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PIERO DELLA FRANCESCA (entre 1415 et 1420-1492)

Les artistes de la Renaissance aspiraient à donner une image rigoureusement parfaite de la réalité naturelle, qui soit capable de transmettre quelque chose de son origine divine. Piero della Francesca fut l'un des principaux partisans de cette idée. L'étude des mathématiques lui offrit le moyen d'atteindre la perfection des formes qu'il rendit solennelles et impassibles, en les géométrisant en fonction de l'espace perspectif et en les revêtant de couleurs tendres et lumineuses. La synthèse forme-couleur-lumière qu'il réalisa différencie radicalement ses conceptions perspectives de celles des Florentins. Son influence se fit sentir au xve siècle dans une grande partie de l'Italie centrale et marqua tout particulièrement l'école de peinture vénitienne qui, sans elle, se serait certainement orientée différemment. En tant que théoricien, il eut également un rôle très important, aussi bien dans le domaine de la peinture que dans celui de l'architecture. Sa conception de l'espace perspectif influença de façon radicale non seulement Luciano Laurana, mais Bramante et Raphaël.

Un peintre toscan

Piero della Francesca naquit dans l'Apennin toscan à Borgo San Sepolcro, petit pays de la haute vallée du Tibre appelé aujourd'hui Sansepolcro. Les premières traces de son activité remontent au 7 septembre 1439 : on a conservé un document relatif au paiement des fresques (aujourd'hui détruites) peintes par Domenico Veneziano dans le chœur de San Egidio à Florence ; sur ce billet, il est mentionné que Piero « était avec lui ». Après ce séjour de jeunesse à Florence, il retourne dans sa patrie où il fut nommé conseiller du peuple en 1442 et où, le 11 janvier 1445, on lui confia la tâche de peindre le Polyptyque de la Miséricorde. Cette œuvre n'était pas encore achevée lorsque Piero quitta à nouveau son pays natal pour se rendre, peu avant 1450, à Ferrare. De là il se rendit à Venise puis à Rimini où, en 1451, il signa et data la fresque de Saint Sigismond dans le temple des Malatesta. À ces déplacements à travers l'Italie centrale, on doit rattacher ses premiers contacts avec la cour d'Urbin dont il deviendra très vite l'un des fidèles. Pendant ce temps, Bicci di Lorenzo avait commencé à Arezzo la décoration du chœur de l'église San Francesco. Mais Bicci mourut alors que seules étaient terminées les fresques de la voûte, et les travaux furent suspendus. Puis ceux-ci furent repris et confiés à Piero qui laissa sur ces murs le plus haut témoignage de son génie. Le 20 décembre 1466, ce chef-d'œuvre est mentionné comme déjà terminé ; mais, durant son exécution, le peintre dut assumer d'autres commandes qui l'obligèrent plusieurs fois à quitter Arezzo. Des documents attestent, en effet, sa présence dans son pays natal, le 14 octobre 1454, lorsqu'on lui commanda le polyptyque de Sant'Agostino, et le 12 avril 1459 à Rome où on lui remit le paiement des peintures exécutées dans la chambre de Pie II au Vatican. Cette pièce, peinte à nouveau à fresque par Raphaël, sera appelée « chambre d'Héliodore ». Le 20 décembre 1466, Piero est à nouveau à Arezzo où les confrères de l'Annunziata lui commandent leur étendard. Celui-ci leur est livré en 1468. En 1469, Piero se rend à Urbin per vedere la taula per farla (pour voir le tableau en bois et pour le peindre) ; il s'agit de l'œuvre représentant l'Eucharistie, dont la prédelle avait été précédemment exécutée par Paolo Uccello et qui sera par la suite réalisée par Juste de Gand. Il est très probable que Piero est retourné à Urbin après 1469 et qu'il a gardé avec la cour des Montefeltro les relations qu'il avait nouées avec elle lorsqu'il était encore très jeune. Quoi qu'il en soit, on sait, grâce aux actes retrouvés dans les archives,[...]

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Écrit par

  • : consultant auprès des Musées du Vatican pour la restauration des œuvres d'art

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Le Baptême du Christ</it>, Piero della Francesca

Le Baptême du Christ, Piero della Francesca

La Flagellation du Christ, Piero della Francesca

La Flagellation du Christ, Piero della Francesca

<it>L'Adoration de la Sainte Croix</it>, Piero della Francesca

L'Adoration de la Sainte Croix, Piero della Francesca

Autres références

  • CYCLE, peinture

    • Écrit par Cariss BEAUNE
    • 888 mots
    • 5 médias

    On entend par cycle de peinture une grande composition narrative se divisant en épisodes et exigeant une grande surface de développement. Techniques et supports les plus généralement employés sont la fresque et la peinture à l'huile sur tableaux. Impliquant une lecture en continuum,...

  • FRESQUE

    • Écrit par Ève BORSOOK
    • 6 717 mots
    • 12 médias
    ...méthode la plus courante consistait à mouiller le mur recouvert d'enduit avec de l'eau ou de l'eau de chaux. Dans l'église de S. Francesco, à Arezzo, Piero della Francesca a même eu recours à des piles de linge mouillé qu'il appliquait sur la surface enduite pour qu'elle reste fraîche jusqu'à ce qu'il...
  • JÉSUS ou JÉSUS-CHRIST

    • Écrit par Joseph DORÉ, Pierre GEOLTRAIN, Jean-Claude MARCADÉ
    • 21 165 mots
    • 26 médias
    Chez Piero della Francesca (Le Baptême du Christ, National Gallery, Londres, La Flagellation du Christ, Galerie nationale des Marches, Urbin, La Résurrection du Christ, Palais communal de Borgo San Sepolcro), le Christ s'humanise certes, son corps est modelé, mais il garde conceptuellement de l'héritage...
  • LENDINARA LES

    • Écrit par Colombe SAMOYAULT-VERLET
    • 447 mots

    Famille de sculpteurs sur bois et de marqueteurs de la seconde moitié du xve siècle, originaire de Lendinara (province de Rovigo en Vénétie).

    Les membres les plus célèbres de cette famille sont deux frères, Lorenzo et Cristoforo Canozi, dits Lendinara, qui ont fortement contribué au perfectionnement...

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Voir aussi