BABI YAR

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Le grand ravin de Babi Yar, situé à la limite septentrionale de la ville de Kiev, en Ukraine, servit de charnier pour des victimes principalement juives que des groupes de S.S. allemands tuèrent entre 1941 et 1943. Après un premier massacre de Juifs à Babi Yar, le lieu continua de servir pour l'exécution de prisonniers de guerre soviétiques et de Roms, ainsi que de Juifs. Les Soviétiques parlèrent après la guerre de 100 000 morts. Mais on ne connaîtra probablement jamais le nombre réel de victimes. Babi Yar symbolise la première étape des exécutions qui marquèrent la Shoah et des massacres perpétrés par les Einsatzgruppen (terme allemand désignant des « groupes d'intervention ») – unités mobiles chargées d'exécuter les victimes.

L'armée allemande prit le contrôle de Kiev le 19 septembre 1941. Un peu auparavant, la même année, Adolf Hitler avait donné l'ordre que des groupes spéciaux de S.S. suivent l'armée régulière dans son avancée en Union soviétique et exterminent tous les Juifs et les cadres soviétiques. En outre, quelques jours après la chute de Kiev, une explosion ébranla le poste de commandement allemand qui se trouvait dans la ville, provoquant la mort de nombreux soldats ; les nazis ripostèrent en menant des opérations d'une violence accrue contre les Juifs, qu'ils accusèrent à tort d'avoir provoqué l'explosion. Lorsque les troupes de S.S. entrèrent dans la ville, les Juifs de Kiev furent désignés pour être éliminés. Les 29 et 30 septembre, en l'espace de trente-six heures, les Allemands firent marcher quelque 34 000 Juifs jusqu'à la périphérie de la ville, en petits groupes, complètement dévêtus, et les firent tomber en les mitraillant dans le ravin, qui fut immédiatement recouvert, alors que des victimes étaient encore en vie. Pendant les deux années suivantes, des milliers d'autres victimes vinrent augmenter le charnier, principalement des Juifs mais aussi des cadres communistes et des prisonniers de guerre soviétiques. Lorsque les armées allemandes battirent en retraite, quittant les territoires soviétiques, les nazis décidèrent de détruire les preuves du massacre. Ils durent utiliser des bulldozers pour ouvrir à nouveau les monticules et des machines qui broyèrent les ossements. Les corps furent entassés sur des rondins de bois, inondés d'essence et brûlés. De Kiev, on pouvait voir les flammes du bûcher. Le travail avait été accompli par des prisonniers d'un camp de concentration voisin qu'on avait amenés jusqu'à Babi Yar. Lorsqu'il fut fini, la plupart d'entre eux furent éliminés. Profitant de l'obscurité, le 29 septembre 1943, un certain nombre de ces prisonniers tentèrent de s'échapper et une quinzaine d'entre eux survécurent. Ce sont eux qui rapportèrent ce dont ils avaient été les témoins.

Ces massacres ont été décrits en détail par des témoins oculaires ; ils sont dépeints de façon frappante dans des romans d'Ilia Ehrenbourg (La Tempête, 1948) et d'Anatoli Kouznetsov (Babi Yar : un documentaire en forme de roman, 1967), ainsi que dans des récits de première main faits par des témoins oculaires (qui n'étaient pas juifs). Leurs propos sont réunis dans un ouvrage intitulé Pour eux « c'était le bon temps », la vie ordinaire des bourreaux nazis (1990 [1988 pour la version allemande], ouvrage collectif d'Ernst Klee, Willi Dressen et Volker Riess).

Pendant les vingt-cinq années qui suivirent la guerre, l'Union soviétique reconnut à peine l'existence des massacres de Babi Yar. Aucun mémorial n'avait été érigé sur le site. En 1961, pour protester contre le projet de bâtir un stade à cet endroit, Evgueni Evtouchenko, qui était alors un jeune poète soviétique, écrivit un poème émouvant, Babi Yar, qui débute ainsi : Aucune pierre tombale n'est dressée à Babi Yar ;/ Seules des mottes d'une terre en friche s'amoncellent sur la balafre :/ Un effroi sans fond me saisit.

Un an plus tard, Dmitri Chostakovich mit en musique ce poème qui fait partie des textes chantés dans sa Treizième Symphonie pour chœurs, interprétée pour la première fois à Moscou en décembre 1962. Evtouchenko et Chostakovich furent tous deux blâmés pour leur « cosmopolitisme » par les autorités soviétiques, qui refusaient de reconnaître la signification particulière que revêta [...]

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Écrit par :

  • : ancien directeur de l'Institut américain de recherche sur la Shoah et de la Fondation américaine pour l'histoire visuelle des survivants de la Shoah

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Pour citer l’article

Michael BERENBAUM, « BABI YAR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/babi-yar/