ARON RAYMOND (1905-1983)

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Une vocation philosophique

Raymond Aron ne nous a rien laissé ignorer de sa vocation. Conquis à la philosophie dès les premiers moments de sa classe terminale, il entre un peu plus tard à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Le directeur en est alors Célestin Bouglé, un durkheimien de stricte observance qui, malgré de bonnes relations personnelles, ne lui apportera rien. Il suit au contraire Léon Brunschvicg qui, en 1927, le dirigea en vue du diplôme d'études supérieures dans un mémoire sur Kant. Brunschvicg enseignait un criticisme très marqué de positivisme et enrichi d'une théorie originale de la raison mobile. Son étudiant n'a jamais cessé de l'admirer ; mais, dès 1937, il lui reprochait de ne s'être jamais intéressé à l'histoire. Critique inattendue puisqu'en un sens Brunschvicg réfléchit toujours en historien de la philosophie ou des sciences. Mais sa critique ne s'étend pas à l'histoire elle-même, ni à sa méthodologie positiviste qu'il accepte telle quelle. Aron a refusé la secondarité d'une quête si résolument détournée de l'existant qu'elle oublie le référent, et tout à fait soumise à ce que Gilbert Hottois appelle « l'inflation du langage dans la philosophie contemporaine ». L'idéalisme critique de Brunschvicg ignorait l'être, la pensée aronienne va se tourner vers une autre transcendance, celle du fait humain. Dans sa thèse, Aron insiste sur les limites et la relativité de l'objectivité : c'est que, pour lui, elle conservait toute sa consistance. Il parle de l'être d'autrui ou plutôt de l'être des hommes dans leurs actions réciproques.

Comment en douter à la lecture de ses Mémoires ? Il y raconte dans les premières pages l'illumination qui lui révéla ses tâches à venir. Au cours d'une promenade sur les bords du Rhin, sensibilisé par les débuts du nazisme à sa condition de juif et de Français, il s'interroge sur les conditions auxquelles, d'un point de vue à la fois singulier et dé [...]


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Pour citer l’article

Bernard GUILLEMAIN, « ARON RAYMOND - (1905-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-aron/