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KEPLER JOHANNES (1571-1630)

La physique céleste

L'extension du modèle du mouvement de Mars à toutes les planètes, suggérée dans l'Astronomia nova, s'affirme explicitement dans la dernière des grandes publications de Kepler, l'Epitome astronomiae copernicanae, dont l'impression fut achevée en 1621 et qui rassemble diverses mises au point intermédiaires. Cette extension est faite jusqu'aux satellites de Jupiter récemment découverts par Galilée, car Kepler a davantage profité des inventions de Galilée que Galilée n'a tiré parti des travaux de Kepler. C'est dans l'Epitome que se trouve une troisième loi, élaborée en 1618, celle de la proportionnalité des carrés des périodes de révolution des planètes aux cubes de leurs moyennes distances au Soleil, qui achève la structure mathématique des mouvements planétaires. Cette structure complète, considérée comme régissant tous les astres mobiles, est évidemment pour Kepler la manifestation d'une physique céleste.

Sans doute, après la longue ascèse que l'auteur avait dû s'imposer, voici que reprennent les considérations à la fois mystiques et métaphysiques des années de jeunesse. L'harmonie du monde créé hante sous toutes ses formes, y compris la musique, la pensée d'un homme dont les mathématiques n'étanchent pas la soif de comprendre.

Mais, à travers tant d'essais dont, une fois de plus, il ne restera rien, une idée cependant demeure. C'est dans le Soleil, centre du monde planétaire et foyer des mouvements elliptiques, que doit résider le secret. Quelque chose émane de lui, comme en émanent la chaleur et la lumière ; quelque chose qui explique pourquoi les planètes suivent les lois découvertes. Si Kepler n'est pas allé plus loin, il a laissé à son siècle le thème fondamental de réflexion et les schémas analogiques d'où sortira, soixante ans plus tard, la gravitation universelle.

Dans ce legs, d'ailleurs, comment ne pas souligner la place des suggestions recherchées dans d'autres domaines, en particulier celui des phénomènes lumineux. Et il faudrait pouvoir dire en quoi les schémas de Kepler, en pareille matière, ont ouvert la voie aux lois de l'éclairement comme à celles de la réflexion et de la réfraction. Mais il est plus important de noter combien le procédé analogique, mis en œuvre au profit de l'astronomie nouvelle, illustrait la pensée de l'unité de la physique. Les pionniers de la science rationnelle ne s'y tromperont pas, quelques années plus tard.

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Pour citer cet article

Pierre COSTABEL. KEPLER JOHANNES (1571-1630) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Johannes Kepler - crédits : Wellcome Collection ; CC-BY 4.0

Johannes Kepler

Harmonie du monde, Johannes Kepler - crédits : AKG-images

Harmonie du monde, Johannes Kepler

Tycho Brahe - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Tycho Brahe

Autres références

  • EPITOME ASTRONOMIAE COPERNICANAE (J. Kepler)

    • Écrit par Isabelle PANTIN
    • 932 mots
    • 1 média

    Sous un titre modeste, l’Epitomeastronomiaecopernicanae (« Résumé de l’astronomie copernicienne »), qui comporte sept volumes, est le dernier grand ouvrage de Johannes Kepler (1571-1630) où il a repensé et reformulé toutes ses découvertes. Sa publication s’est achevée en octobre 1621 avec la parution...

  • HARMONICES MUNDI (J. Kepler)

    • Écrit par Claire BOUYRE
    • 672 mots
    • 1 média

    Dans la prestigieuse université de Tübingen, dans le Wurtemberg, les cours de Michael Maestlin, mathématicien réputé, ont permis au jeune Johannes Kepler (1571-1630) de découvrir l’astronomie et de se familiariser avec le système héliocentrique de Nicolas Copernic (1473-1543) dans lequel...

  • KEPLER LOIS DE

    • Écrit par James LEQUEUX
    • 240 mots
    • 1 média

    Avec Galilée, Johannes Kepler peut être considéré comme le premier chercheur moderne : ils n'accordent de confiance qu'à l'observation ou à l'expérience, quitte à rejeter les dogmes établis. La confrontation des observations très précises de la position de Mars faites par son maître ...

  • NOVA STEREOMETRIA DOLIORUM VINARIORUM (J. Kepler)

    • Écrit par Bernard PIRE
    • 704 mots
    • 1 média

    Depuis 1611, Johannes Kepler (1571-1630) était à Linz l’astronome et astrologue de l’empereur du Saint-Empire Matthias de Habsbourg et sa charge principale était l’édition de tables astronomiques fondées sur les observations de l’astronome danois Tycho Brahe (1546-1601), dont il avait été...

  • ASTROLOGIE

    • Écrit par Jacques HALBRONN
    • 13 311 mots
    Précisons l'importance d'une hypothèse qui figure chez Kepler, au début du xviie siècle, celle de l'hérédité planétaire, reprise par Paul Choisnard et par Michel Gauquelin, qui la relie aux récentes recherches obstétriques : ce serait, en fait, l'enfant qui déclencherait la naissance et qui choisirait,...
  • ASTRONOMIE

    • Écrit par James LEQUEUX
    • 11 339 mots
    • 20 médias
    ...étaient utilisés jusqu'alors. Grâce à lui, la précision des observations de position a augmenté d'un bon facteur dix, atteignant deux minutes de degré. En octobre 1601, Tycho Brahe meurt à Prague, laissant tous ses cahiers à Kepler, qui avait été un de ses élèves pendant les dernières années de sa vie....
  • BRAHE TYCHO (1546-1601)

    • Écrit par Pierre COSTABEL
    • 1 740 mots
    • 2 médias
    Comme l'a dit Kepler, c'est à Tycho Brahe que l'astronomie nouvelle est redevable des fondements et du premier étage de son édifice. En le désignant comme le phénix des astronomes, Kepler précise le prix de son apport : des archives corrigées, une réforme importante des mouvements du Soleil et de la Lune....
  • CALCUL INFINITÉSIMAL - Histoire

    • Écrit par René TATON
    • 11 465 mots
    • 3 médias
    Une nouvelle et décisive impulsion dans la voie du progrès vint des deux principaux artisans de la révolution scientifique du début du xviie siècle : Kepler et Galilée.
  • Afficher les 16 références

Voir aussi