KENYA

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Nom officielRépublique du Kenya (KE)
Chef de l'État et du gouvernementUhuru Kenyatta (depuis le 9 avril 2013)
CapitaleNairobi
Langues officiellesanglais, swahili
Unité monétaireshilling du Kenya (KES)
Population48 952 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)610 000

Le Kenya depuis l'indépendance

La vie politique kenyane se caractérise par une grande stabilité. Contrairement aux pays voisins, le Kenya a évité les guerres civiles et les successions à la tête de l'État se sont déroulées pacifiquement. De plus, ses dirigeants ont toujours opté pour un capitalisme plus ou moins régulé par un État fort, ce qui a occasionné des périodes de prospérité économique. Ce relatif succès tient d'abord aux initiatives du premier président du Kenya, Jomo Kenyatta.

Le contrat social institué par Jomo Kenyatta (1963-1978)

Fort de son aura de héros de l'indépendance, Jomo Kenyatta réussit à imposer un régime politique doté d'une forte légitimité, qui se perpétue après son décès en 1978, mais sous des formes de plus en plus dévoyées. Il invente une forme de présidentialisme s'appuyant sur une bureaucratie préfectorale jouissant de pouvoirs étendus et organisant un système clientéliste de redistribution. Il s'agit d'une formule de compromis basée sur des alliances entre élites permettant une transition en douceur après la terrible guerre Mau-Mau des années 1950 qui a profondément divisé le pays.

La gestion du pluralisme en dehors des partis politiques

Comme les autres pays africains, le Kenya adopte rapidement après l'indépendance un régime à parti unique. Mais cette formule ne repose pas sur l'hégémonie d'une seule ethnie ou d'une élite unique. Cet autoritarisme encourage l'intégration nationale et organise un pluralisme compétitif qui se structure largement en dehors des partis politiques.

Cette marginalisation des partis a commencé dès 1964 par l'absorption de la Kenya African Democratic Union (K.A.D.U.) au sein de la Kenya African National Union (K.A.N.U.). Le 12 décembre 1963, le Kenya a accédé à l'indépendance à l'issue des conférences de Lancaster House qui ont abouti à la Constitution dite « Majimbo » instituant une forme de fédéralisme inacceptable pour Kenyatta. En effet, les leaders des petites ethnies regroupés dans la K.A.D.U. ont négocié avec les Britanniques une forte autonomie des régions censée sauvegarder leur survie politique contre la K.A.N.U., le principal parti nationaliste, perçu comme une entente entre les élites kikuyu, luo, kamba et gusii, qui représentent quatre des six plus importantes ethnies du pays. Les élections de 1961, comme celles de 1963, ont octroyé une large majorité à la K.A.N.U. L'équipe dirigeante a eu ainsi les moyens d'inviter la minorité à partager les fruits de l'indépendance. Les principaux leaders de la K.A.D.U. ont intégré progressivement la K.A.N.U. « dans l'intérêt de l'unité nationale » et, en 1967, Daniel Arap Moi, le très majimboiste chef des Kalenjin, est même élevé au rang de vice-président. Cette entente est d'autant plus facile que ces élites n'ont guère de désaccords idéologiques avec les sommets de l'État.

Pour autant, au sein de la K.A.N.U., certains leaders souhaitent une évolution moins conservatrice du régime. L'option socialiste les séduit et ils demandent un partage plus équitable des terres, sujet sensible s'il en est dans un pays d'agriculteurs. Après l'indépendance, la plupart des fermes appartenant à des colons ont été accaparées par l'élite politico-administrative. Les petits paysans se sont rassemblés au sein de compagnies d'achat de biens fonciers, mais ces structures, souvent minées par la corruption, ont rarement eu accès aux meilleures terres. Dans ces conditions, la « faction Odinga » (du nom du leader luo – une ethnie importante de l'ouest du pays – qui la dirige) de la K.A.N.U. peut séduire un large public. Mais elle se heurte à de graves difficultés (persécutions de la part des sommets de l'État) et elle quitte en mars 1966 le parti unique pour fonder la Kenya People's Union (K.P.U.). En moins de trois années, le pouvoir démantèle progressivement cette opposition, entravant son action ou renvoyant ses leaders ayant des responsabilités dans les entreprises publiques. Ainsi, les différentes élections organisées entre 1966 et 1969 ont permis de dissoudre les positions de pouvoir de la K.P.U.

Un monopartisme de fait est instauré mais un relatif pluralisme subsiste. Tout citoyen kenyan peut briguer une position élective s'il ne conteste pas les fondements du régime et surtout la personne du président. Dès lors, les compétitions électorales permettent de désigner des représentants relativement légitimes. Les élus les plus susceptibles de satisfaire les votants sont ceux qui ont un accès privilégié au pouvoir. Dans cette logique, Jomo Kenyatta s'est doté d'un gouvernement pléthorique comprenant une vingtaine de ministres et une quarantaine de secrétaires d'État. Ces privilégiés sont le plus souvent des notables plusieurs fois réélus et représentant leur communauté ethnique. Le régime a l'habileté de ne pas abandonner certains parlementaires non réélus en les plaçant à la tête d'entreprises publiques.

Un autoritarisme centralisé et bureaucratique

Le second pilier du régime de Kenyatta est constitué par des administrations particulièrement compétentes et capables d'exercer une réelle hégémonie sur la plus grande partie du pays. L'État, en Afrique, a été couramment qualifié de flou, diffus ou faible. On a souvent affirmé qu'il dominait le centre grâce aux forces de l'ordre sans contrôler pour autant les périphéries. Or l'État kenyan est très différent de ce modèle. C'est un État fort qui organise de façon assez efficace les services publics et qui surtout assure une surveillance réelle, même des campagnes reculées. Le pouvoir de l'exécutif provient essentiellement d'une administration provinciale dotée de vastes compétences. Dans les années 1950, l'État colonial, confronté à la guerre Mau-Mau, a étoffé son administration préfectorale, directement chargée de gérer la contestation. En outre, les Britanniques avaient commencé à promouvoir une élite autochtone conservatrice qu'ils avaient placée dans les institutions électives mais surtout dans l'administration. Après l'indépendance, Jomo Kenyatta a eu l'habileté de s'appuyer sur ces fonctionnaires légitimistes. Ils furent chargés de diffuser l'idéologie développementaliste du régime dans les régions et surtout de s'assurer de la fidélité des élus de la périphérie.

Clientélisme et idéologie Harambee

Le quadrillage administratif a permis d'encadrer les populations sans brider le développement d'une société civile. Les professions ont pu s'organiser librement. Les religions (et en particulier les Églises chrétiennes) ont œuvré sans les limitations de l'époque coloniale. Les associations ont proliféré dans tous les domaines, sauf dans celui de la défense des conditions de travail. Dès le début des années 1960, les syndicats très puissants et contestataires à la fin de l'ère britannique ont été muselés et leurs conditions d'action strictement régle [...]

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Kenya : carte physique

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Vallée du Rift, Kenya

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Flamants roses dans le Parc national du lac Nakuru, Kenya

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Pour citer l’article

Bernard CALAS, Denis Constant MARTIN, Marie-Christine MARTIN, Hervé MAUPEU, « KENYA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kenya/