NON-ÊTRE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le non-être n'est pas le néant, si l'on entend par néant la simple absence d'être (l'idée de néant ne surgit qu'après coup, de façon imaginaire, comme suppression de l'être). Au sens le plus fort, le non-être est la part de négativité qui est présente dans le réel ou bien le pouvoir de négation qui appartient à l'esprit. Par réaction contre une conception de l'être pur (Parménide), Platon a découvert que l'être est pénétré de non-être : grâce à quoi peuvent s'expliquer l'altérité, le jeu des relations entre le même et l'autre, la démarche d'attribution qui permet d'affirmer qu'un sujet est ceci et n'est pas cela. Il y a ainsi une fonction logique du non-être, fondée sur une fonction ontologique (ou sur une négation intérieure à l'affirmation du réel). Les néo-platoniciens (Plotin, Proclus, Damascius) ont approfondi la notion de non-être. Ils l'ont appliquée au principe radical de la réalité. Ce principe est non-être, parce qu'il est indéterminé, indéterminable, tandis que l'être, premier dérivé du principe, est la totalité des déterminations. En exaltant la « puissance du négatif », Hegel admet à son tour une fonction du non-être ; mais il pense que toutes les différences se réintègrent et s'équilibrent dans le tout du savoir absolu, couronnement de la dialectique. En professant la distinction de l'être et de l'étant, Heidegger tend, malgré son vocabulaire, à irréaliser le premier pour mieux enfermer le second dans la finitude (entre l'être heideggérien et le non-être néo-platonicien, on décèle des affinités mais non avouées, non voulues). De son côté, sous le nom de néant, Sartre prend en thème la liberté et en fait une négation de l'être. Ces notations, qui concernent la seule pensée occidentale, ne peuvent faire oublier que la pensée orientale (upaniṣad, bouddhisme) met la priorité dans la méditation sur le non-être : elle encourage une visée du n'être pas qui, par renoncement lucide, serait salut et délivrance.

—  Henry DUMÉRY

Écrit par :

  • : professeur de philosophie à l'université de Paris-X-Nanterre

Classification


Autres références

«  NON-ÊTRE  » est également traité dans :

ÊTRE, philosophie

  • Écrit par 
  • Giulio GIORELLO
  •  • 4 682 mots

Dans le chapitre « L'être dans la pensée grecque »  : […] « Il soupçonna que l'eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu'il découvrit les saisons de l'année, et qu'il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d'aucun maître, sauf en Égypte, où il fréquenta les prêtres du pays. À ce propos, Hiéronyme dit qu'il mesura les pyramides en calculant le rapport entre leur ombre et celle d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/etre-philosophie/#i_45541

LULLE RAYMOND (1233 env.-1316)

  • Écrit par 
  • Louis SALA-MOLINS
  •  • 2 774 mots

Dans le chapitre « Entre le non-être et l'être : l'agir »  : […] L'expérience pluriconfessionnelle de Lulle l'amène à fonder sa doctrine sur des critères philosophiques qui puissent être acceptés par les trois grandes religions du Livre. Sa conviction d'avoir reçu d'en haut, par une faveur spéciale de la divinité, sa méthode de raisonnement explique qu'il ne sente presque jamais le besoin de mélanger à son discours des arguments empruntés explicitement à d'autr […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-lulle/#i_45541

NÉANT

  • Écrit par 
  • Jean LEFRANC
  •  • 3 210 mots

Dans le chapitre « Une certaine idée négative du néant »  : […] On voit combien le rapprochement (pourtant souvent fait) avec l'analyse platonicienne du Sophiste doit être limité. Il s'agissait pour Platon de définir le sophiste comme celui qui fait être ce qui n'est pas. Contre l'aphorisme de Parménide, il faut donc affirmer la possibilité du faux dans le discours et dans les choses et montrer que, d'une certaine manière, le non-être e […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/neant/#i_45541

NON & NÉGATION, philosophie

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD
  •  • 962 mots

Opérateur linguistique de la négation, « non » apparaît dans le dialogue ou dans l'interaction comme réponse à l'interlocuteur ou au partenaire et exprime soit le rejet d'une croyance, soit le refus de la poursuite d'un processus. On peut distinguer : La réponse à une simple interrogation, qui met fin à son indétermination et à son ambivalence : « As-tu bien dormi ? — Non ! » Le non équivaut à une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/non-et-negation-philosophie/#i_45541

PARMÉNIDE (VIe-Ve s. av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Clémence RAMNOUX
  •  • 2 233 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les Routes »  : […] Grâce à Simplicius, on possède une suite de soixante et un vers du premier discours ontologique de l'Occident ; assez de textes par ailleurs, notamment grâce à Sextus Empiricus, pour se faire une idée de la construction du poème. Cet ensemble fut composé pour être appris et récité, par transmission de la bouche à l'oreille : non qu'on ne sût écrire à Élée, mais on se défiait encore de l'écriture. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/parmenide/#i_45541

PLATON

  • Écrit par 
  • Monique DIXSAUT
  •  • 13 741 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'être et le non-être »  : […] Il lui faut donc penser différemment la différence, ce que va faire Le Sophiste en posant la question de l'être et du non-être. Parménide a rompu avec les anciennes cosmogonies qui prétendaient engendrer tout ce qui est à partir de principes comme l'eau, l'air ou le feu. Il n'a pu le faire qu'en appliquant un principe de non-contradiction fort : l'être, nécessairement, est  […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/platon/#i_45541

POÈME, Parménide - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 786 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'affirmation ontologique »  : […] Selon toute apparence et de façon assez simple, il est possible de diviser ce qui nous reste du poème (connu avant tout par l'entremise de Théophraste, Simplicius, Sextus...) en trois parties : une première, mythique, disant l'initiation par la déesse Vérité, une seconde proprement philosophique, voire « métaphysique » avant la lettre, décrivant « la Voie de la Vérité », et enfin une partie « cosm […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/poeme/#i_45541

WANG BI [WANG PI] (226-249)

  • Écrit par 
  • Kristofer SCHIPPER
  •  • 486 mots

Philosophe chinois, principal représentant de l'école des Mystères (Xuanxue), Wang Bi expose ses idées dans des commentaires des textes classiques, notamment du Daode jing et du Yi jing . Il se sert de ces ouvrages comme de prétexte à démontrer son propre système, procédé qui, par la suite, devint courant chez les philosophes chinois et qui impliquait q […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/wang-bi-wang-pi/#i_45541

XUANXUE [HIUAN-HIUE]

  • Écrit par 
  • Kristofer SCHIPPER
  •  • 960 mots

Courant philosophique qui apparut en Chine vers la fin de l'Empire des Han ( ii e  s.), le Xuanxue réagit contre la scolastique confucianiste qui était jusque-là la doctrine officielle. En cherchant à retrouver l'enseignement pur et fondamental des grands penseurs de l'Antiquité, ainsi qu'à répondre aux problèmes posés par l'existence dans cette p […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/xuanxue-hiuan-hiue/#i_45541

Pour citer l’article

Henry DUMÉRY, « NON-ÊTRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/non-etre/