ROYAUME-UNILe système politique

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Nom officielRoyaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord (GB)
Forme de gouvernementmonarchie constitutionnelle avec deux chambres législatives (Chambre des lords [791 1], Chambre des communes [650])
Note : En 2020 : 89 pairs héréditaires, 676 pairs à vie nommés par la Couronne sur avis du Premier ministre et 25 archevêques et évêques.
Chef de l'Étatla reine Élisabeth II (depuis le 6 février 1952)
Chef du gouvernementBoris Johnson (depuis le 24 juillet 2019)

Les forces politiques

Le parti conservateur

Ilse pense avant tout comme le parti du pouvoir, aussi n'est-il jamais à l'aise dans l'opposition. La doctrine conservatrice se résume à quelques grands principes : insistance sur la liberté de l'individu, chacun devant accepter sa place dans la société ; défense des « libertés locales » mais sans porter atteinte à l'autorité « naturelle » des élites ; défense de la propriété mais, en même temps, souci paternaliste de la « condition du peuple » ; acceptation du libre-échange mais dans la mesure où il profite au commerce britannique. L'accent mis sur ces principes varie selon les périodes et selon les personnes. Dans la seconde partie du xixe siècle, sous l'impulsion de Disraeli, les conservateurs sont à l'origine d'autant de mesures de progrès social que les libéraux. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, par contre, la crise économique aidant, la réforme sociale cesse d'être une priorité. Mais, après sa large défaite de 1945, il se rallie au Welfare State mis en place par les travaillistes et, s'il continue de déplorer les grandes nationalisations, il s'en accommode à son retour au pouvoir. C'est la période du « consensus d'après guerre ». Ce consensus n'est rompu que par le radicalisme thatchérien, qui voit le triomphe des néo-libéraux sur les pragmatiques. Thatcher impose à une société profondément divisée des réformes draconiennes, mais le parti n'en remporte pas moins quatre élections générales successives. Puis vient le désastre de 1997 où il doit se replier sur ses bastions d'Angleterre du Sud (il n'a plus un seul élu en Écosse et au pays de Galles). Après deux autres défaites en 2001 et 2005, le choix d'un jeune leader médiatique (David Cameron) paraît marquer un retour à un certain pragmatisme.

Dans les années 1960-1970, le parti conservateur se revendique comme le parti « européen ». De fait, c'est le vote massif de ses électeurs qui assure le triomphe du vote oui au référendum de juin 1975, qui confirme l'adhésion britannique au Marché commun, négociée, en 1971-1972, par le Premier ministre Edward Heath. Malgré tout, sous Thatcher, en dépit des succès sur la scène européenne (remise budgétaire, marché unique) l'« euroscepticisme » gagne ses rangs, comme le montrent les débats concernant le traité de Maastricht. Depuis le départ de Major, les leaders successifs n'ont dû leur élection qu'à leur étiquette eurosceptique.

Le leader joue un rôle officiel dans les institutions, puisqu'il est soit Premier ministre, soit leader de l'opposition ; dans ce cas, il siège aux Communes face au Premier ministre. Au sein du parti, il constitue le point d'articulation entre les parlementaires et l'organisation dans le pays. Avant tout, il a seul la responsabilité du programme ; il peut tenir compte des résolutions des congrès mais n'y est pas obligé, il peut consulter largement mais il n'y est nullement tenu. Il est donc tout-puissant aussi longtemps que le parti parlementaire lui fait confiance ; cette confiance est essentielle : si Margaret Thatcher a perdu sa place de Premier ministre c'est parce que son parti n'en voulait plus comme leader. Avant 1965, le leader n'était pas élu ; il était censé « émerger » du sein du groupe dirigeant au Parlement. Depuis 1965, le leader est élu par les députés des Communes et confirmé par les adhérents dans le pays. L'élection a incontestablement rajeuni et démocratisé le profil du leader ; avant 1965, il vient de l'aristocratie ou de milieux « patriciens » qui en sont proches, et a généralement plus de soixante ans. Depuis 1965, les leaders ont autour de cinquante ans au moment de leur élection et la plupart ont été des « méritocrates », issus de milieux modestes, comme Heath, Thatcher ou Major. David Cameron, élu en 2005, vient d'un milieu « patricien », mais il bat un record de jeunesse (moins de 40 ans).

Le parti travailliste : du « labourisme » au blairisme

Constitué en 1906 par les syndicats autour du leader écossais Keir Hardie, il s'impose comme l'opposition officielle dès 1922, formant son premier gouvernement (minoritaire) dès 1923. En 2007, il avait gouverné la Grande-Bretagne pendant plus d'un quart de siècle. Son chef n'a pas toujours été aussi dominant qu'aujourd'hui au sein du parti. Jusqu'en 1981, il n'est l'élu que des seuls députés aux Communes ; d'où son titre officiel de « leader du parti parlementaire ».

En dépit d'une minorité plus extrême, proche du marxisme, le « mouvement travailliste » (comme il aime s'appeler) s'est toujours voulu réformiste et parlementaire. Comme son rival conservateur, il regroupe un large éventail d'intérêts et de groupes (avec un poids important pour les syndicats membres), qui va du populisme le plus virulent à la social-démocratie la plus modérée, en passant par le socialisme chrétien. Ce qui rapprochait le plus le travaillisme du socialisme européen était l'article IV des statuts adoptés en 1918, article qui proclamait son attachement à « la propriété collective des moyens de production et d'échanges », article abrogé en avril 1995, à la demande de Tony Blair, au profit d'une formule plus vague, qui fait du New Labour un parti « démocratique et socialiste ». Ce changement, symboliquement important, conduit à la « troisième voie » blairiste qui, sans rejeter les réformes de structures thatchériennes, notamment celles relatives au droit du travail, dit vouloir construire une société plus équitable. Plus prosaïquement, partant de la constatation que la classe ouvrière est devenue très minoritaire, la « troisième voie » est une tentative de séduction des classes moyennes, ce que Blair appelle Middle England, au sens sociologique comme géographique ; tentative qui a été particulièrement réussie, comme l'ont montré les divers résultats électoraux.

La construction européenne a beaucoup déchiré le parti. D'abord très hostile, c'est néanmoins un gouvernement issu de ses rangs qui, en 1967, dépose la deuxième candidature à l'entrée dans le Marché commun, rejetée par de Gaulle comme la première (1963). L'adhésion négociée par Heath en 1971-1972, alors que le parti est dans l'opposition, est rejetée par la majorité, d'où la « rébellion » des pro-européens les plus fervents (cf. infra). La question européenne est aussi l'une des causes de la scission de 1981. Toutefois, la modernisation du parti opérée par Neil Kinnock après la défaite de 1983 entraîne l'élection de leaders pro-européens : John Smith (un des « rebelles » de 1971) et Tony Blair qui proclame son désir de mettre la Grande-Bretagne au « centre de l'Europe ». Dès son arrivée au pouvoir, le New Labour adhère à la « charte sociale » de Maastricht ; néanmoins, Tony Blair recule devant l'organisation du référendum sur la monnaie unique qu'il a promi [...]

Tony Blair

Photographie : Tony Blair

Tony Blair, le leader du Parti travailliste britannique, lors d'une réunion électorale, en avril 1997. 

Crédits : Steve Eason/ Hulton Archive/ Getty Images

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Edward Heath et Margaret Thatcher, 1970

Edward Heath et Margaret Thatcher, 1970
Crédits : Leonard Burt/ Hulton Archive/ Getty Images

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Manifestation antinucléaire anglaise

Manifestation antinucléaire anglaise
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Tony Blair

Tony Blair
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Naissance du Parti social-démocrate au Royaume-Uni, 1981

Naissance du Parti social-démocrate au Royaume-Uni, 1981
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  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales

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Pour citer l’article

Jacques LERUEZ, « ROYAUME-UNI - Le système politique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-uni-le-systeme-politique/