VITTI MONICA (1931-2022)

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Rares sont les actrices qui présentent une double image aussi paradoxale. Pour les Français, Monica Vitti est l'« icône » du cinéma de Michelangelo Antonioni. Elle n'a tourné pourtant que quatre films avec lui, entre 1960 et 1964 – avant de le retrouver dans l'étrange Mystère d'Oberwald en 1980 –, au cours d’une carrière qui s'étend sur près de quarante ans et plus de cinquante films ! De leur côté, et depuis longtemps, la critique et le public italiens, sans rejeter le moment antonionien, la tiennent pour une des plus grandes actrices de la comédie italienne, capable de tenir tête à un Ugo Tognazzi, un Vittorio Gassman, un Alberto Sordi, un Nino Manfredi, un Giancarlo Giannini...

Maria Luisa Ceciarelli est née à Rome le 3 novembre 1931. En 1953, toujours à Rome, elle obtient le diplôme de l'académie nationale d'art dramatique Silvio d'Amico. Elle débute au théâtre dans des tournées et des petites revues. Si sa voix rauque, voire plaintive, constitue à l'époque un handicap qui la rapproche de Claudia Cardinale, son physique la situe aux antipodes des rondeurs plantureuses censées faire la joie du public masculin italien, d'Elli Parvo, Silvana Pampanini ou Silvana Mangano à Gina Lollobrigida et Sophia Loren. Sa silhouette élancée se double d'un visage sévère. Elle restera toute sa carrière allergique aux scènes de nu ou aux tenues sexy, se limitant à la prude combinaison. Dès 1954, elle apparaît dans des petits rôles au cinéma ou à la télévision. Elle se veut d'abord actrice, mais c'est en doublant des actrices choisies sur leur seul physique, en l'occurrence Dorian Gray (Maria Luisa Mangini), qui interprète le rôle de Virginia dans Le Cri, qu'elle rencontre Michelangelo Antonioni en 1957. « Je répétais que je voulais faire du théâtre, du grand théâtre », racontera-t-elle. Elle joue en effet Shakespeare ou Brecht comme Feydeau, Ionesco ou Molière. Pour elle, Antonioni monte quasiment une troupe et la dirige dans Scandali segreti (« Scandales secrets »), au Teatro Eliseo, mais la pièce est mal accueillie et Antonioni reconnaît que le théâtre l'ennuie.

L'Avventura (1960) marque le début d'une de ces grandes associations, dans la vie comme au cinéma, entre un metteur en scène et une interprète, où il est difficile de déterminer ce que chacun doit à l'autre. Suivront La Nuit (1961), L'Éclipse (1962) et Le Désert rouge (1964), autant d’étapes dans une approche des sentiments à l'intérieur d'un monde moderne filmé dans une architecture urbaine glaciale, non pas inhumaine, mais « a-humaine ». Dans cette trajectoire vers un univers que l'on croirait issu d'un film de science-fiction décrivant le dernier couple sur Terre, Monica Vitti apporte une étincelle de vie. Inédit au cinéma, son jeu est fait de silences, de regards faussement vides, de visages scrutés sensuellement, avec passion, par une caméra qui saisit les pulsions physiques infinitésimales.

Monica Vitti

Photographie : Monica Vitti

L'Avventura (1960), puis La Notte, L'Eclisse et Il Deserto rosso. En l'espace de quatre films, Monica Vitti (ici au côté de Gabriele Ferzetti dans L'Avventura) devient indissociable du cinéma de Michelangelo Antonioni. Elle n'en poursuivra pas moins, par la suite, une carrière davantage... 

Crédits : 20th Century-Fox Productions/ The Ronald Grant Archive/ Photononstop

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Que ce soit pour échapper à cet univers contraignant et douloureux, aussi riche soit-il, ou par tempérament, Monica Vitti se tourne ensuite vers d'autres registres, en particulier la comédie, vers laquelle la pousse Antonioni lui-même. Le délire « surréalisant » de Tinto Brass (La Soucoupe volante, 1964), l'humour noir de Franco Rossi (un sketch des Poupées, 1964) lui permettent de montrer un autre visage et des talents multiples, mais c'est son rôle d'espionne de bande dessinée au côté de Dirk Bogarde dans Modesty Blaise (Joseph Losey, 1966), qui lui apporte une renommée internationale. Peu connu en France, mais succès mondial, La Fille au pistolet, de Mario Monicelli (1968), donne à Monica Vitti un rôle plus représentatif de sa personnalité et de son « italianité » : elle y interprète le rôle d'Assunta Patanè, une Sicilienne délaissée qui ira chercher vengeance jusque dans les brumes londoniennes.

Monica Vitti ne retrouvera pas d'aussi grands succès fondés sur sa seule présence, malgré des [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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«  VITTI MONICA (1931-2022)  » est également traité dans :

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « VITTI MONICA - (1931-2022) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monica-vitti/