KIEV

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Les origines de la ville

Le site et la fondation

Les origines de Kiev sont très anciennes. Les vestiges archéologiques indiquent que la région est peuplée depuis le Paléolithique supérieur. Dès 3000 avant J.-C., puis à l'époque de la culture de Cucuteni-Tripolje (fin du Néolithique), des tribus pratiquant l'agriculture et l'élevage s'installent sur le site actuel de Kiev. Les fouilles révèlent encore nombre d'artefacts datant des Âges du cuivre, du bronze et du fer. Les tribus de la région commercent alors avec les peuples nomades des steppes du Sud (Scythes, Sarmates, puis Khazars) et les colonies grecques bordant la mer Noire.

La légende consignée dans Le Récit des temps passés (xiie s.) attribue la construction de la ville au prince des Poliane, Ki, aidé de ses deux frères. Telle serait l'origine du toponyme Kiev. La ville est aussi mentionnée par des historiens et des géographes byzantins, germains et arabes. L'archéologie a, pour sa part, montré que la fondation de Kiev remonte au vie ou au viie siècle.

La première capitale de la Russie kiévienne

Les Varègues s'emparent de Kiev au milieu du ixe siècle, puis forment une élite dirigeante avec les Slaves. Kiev connaît un essor rapide grâce à son emplacement favorable : un site défensif sur les hautes rives du Dniepr, au cœur d'une riche région agricole, entouré de villes slaves plus anciennes. Vers 882, le prince Oleg, déjà maître de Novgorod, s'empare de Kiev pour en faire la capitale du premier État slave oriental : la Russie kiévienne. La ville développe un commerce florissant le long du Dniepr, au sud vers Byzance et au nord vers la Baltique. Ses marchands se rendent même jusque sur les rives de la Caspienne et en Asie centrale.

Kiev (Ukraine)

Photographie : Kiev (Ukraine)

Le Dniepr à Kiev, capitale de l'Ukraine. 

Crédits : Jerry Alexander/ Getty Images

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En 988, l'introduction du christianisme à Kiev renforce son rôle de centre spirituel. La cathédrale Sainte-Sophie, la laure Kievo-Petchersk (monastère des Catacombes) et les ruines de la Porte d'or reflètent encore la splendeur de la ville à son apogée. Elle est alors réputée pour ses arts, les mosaïques et les fresques de ses églises et son excellente maîtrise du travail de l'argent. Figurant parmi les plus grandes villes d'Europe, Kiev noue des relations diplomatiques avec Byzance, l'Angleterre, la France ou encore la Suède. Selon certains voyageurs, elle compte déjà des dizaines de milliers d'habitants.

La ville est cependant affaiblie par plusieurs guerres contre les tribus nomades qui règnent sur les steppes du Sud (Khazars, Petchenègues, puis Polovtsy). Mais les luttes intestines incessantes entre les principautés de la Russie kiévienne font davantage de ravages encore. En 1169, le prince André Bogolioubski de Rostov-Souzdal s'empare ainsi de Kiev et la met à sac. La cité, dont le déclin commence à la fin du xiie siècle, ne résiste pas à la montée en puissance des Mongols au siècle suivant. En 1238, une armée conduite par Batu, petit-fils de Gengis khan, envahit la Russie kiévienne et, après avoir saccagé plusieurs villes, assiège et incendie Kiev en 1240. Une grande partie de la ville est détruite et la plupart de ses habitants sont tués. Selon le moine franciscain Jean du Plan Carpin, Kiev ne compte plus que deux cents habitations en 1246.

La domination de la Lituanie et de la Pologne

Le puissant grand-duché de Lituanie s'empare de Kiev et de ses environs en 1362. La ville, qui ne sera longtemps qu'une simple forteresse et un marché mineur le long d'une frontière floue entre la Lituanie et les Tatars des steppes, est souvent attaquée par ces derniers. En 1482, le khan de Crimée met ainsi la ville à sac. Kiev ne conserve de sa splendeur d'antan que le siège d'un métropolite. En 1516, Sigismond Ier lui accorde cependant une charte d'autonomie qui relance le commerce.

En 1569, la Lituanie cède Kiev et les autres territoires ukrainiens à la Pologne par l'union de Lublin, qui donne naissance à la République polono-lituanienne. Kiev devient l'un des centres de l'opposition orthodoxe à l'influence grandissante du catholicisme polonais. Au xviie siècle, un monastère de frères ukrainiens est établi à Kiev pour soutenir cette opposition et encourager le nationalisme ukr [...]

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Ukraine : carte administrative

Ukraine : carte administrative
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Kiev (Ukraine)

Kiev (Ukraine)
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Manifestation à Kiev, février 2014

Manifestation à Kiev, février 2014
Crédits : Alexey Furman/ EPA

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Écrit par :

  • : maître de conférences en géographie au collège universitaire et à l'école des études slaves et est-européennes de l'université de Londres (Royaume-Uni)
  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Richard Antony FRENCH, Yann RICHARD, « KIEV », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kiev/