SÈVES

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La sève élaborée

Méthodes d'étude et caractéristiques

Contrairement à la sève brute, la sève élaborée est le courant, surtout descendant mais aussi ascendant, qui véhicule vers les lieux de mise en réserve ou d'utilisation les substances élaborées (d'où son nom) par les organes chlorophylliens responsables de la photosynthèse.

La méthode des incisions pratiquées à une profondeur convenable sur le tronc des arbres est la plus ancienne pour récupérer la sève élaborée : le liquide légèrement sous pression s'écoule en gouttelettes des blessures. C'est ainsi que des incisions pratiquées à la base des inflorescences des palmiers permettent de récupérer, par jour, jusqu'à 10 litres d'une sève sucrée qui, fermentée, donnera le vin de palme.

Pour éviter ces traumatismes à la plante, les physiologistes ont eu recours à des insectes suceurs de sève (pucerons et cochenilles) qui fichent leur stylet dans les tiges jusqu'au niveau de la sève élaborée ; si l'on élimine le corps de l'insecte, le liquide continue à s'écouler à travers le stylet, et l'on peut ainsi en recueillir de 1 à 2 millimètres cubes par heure.

Enfin, l'emploi de substances marquées aux isotopes radioactifs, soit par application ou par injection, soit lors de la photosynthèse, permet de suivre le devenir des composants ainsi transportés.

La sève élaborée est une solution colloïdale visqueuse, riche en substances organiques (de 5 à 20 p. 100). Ce sont surtout des glucides (plus de 90 p. 100 du résidu sec) et presque toujours du saccharose mélangé parfois à de très faibles proportions de raffinose, de stachyose et de mannose ; les hexoses (fructose et glucose) n'apparaissent que dans les tissus voisins ou dans les organes situés en fin de parcours. Les substances azotées (aminoacides et amides) constituent de 0,03 à 0,5 p. 100 du résidu sec selon les espèces, mais ce taux varie beaucoup avec les phases d'activité des plantes : il s'élève considérablement à l'automne (de deux à cinq fois) lors de la chute des feuilles, ainsi qu'au printemps lors du débourrement des bourgeons. Les formes transportées les plus courantes sont l'asparagine, la glutamine, l'aspartate et le glutamate, parfois aussi la citrulline (aulne, bouleau, charme), la glycine (lilas) ou encore des bases puriques comme l'allantoïne et l'acide allantoïque (érable).

La sève élaborée contient enfin des vitamines, des hormones et des enzymes, dont beaucoup sont synthétisées par les feuilles, ainsi que des substances minérales, notamment du potassium (jusqu'à 1 g/l). C'est par cette voie surtout que se déplacent les virus lors d'une contamination, ou encore les herbicides pulvérisés par voie aérienne.

Les tissus conducteurs

Les expériences de décortication, dont les premières furent réalisées par l'Anglais Stephen Hales dès 1726, ont montré que la sève élaborée circule par les tubes criblés du phloème (liber) : chez les dicotylédones où le liber forme une couche superficielle entourant le bois, une décortication annulaire de ce tissu provoque l'apparition d'un bourrelet au-dessus de l'incision, avec parfois formation de racines ; ce bourrelet est dû à une concentration massive des substances nutritives et des hormones synthétisées par les feuilles dont le transit vers les parties inférieures est bloqué. Les expériences les plus modernes, effectuées à l'aide de corps marqués, ont confirmé le fait.

Le tissu libérien comprend un parenchyme souvent riche en substances de réserve et l'appareil conducteur proprement dit.

Les tubes criblés sont formés de cellules très allongées, mises bout à bout et formant un faisceau. Ces cellules, longues de 0,1 à 1 millimètre, larges de 10 à 40 micromètres, sont hautement spécialisées ; leur noyau s'est résorbé, de même que la quasi-totalité des constituants cellulaires (il ne subsiste que quelques mitochondries), et les mouvements de cyclose à de rares exceptions près (plantes aquatiques) ont cessé. Toutefois, elles sont vivantes, puisqu'elles peuvent être plasmolysées, et elles sont caractérisées dès les premiers stades de leur différenciation par une volumineuse inclusion, le corps muqueux (Schleimkörper, slime body), de forme variable selon les espèces, de nature protéique et de structure fibrillaire. Les protéines qui le constituent, ou protéines P, forment lorsque la cellule devient fonctionnelle un fin réseau spongieux qui occupe finalement toute la lumi [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire de physiologie végétale à l'université de Paris-VII, membre de l'Académie d'agriculture

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Pour citer l’article

René HELLER, « SÈVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/seves/