MARI, site archéologique

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« Si vous êtes dans la capitale du royaume de Mari, c'est une fortune incomparable. » Ces mots fameux adressés par l'orientaliste français René Dussaud à l'archéologue André Parrot en 1933 se sont avérés prophétiques et ont été le prélude à une des plus belles découvertes archéologiques du xxe siècle. Envoyé en Syrie, à la suite de la découverte fortuite d'une statuette sur le site du tell Hariri, Parrot identifie le site comme une des capitales mythiques du monde mésopotamien, Mari. Depuis lors, des découvertes exceptionnelles ont fait de Mari une des références pour la connaissance des villes et royaumes de la Mésopotamie de l'âge du bronze (3000-1200 avant notre ère). Centre politique et militaire de tout premier plan, Mari était une ville nouvelle, fondée au début du IIIe millénaire pour contrôler la route commerciale qui reliait, par l'Euphrate, le domaine montagneux syro-anatolien, producteur de métaux et de bois, au riche foyer urbain de la Mésopotamie centrale et méridionale.

Cité de Mari

Dessin : Cité de Mari

La cité de Mari lors de sa fondation avec son plan circulaire et le canal la raccordant à l'Euphrate (d'après J.-C. Margueron, « Mari 5 », pp. 492, 494, 497, 1987). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Campagnes de fouilles à Mari, une grande capitale mésopotamienne

Des découvertes exceptionnelles

Les recherches sur le tell Hariri, dans la vallée de l'Euphrate syrien, à 15 kilomètres du poste frontière syro-irakien d'Abou-Kémal, ont débuté en 1933. Dès cette première campagne de fouilles, André Parrot identifie le site comme étant celui de Mari. D'exceptionnelles découvertes archéologiques et épigraphiques, la mise au jour de sanctuaires, détruits au xxive siècle av. J.-C., puis celle du Grand Palais royal ont démontré qu'il s'agissait là d’un des foyers majeurs des civilisations qui se sont succédé en Mésopotamie. Au terme de vingt et une campagnes, André Parrot avait défini les bases d'une recherche qui fit de Mari un des archétypes de la cité-État mésopotamienne et du palais de Mari la référence majeure sur le système palatial au Proche-Orient ancien.

La reprise des recherches de 1979 à 2004, sous la direction de Jean-Claude Margueron, a permis de mieux comprendre le contexte régional dans lequel s'était développée cette métropole de l'Euphrate, expression particulièrement aboutie d'un urbanisme mésopotamien. Le programme mis en œuvre à Mari a combiné les fouilles, accompagnées d'études pluridisciplinaires, prospections géomagnétiques et régionales.

Les recherches archéologiques, conduites depuis 2005 sous la direction de Pascal Butterlin, comprennent aussi la poursuite du programme de publication des documents écrits issus des fouilles effectuées depuis 1994, sous la direction d'Antoine Cavigneaux, et la mise en valeur du site (conservation préventive, restaurations et aménagement touristique), sous la direction de Jean-Claude Margueron et Mahmoud Bendakir.

Histoire de la ville

L'histoire de cette cité mésopotamienne s'inscrit dans la longue durée, près de mille deux cents ans. Trois villes successives se sont développées à Mari sur les bords de l'Euphrate : la première, ou ville I, de 2900 à 2550 av. J-C. ; la deuxième, ou ville II, de 2550 à 2300 av. J-C. ; la troisième, ou ville III, de 2250 à 1759 av. J-C. C'est le résultat d'une histoire discontinue, ponctuée par des cycles de constructions et de destructions.

La ville I de Mari résulte d'une opération de grande ampleur : la fondation ex nihilo d'une ville nouvelle dans la vallée de l'Euphrate syrien sur un axe majeur de circulation – d'abord fluvial, puis terrestre – entre l'Anatolie et la Mésopotamie méridionale. Cette première ville, une des plus anciennes de l'histoire du Proche-Orient, reste mal connue, car les niveaux archéologiques qui lui correspondent sont enfouis sous les villes postérieures. Elle était un centre actif d'artisanat du cuivre et du bronze et un espace de commerce.

La ville II de Mari résulte d'une refondation, vers 2550 avant notre ère : elle est alors une des capitales de la Mésopotamie centrale, en relation étroite, et parfois conflictuelle, avec Ebla, à l'ouest, Kish et Ur au sud-est. Le très abondant matériel découvert dans ses sanctuaires, incendiés vers 2300 av. J-C., témoigne de sa richesse et de son originalité. Mari est alors une métropole politique majeure, mais aussi un centre essentiel de la production métallurgique du cuivre ou de l'or et un foyer artistique de tout premier plan. C'est la ville que nous connaissons le mieux, et dont on peut saisir l'organisation urbaine.

Mari, ville II

Dessin : Mari, ville II

La ville II de Mari au IIIe millénaire (2550 à 2300 av. J.-C.). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Centre monumental, ville II de Mari

Dessin : Centre monumental, ville II de Mari

Plan du centre monumental de la ville II de Mari. IIIe millénaire (2550 à 2300 av. J.-C.). Plan P. Butterlin, mission archéologique française de Mari. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Après la destruction de la ville par les rois d'Akkad, vers 2300 avant notre ère, une reconstruction progressive donna naissance à la ville III. Elle eut lieu sous l'autorité des Shakkanakku, à l'origine simples gouverneurs d'Akkad ; ceux-ci s'établirent pour former une principauté puissante qui fut l'alliée de la cité d'Ur, notamment à la fin du IIIe millénaire. Les dépôts de fondation dans les grands monuments qu'ils firent construire permettent de retracer les étapes de la reconstruction de la cité ; les statues trouvées dans les ruines du palais témoignent de la profonde évolution du pouvoir monarchique à la fin du IIIe millénaire avant notre ère, à une époque contemporaine de celle de Gudéa, prince de Lagash, ou des rois d'Ur. Mari retrouve alors sa place de capitale. Puis, conquise par une tribu amorrite vers 1830 av. J.-C., elle participe aux rivalités qui opposent les diverses dynasties amorrites jusqu'à sa destruction finale par Hammourabi de Babylone en 1759 av. J.-C. Le tell, rarement occupé à partir de ce moment sauf aux époques médio-assyrienne et séleuco-parthe, servit surtout de cimetière jusqu'à sa redécouverte en 1933.

Mari, ville III

Dessin : Mari, ville III

La ville III de Mari, début du IIe millénaire. Ville III (2250 à 1759 av. J.-C.). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Un environnement maîtrisé pour une ville nouvelle

En milieu semi-aride, la ville a été bâtie sur une terrasse fluviale, à l'écart des crues annuelles de l'Euphrate. Mais le fleuve a cependant progressivement et partiellement détruit le site archéologique lors de crues exceptionnelles. La ville était liée au fleuve par un canal de transport qui assurait aussi son approvisionnement en eau. Le port, domaine des marchands, se trouvait dans la partie nord de la cité.

La ville antique, d'une superficie de 280 hectares à l'origine, avait une forme parfaitement circulaire : une digue, surmontée d'un léger mur d'enceinte, assurait dès sa fondation la protection de la ville. La digue était longue de 6 kilomètres et formait la première ligne de défense, renforcée par une deuxième enceinte intérieure, plus massive et large de 6 mètres. Ce système fut progressivement renforcé au cours de l'histoire de la ville et adapté à l'évolution des techniques de siège.

D'importants travaux d'aménagements hydrauliques furent réalisés pour irriguer la terrasse et pour faciliter le transport des denrée [...]

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  • : professeur d'archéologie orientale à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, directeur de la mission archéologique française de Mari (Syrie)

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Pour citer l’article

Pascal BUTTERLIN, « MARI, site archéologique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mari-site-archeologique/