BAKOUNINE MICHEL (1814-1876)

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Aristocrate russe et révolutionnaire de formation hégélienne, Michel Bakounine fut le principal adversaire de Karl Marx au sein de la Ire Internationale. Il fut aussi le théoricien du socialisme libertaire opposé à l'autoritarisme marxiste, et se posa en défenseur de l'autogestion et de la liberté intérieure des organisations ouvrières. Son sens de l'homme lui a fait prévoir les dangers de l'État bureaucratique.

Bakounine

Photographie : Bakounine

Michel Bakounine (1814-1876), théoricien russe de l'anarchisme, ici vers 1870. 

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Le Titan

L'activité révolutionnaire de Bakounine répond à un besoin quasi physiologique. « Titan à la tête de lion, avec un superbe hérissement de crinière », il se sent à l'étroit dans une civilisation qui n'est pas faite à la mesure de son tempérament primitif et brutal. « Au fond de la nature de cet homme, dit de lui son ami Herzen, se trouve le germe d'une activité colossale, pour laquelle il n'y eut pas d'emploi. » Sa vie se divise en deux périodes, coupées par une longue captivité (de 1849 à 1861). La première de ces périodes débute avec l'arrivée de Bakounine à Berlin, où il poursuit ses études de philosophie commencées à Moscou après qu'il eut démissionné de l'armée. Elle est marquée par son adhésion au mouvement de la gauche hégélienne. Il s'attache surtout à la notion hégélienne de la négativité, qu'il interprète comme la nécessité absolue où se trouve l'humanité de promouvoir son avenir par la destruction totale de l'état de choses existant. « La joie de la destruction est en même temps une joie créatrice », telle est la conclusion de son célèbre essai La Réaction en Allemagne (1842). La seconde période de sa vie se situe après son évasion de Sibérie en 1861. Elle est marquée par son activité proprement anarchiste, tant du point de vue doctrinal que du point de vue de l'action politique. Tenant pour acquise l'idée de la négation totale, Bakounine s'efforce d'explorer les aliénations, c'est-à-dire les multiples oppressions dont l'homme est victime. « Nous repoussons, écrit-il dans Dieu et l'État, toute législation, toute autorité et toute influence, privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu'elle ne pourrait jamais tourner qu'au profit d'une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l'immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes réellement des anarchistes. » L'élaboration de la doctrine anarchiste s'accompagne d'une activité conspiratrice qui, si elle n'est pas toujours efficace, ne manque jamais de pittoresque. En 1868, Bakounine fonde l'Alliance internationale de la démocratie socialiste, et à Naples, à l'intérieur même de cette organisation, une société secrète sous le nom de Fraternité internationale. La même année, il adhère à la Ire Internationale, appelée alors Association internationale des travailleurs. En 1870, après avoir dirigé une tentative d'émeute communale à Lyon, il cherche refuge en Suisse. S'étant compromis, en 1869, avec le terroriste Netchaïev, il est attaqué violemment par Marx qui, en 1872, au congrès de La Haye, le fait exclure de la Ire Internationale. Mais comme la plupart des fédérations, en particulier la fédération espagnole, la fédération italienne et la fédération jurassienne, donc les fédérations latines (la fédération française a été interdite après la Commune), demeurent fidèles à Bakounine, Marx se voit contraint de saborder la Ire Internationale. En 1874, deux ans avant sa mort à Berne, Bakounine prend encore part aux préparatifs d'une insurrection à Bologne. Mais Bakounine, outre son tempérament anarchiste et sa formation hégélienne, est russe, foncièrement russe. Rien n'est plus probant à ce sujet que son extraordinaire Confession, découverte dans les archives russes après la révolution d'Octobre. Le tsar Nicolas Ier ayant demandé à Bakounine, enfermé alors à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, de lui adresser une supplique, celui-ci s'exécute en moujik repentant : « Oui, Sire, je me confesserai à Vous comme à un père spirituel dont on attend le pardon, non pas ici-bas, mais dans un autre monde... » Tout au long de ce texte on est frappé par ce goût de la confession publique et du déchirement de soi-même que le roman russe permet d'identifier comme une des caractéristiques essentielles de l'âme slave.

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-X-Nanterre

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Henri ARVON, « BAKOUNINE MICHEL - (1814-1876) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-bakounine/