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WILDE OSCAR (1854-1900)

Le monde est une scène : de Salomé aux comédies de société

Oscar Wilde est francophile : il a accompli plusieurs séjours en France, rencontré à ces occasions nombre des écrivains et artistes français importants du xixe siècle finissant – parmi lesquels Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé ou André Gide – et manifeste un vif intérêt pour la littérature française, de Balzac à Gautier, Flaubert et Huysmans.

La pièce Salomé, qu’il rédige directement en français à Paris en novembre et décembre 1891, illustre ces goûts. L’écrivain y offre une variation autour du mythe biblique de la plus célèbre des femmes fatales, se plaçant ainsi dans le sillage de Flaubert (« Hérodias ») et du peintre Gustave Moreau, dont les toiles représentant Salomé font partie des moments clés d’Àrebours de Huysmans. Dans le drame en un acte de Wilde, également inspiré par le théâtre symboliste de Maurice Maeterlinck, Salomé, princesse de Judée et fille d’Hérodiade, après avoir exécuté la mystérieuse « danse des sept voiles », demande à son beau-père Hérode qu’on lui apporte sur un plateau la tête du prophète Iokanaan (Jean Baptiste), qui l’avait rejetée et maudite. La pièce se clôt sur le baiser nécrophile de Salomé, qui, hystérique, embrasse à pleine bouche la tête décapitée de Iokanaan. Le texte original, en français, paraît à Paris en 1893. Une version en anglais, accompagnée d’illustrations audacieuses et ironiques d’Aubrey Beardsley, est publiée à Londres l’année suivante. Salomé sera joué pour la première fois à Paris en février 1896 dans une mise en scène de Lugné-Poe, en l’absence de l’auteur, alors incarcéré. L’année 1905 voit la création, en Allemagne, de la transposition de la pièce en opéra par Richard Strauss, qui a largement contribué à la fortune de Salomé.

Dans les années 1892-1895, Wilde compose coup sur coup quatre comédies de société qui remportent un immense succès sur les scènes londoniennes : L’Éventail de Lady Windermere (1892), Unefemme sans importance (1893), Un mari idéal (1895) et L’Importance d’être constant (1895). Héritières du théâtre français « bourgeois » d’Eugène Scribe ou d’Alexandre Dumas fils, mais aussi des comédies de la Restauration anglaise, comme celles de William Congreve, ces pièces constituent une critique de la superficialité et de l’hypocrisie des classes supérieures dans l’Angleterre victorienne. Ponctuées de bons mots, de paradoxes et d’aphorismes, elles offrent également, et peut-être surtout, un jeu sur le langage. L’Importance d’être constant, véritable « opéra verbal » selon W. H. Auden, dont le titre même repose sur un jeu de mots autour de l’adjectif constant (earnest, dans le titre anglais, c’est-à-dire « sérieux, sincère ») et du prénom Constant (Ernest, dans la version originale), propose une réflexion ludique sur la langue, le sens et le théâtre lui-même. À la fin de la pièce, en un ultime renversement, le personnage principal, Jack, qui disait s’appeler Constant (Ernest), s’avère bel et bien se nommer ainsi : le mensonge était vérité ; la fiction, réalité.

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Reims Champagne-Ardenne

Classification

Pour citer cet article

Xavier GIUDICELLI. WILDE OSCAR (1854-1900) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Média

Oscar Wilde, 1882 - crédits : Napoleon Sarony/ Everett Historical/ Shutterstock

Oscar Wilde, 1882

Autres références

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