transpiration. Les causes de cette circulation n'en ont pas moins posé des problèmes aux physiologistes, car il n'est pas aisé de rendre compte d'une ascension à quelque 10 ou 20 mètres de hauteur, comme cela se rencontre couramment dans les arbres.

La capillarité ne peut expliquer le transport que chez des plantes à tiges courtes (mousses) ; il se pourrait que les différences de pression osmotique entre les vacuoles des tissus assimilateurs, gorgées de produits élaborés, et celles des cellules de la racine, moins concentrées, constituent un facteur non négligeable, qui interviendrait aussi dans la circulation de la sève élaborée (cf. infra, théorie de Münch et Craft). Mais essentiellement deux causes déterminent l'ascension de la sève brute : la poussée radiculaire et la transpiration.

Si l'on coupe un arbuste, par exemple un pied de vigne, à la base de la tige, la partie laissée en terre émet un liquide sous une certaine pression, la poussée radiculaire (fig. 1), dont les valeurs sont considérables : vigne, 1,25 bar ; bouleau, de 2 à 2,5 bars ; marronnier, 9 bars. Un bar correspondant sensiblement à la pression d'une colonne d'eau de 10 mètres de hauteur, de telles valeurs pourraient rendre compte d'ascensions très élevées s'il n'y avait des pertes importantes dans des vaisseaux de très petits calibres.

Expérience de Hales

Dessin : Expérience de Hales

Mise en évidence de la poussée radiculaire par l'expérience de Hales (1727). Le moignon d'un pied de vigne décapité émet de la sève brute sous pression. La dénivellation du mercure peut atteindre près de 1 mètre. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

La poussée radiculaire ne s'observe que si les racines sont vivantes, aérées et normalement alimentées en glucides par la tige. Elle est inhibée par le cyanure. Elle présente un rythme journalier, avec maximum en fin de matinée. Tous ces faits indiquent qu'elle est sous l'étroite dépendance du métabolisme. Néanmoins, elle paraît être de nature purement osmotique : la pression osmotique croît dans le cortex de la racine depuis les poils absorbants jusqu'à l'endoderme, et, bien qu'elle redescende légèrement au-delà, elle est supérieure dans les vaisseaux à ce qu'elle est dans le sol. La racine fonctionne alors comme un osmomètre. Ce gradient osmotique est dû à l'action de pompes ioniques qui élèvent la concentration des sels minéraux dans les cellules du cortex d'autant plus qu'elles sont plus internes.

L'autre moteur de l'ascension est la transpiration. L'appel d'eau qu'elle crée au niveau des feuilles est répercuté tout le long des vaisseaux grâce aux forces de cohésion importantes existant entre les molécules dans ces conduits de faible diamètre ; les filets d'eau se trouvent tractés en une colonne continue, comme l'a montré Dixon (1895) en réalisant un modèle expérimental dans lequel l'évaporation à travers une plaque de plâtre simulait la transpiration ; la montée d'eau mesurée par l'élévation d'une colonne de mercure était d'environ 15 mètres. La réalité de la continuité des filets dans les vaisseaux a été confirmée par des observations modernes, en particulier par des marquages à l'iode radioactif.

La tension exercée par la transpiration, de l'ordre de 20 à 30 bars, suffit à irriguer les arbres les plus hauts. La pression exercée par la poussée radiculaire (de l'ordre de 2 bars) n'a qu'un rôle accessoire. D'ailleurs, elle cesse lorsque la transpiration est active, et chez certaines esp [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Feuille, détail

Feuille, détail
Crédits : Charles Krebs/ The Image Bank/ Getty Images

photographie

Expérience de Hales

Expérience de Hales
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Température et vitesse de migration

Température et vitesse de migration
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Charge du phloème et sa régulation

Charge du phloème et sa régulation
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 10 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur honoraire de physiologie végétale à l'université de Paris-VII, membre de l'Académie d'agriculture

Classification

Autres références

«  SÈVES  » est également traité dans :

CALLOSE

  • Écrit par 
  • Jacques DAUTA
  •  • 211 mots

Polyglucoside formé, comme la cellulose, par la polymérisation du glucose, mais qui diffère de la cellulose par le type de liaison des monomères glucose entre eux. La callose est une substance insoluble dans l'eau, l'alcool, et dans la liqueur de Schweitzer (solvant de la cellulose). On la trouve dans la paroi des cellules des algues rouges où elle est souvent associée à des composés pectiques. El […] Lire la suite

PLANTES

  • Écrit par 
  • Marie POTAGE, 
  • Arnaud VAN HOLT
  •  • 6 779 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Physiologie des plantes »  : […] Organismes fixés, les plantes vivent à l’interface entre deux milieux très différents – le sol et l’atmosphère – dans lesquels elles trouvent les éléments nécessaires à leur croissance . Ainsi, elles absorbent l’eau et certains ions minéraux du sol par leurs racines, et le dioxyde de carbone (CO 2 ) atmosphérique et l’énergie lumineuse par leurs organes chlorophylliens (feuilles et parfois tiges) […] Lire la suite

TISSUS VÉGÉTAUX

  • Écrit par 
  • Jean-Claude ROLAND
  •  • 3 843 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Structure et fonctions des tissus primaires »  : […] Les parenchymes sont constitués de cellules relativement banales et peu structurées, aux caractères polyvalents. Elles sont en général très vacuolisées, à parois minces et séparées par de grands méats aérifères : on parle alors de parenchymes lacuneux. La spécialisation fonctionnelle porte principalement sur les plastes , ce qui permet à ce tissu parfois qualifié de conjonctif ou « tissu de rempl […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

René HELLER, « SÈVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/seves/