ASTURIAS MIGUEL ÁNGEL (1899-1974)

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Pour pouvoir situer Asturias dans l'ensemble du roman hispano-américain, il faut rappeler ce qu'était avant lui la littérature de ce vaste monde qui s'exprime dans un espagnol variant d'ailleurs avec chaque région. Toute une forme du roman prit naissance avec un événement historique d'une grande importance sur ce continent : la révolution mexicaine. Ce bouleversement suscita le roman-témoignage. Mariano Azuela publia en 1961 un livre désormais classique, Ceux d'en bas. Ce roman présente les caractéristiques d'un engagement délibéré, d'une littérature de protestation et de dénonciation des injustices sociales. Bien que, dans le genre, on trouve d'excellentes œuvres (il suffirait de citer les noms du Vénézuélien Rómulo Gallegos, du Colombien José Eustasio Rivera, du Péruvien Ciro Alegría, de l'Équatorien Jorge Icaza, du Brésilien Jorge Amado...), la politique fit souvent oublier à beaucoup de ces auteurs que le roman est aussi une œuvre d'art.

Vers les années quarante, Borges en Argentine, Onetti en Uruguay et Miguel Ángel Asturias provoquent un changement. Leurs œuvres témoignent d'une véritable création artistique.

Asturias, lui, intègre d'emblée l'univers indien, le merveilleux maya-quiché, les correspondances mystérieuses de la mentalité primitive, totalement absentes de la logique occidentale. Les mythes indiens s'intègrent dans la réalité quotidienne, ils servent aussi à créer une littérature engagée, mais le sens poétique guide la main de l'auteur. Il ne s'arrête pas à la dénonciation, mais élabore un monde qui est celui de l'Amérique latine métisse tout entière.

Le nom de Miguel Ángel Asturias restera lié au « réalisme magique » dont il est l'un des représentants majeurs. Quelque controversée qu'elle soit, cette formule demeure à ses yeux la meilleure définition de l'art. La somptuosité de son style emprunte largement aux techniques de l'artisanat indigène. En véritable orfèvre, l'auteur cisèle la phrase et file des métaphores chatoyantes comme les plumes du quetzal, l'oiseau versicolore emblème de son pays. Sa prose dégage toutes les essences de la forêt. Parole qui va du poème dessiné, peint, à l'alphabet, du chaos au ravissement printanier, du trille à la splendeur du verbe. Légataire du passé maya qu'il ressuscite dans ses œuvres, le romancier ne renie pas l'héritage hispanique qui constitue l'autre versant de sa culture. Métis au sens noble du terme, Asturias écrit en un espagnol enrichi par un constant souci de création poétique. Son inspiration, puisée aux sources d'un « tellurisme » convulsif traversé de violence humaine, accède aux plus hautes valeurs morales. Aussi n'est-il pas seulement le chantre du Guatemala ; l'exilé sut vaincre sa nostalgie pour répandre de par le monde un message d'amour fondé sur une certaine idée de l'Amérique. Ayant atteint la consécration internationale, parvenu au faîte des honneurs, il continue à porter en lui les souffrances du petit peuple. Cette simplicité témoigne d'une grande exigence : de tous ses titres de gloire, celui dont il se réclama avec le plus de force fut d'être le Gran Lengua, interprète et porte-parole de sa tribu.

Un écrivain contre la dictature

Miguel Ángel Asturias est né au Guatemala en 1899.

À Paris, entre 1923 et 1933, Asturias traduit le Popol Vuh, livre sacré des Mayas. Aussi, son premier livre, Les Légendes du Guatemala, témoigne-t-il de sa connaissance du monde indien. Il les a écrites à Paris, tout pénétré de la nostalgie de son pays et de son enfance. Ce livre constitue la prise de conscience du monde souterrain qui vit en Asturias, hérité de ses ancêtres mayas à travers le fleuve immémorial du sang et des mots.

En 1946 va paraître son deuxième livre, commencé à Paris : Monsieur le Président. Outre sa qualité littéraire, c'est le sujet qui fait l'intérêt du livre. Il s'agit du problème de la dictature latino-américaine, décrite dans un contexte caricatural. Inspiré de la réalité – Monsieur le Président n'est autre qu'Estrada Cabrera, qui fut dictateur au Guatemala lorsque Asturias était étudiant à l'Université – ce roman traduit une situation que l'on retrouve pa [...]

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Écrit par :

  • : ambassadeur du Paraguay en France, écrivain
  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'U.E.R. des langues vivantes étrangères de l'université de Caen

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Pour citer l’article

Rubén BAREIRO-SAGUIER, Bernard FOUQUES, « ASTURIAS MIGUEL ÁNGEL - (1899-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miguel-angel-asturias/