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RELIGION L'histoire des religions

Le premier problème que pose l'étude des religions concerne la définition même du concept de religion, lequel, étant exclusivement occidental, ne peut directement désigner des faits culturels appartenant à d'autres civilisations. Il suffit toutefois de se rendre compte du relativisme de ce concept pour que le problème perde sa priorité. De préliminaire il devient « final », en ce sens qu'il se confond avec le but même de l'étude des religions, laquelle se comprend comme une recherche en vue de définir les religions. Il s'agit d'en donner une définition non philosophique, mais scientifique ; et, puisque la matière à étudier est « culturelle » et non « naturelle », la discipline scientifique qui se donne un tel objet ne peut être qu'historique ; c'est l'histoire des religions.

L'approche historiographique des religions n'est pas réductible à une collection, aussi vaste que possible, de monographies consacrées aux religions particulières ; aussi n'est-ce pas là le but de l'histoire des religions. Il existe, au contraire, une conception qui part de ce qu'ont de comparable les faits religieux de n'importe quelle culture, ou, si l'on renonce à l'équivoque catégorie du religieux, les faits culturels tout court. C'est, en effet, du recours à cette méthode comparative qu'est née, en même temps que l'ethnologie, l'histoire des religions, la naissance de ces deux disciplines pouvant être conventionnellement datée de la parution de l'ouvrage de E. B. Tylor, Primitive Culture (1871).

La perspective comparatiste qu'elle exige et le caractère culturel de son objet situent l'histoire des religions aux côtés de l'ethnologie et lui assignent une position révolutionnaire par rapport à la tradition historico-philologique. Cette révolution est repérable dans le « néo-humanisme », qui se présente comme dépassement du vieil humanisme centré sur la culture européenne. Dans cette perspective, important fut et demeure l'apport des études d'histoire religieuse à la formation d'un nouveau sens de l'histoire.

Le concept de religion

Le concept de religion est proprement occidental et n'a pas d'équivalent dans les autres cultures. Sa fonction originaire fut de distinguer un domaine s'opposant à celui que recouvre le concept d'État. Ainsi lorsque le christianisme devint la « religion de l'État » romain : une distinction catégorique se révéla nécessaire entre pouvoir religieux et pouvoir temporel, entre autorités religieuses et autorités laïques, entre lois religieuses et lois civiles, entre fêtes religieuses et fêtes civiques. Jusqu'alors la religion publique (ou officielle, ou d'État) avait pour but unique de contribuer à l'édification de l'État lui-même et n'exigeait donc pas d'être strictement différenciée par rapport à l'État et à ce qui le concernait. La sotériologie chrétienne pouvait comprendre aussi l'État romain, mais d'aucune façon elle ne trouvait en ce dernier sa fin et ses limites. Sa transcendance vis-à-vis de lui s'exprima dans le concept nouveau pour lequel fut adopté le terme latin de religio (qui pour les anciens Romains avait manifestement une autre signification) ; ce concept fut repris par toutes les langues occidentales, y compris les langues germaniques.

L'opposition entre les concepts de religion et d'État, opposition qui se retrouve chez Augustin entre la civitas Dei et la civitas humaine, ne doit pas être confondue avec le couple dialectique qui s'instaure entre sacré et profane et qui intervient de manière constante au sein même d'une religion donnée (dans la culture occidentale aussi bien que dans les autres ; le terme « sacré », à la différence de « religion », est traduisible). Cela revient à dire[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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