BÖHM KARL (1894-1981)

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Karl Böhm fut l'ultime représentant des chefs d'orchestre autrichiens et allemands qui avaient connu les derniers compositeurs postromantiques ainsi que les créateurs des chefs-d'œuvre de Brahms et de Wagner. Avec lui a disparu une conception de l'interprétation transmise de maître à disciple, dans le respect d'une tradition vivante.

Au cours de sa carrière, ses interprétations ont peu évolué ; elles se sont approfondies et constituent un témoignage irremplaçable d'un certain style de direction d'orchestre hérité du postromantisme. Ses enregistrements de l'œuvre de Richard Strauss comptent parmi les plus authentiques en raison des liens étroits qui unissaient les deux hommes.

Karl Böhm

Photographie : Karl Böhm

Le chef d'orchestre autrichien Karl Böhm (1894-1981) au cours d'un enregistrement de Così fan tutte, à Londres, en 1962. 

Crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

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Le parti de la musique

Karl Böhm voit le jour à Graz le 28 août 1894, dans une famille de juristes dont l'idole se nomme Richard Wagner. Il travaille au Conservatoire de sa ville natale, où il étudie le piano, puis à Vienne, avec Eusebius Mandyczewski, l'ami fidèle de Brahms, qui l'initie à la théorie. Après un séjour de deux ans dans l'armée, au début de la Première Guerre mondiale, il est réformé et, en 1916, devient répétiteur au théâtre municipal de Graz, où il fait ses débuts de chef lyrique le 17 octobre 1917, dans Der Trompeter von Säkkingen de Viktor Nessler. Il y est nommé deuxième chef en 1919 et premier chef en 1920 ; il effectue en même temps des études juridiques, sanctionnées en 1919 par un doctorat.

En 1921, Bruno Walter lui offre une place de troisième chef à l'Opéra de Munich. Böhm découvre de nouvelles conditions de travail dans l'un des plus grands théâtres de l'époque. Walter l'initie à l'art mozartien et éveille en lui une véritable passion. Un an plus tard, Walter est remplacé par Hans Knappertsbusch, que Mozart intéresse peu ; Böhm obtient de diriger ses opéras. À la même époque, il a son premier contact avec la musique de Richard Strauss, qui jouera un rôle déterminant au cours de sa carrière ; il dirige Ariane à Naxos en 1923 et Le Chevalier à la rose en 1925. Le répertoire du jeune chef d'orchestre est très ouvert : il dirige aussi bien Carmen de Bizet que Pelléas et Mélisande de Debussy, Le Rossignol de Stravinski, ou L'Heure espagnole de Ravel.

En 1927, il quitte Munich pour Darmstadt, où on lui offre sa première place de Generalmusikdirektor. Ses principaux collaborateurs sont Carl Ebert, Generalintendant, et Rudolf Bing, le directeur administratif. Le premier deviendra en 1934 l'animateur du festival de Glyndebourne au côté de Fritz Busch, le second présidera aux destinées du festival d'Édimbourg (1947-1949) et du Metropolitan Opera de New York (1950-1972). Dans cette petite ville d'Allemagne sont donc réunies à la tête du théâtre trois personnalités marquantes du monde lyrique. Une liaison est établie avec la Kroll Oper de Berlin, que dirige alors Otto Klemperer ; Darmstadt reçoit ainsi toutes les nouvelles productions, comme Neues vom Tage, de Paul Hindemith, ou Das Leben des Orest, de Ernst Křenek. En 1931, Böhm dirige Wozzeck, un opéra auquel il restera particulièrement attaché ; Berg est dans la salle, et les deux hommes se lient d'amitié.

Après quatre ans passés à Darmstadt, Böhm est sollicité par l'Opéra de Hambourg ; il y sera Generalmusikdirektor de 1931 à 1933. Il rencontre Richard Strauss, dont il a déjà dirigé la plupart des ouvrages, et il devient vite son interprète de prédilection. En 1933, Böhm débute à la Staatsoper de Vienne et, un an plus tard, il prend la succession de Fritz Busch à la Staatsoper de Dresde, où il crée deux opéras de Strauss, La Femme silencieuse, en 1935, et Daphné, en 1938, qui lui est dédié. Il y dirige également en première audition Massimilla Doni de Othmar Schoeck (1937) et Romeo und Julia de Heinrich Sutermeister (1940).

La période « saxonne » de Böhm est particulièrement fertile : muni d'une solide expérience, il remanie profondément l'effectif de la Staatskapelle et forme l'orchestre à son image. Une importante série d'enregistrements est alors réalisée. Si, avant Darmstadt, Böhm dirigeait exclusivement au théâtre, les concerts étant l'apanage du Generalmusikdirektor, il consacre maintenant une part plus large de son temps à ces derniers. C'est un fait nouveau dans sa carrière mais, jusqu'à ses derniers jours, il restera avant tout un homme de théâtre.

En 1938, il dirige son premier Don Giovanni au festival de Salzbourg. La cité mozartienne adopte d'emblée le jeune chef, qui deviendra un habitué.

En 1943, Böhm quitte Dresde pour prendre la direction musicale de l'Opéra de Vienne. Il entreprend de restructurer la vénérable maison, mais il ne peut y rester qu'un an : le théâtre ferme ses portes au cours de l'été de 1944 avant d'être détruit par un bombardement le 12 mars 1945.

La fin des hostilités annonce une période douloureuse : bien qu'ayant toujours refusé d'adhérer au parti nazi – et avoir déclaré, en 1933, qu'il n'appartenait qu'à un seul parti, celui de la musique –, Böhm est interdit de direction jusqu'en 1947. Il s'engage alors dans une carrière de chef invité qui le mène à la Scala de Milan (1948), à Paris (1949) et régulièrement au festival de Salzbourg, où il crée Der Prozess, de Gottfried von Einem (1953). Pendant trois ans (1950-1953), il dirige la saison allemande au Teatro Colón de Buenos Aires, où il donne notamment Wozzeck en espagnol.

Lors de la réouverture de la Staatsoper de Vienne – c'est lui qui dirige, le 5 novembre 1955, le Fidelio inaugural –, il est à nouveau nommé directeur (1954-1956). Mais, malgré un contrat très précis à cet égard, ses fréquents déplacements à l'étranger sont mal admis, et une cabale le force à démissionner ; il est remplacé par Karajan. Böhm refusera alors toute fonction permanente. Sa carrière se déroulera surtout en Allemagne, en Autriche et en Italie. Il débute au Met le 28 octobre 1957, en ouvrant la saison avec Don Giovanni. Deux ans plus tard, il dirige Tristan et Isolde à Berlin dans une production de Wieland Wagner. Les deux hommes avaient déjà inauguré ensemble l'Opéra de Düsseldorf, avec Aïda, en 1954. De 1962 à 1971, Böhm dirigera régulièrement à Bayreuth : 22 fois Tristan (1962-1964, 1966, 1968-1970) ; trois cycles complets du Ring (deux en 1965, ultime Tétralogie de Wieland Wagner ; un en 1966), La Walkyrie et Le Crépuscule des dieux en 1967 ; Les Maîtres c [...]

Karl Böhm, 1950

Photographie : Karl Böhm, 1950

Économe de ses gestes — on a dit de lui qu'il dirigeait avec son regard plutôt qu'avec ses mains —, Böhm tenait de Richard Strauss l'idée que «la main droite du chef est une chose tout extérieure, grâce à laquelle les musiciens savent avec précision où ils en sont du point de vue... 

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « BÖHM KARL - (1894-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/karl-bohm/