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KEPLER JOHANNES (1571-1630)

Les « Tables rudolphines »

Curieux destin que celui de cet homme habité de pensées si diverses. Pour confondre à l'avance ceux qui seraient tentés dans l'avenir de le tenir simplement pour un rêveur de génie, il n'a pas suffi à Kepler d'avoir remporté la victoire sur Mars au prix d'un effort technique sans précédent. Il ne lui a pas suffi encore d'enrichir, de 1615 à 1624, la mathématique calculante de quelques œuvres marquantes : la Stéréométrie des tonneaux, dont les formules, pratiques, seront un test pour le calcul intégral ; le Mille des logarithmes, heureux complément de l'œuvre de John Napier. Il se consacra aussi à la tâche la plus ingrate qui fût : celle de réexprimer dans le système de Copernic toutes les données de l'observation et de constituer des tables numériques nouvelles à l'usage des astronomes. Ces tables, Kepler les édita en 1627 à Ulm, où il avait dû se réfugier. Il les plaça encore sous le patronage de l'empereur, d'où le nom de Tables rudolphines. L'usage des logarithmes lui avait permis d'aller relativement vite en besogne. Le résultat de son labeur, fondamental pour le succès de l'astronomie nouvelle, mit plus de temps à être pris en considération : bien qu'il ait conduit à prévoir le passage de Mercure devant le Soleil le 7 novembre 1631, et celui de Vénus le 4 décembre 1639, les astronomes continuèrent pendant plusieurs décennies à utiliser les tables anciennes conjointement aux nouvelles.

Du moins, la science nouvelle avait-elle reçu de Kepler un outil indispensable, c'est-à-dire bien plus qu'un système théorique. Testament de son labeur, les Tables rudolphines disent la vérité. Faiseur d'horoscopes pour gagner sa vie, Kepler n'a vécu que dans l'unité de sa foi religieuse avec la passion de l'ordre rationnel. D'autres, sans doute, ont eu la même conviction que la nature est intelligible du fait même qu'elle est création divine. Nul, cependant, n'y a cru assez pour avoir le même courage d'entreprendre et de réaliser un ouvrage sans gloire.

— Pierre COSTABEL

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Pour citer cet article

Pierre COSTABEL. KEPLER JOHANNES (1571-1630) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Johannes Kepler - crédits : Wellcome Collection ; CC-BY 4.0

Johannes Kepler

Harmonie du monde, Johannes Kepler - crédits : AKG-images

Harmonie du monde, Johannes Kepler

Tycho Brahe - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Tycho Brahe

Autres références

  • EPITOME ASTRONOMIAE COPERNICANAE (J. Kepler)

    • Écrit par Isabelle PANTIN
    • 932 mots
    • 1 média

    Sous un titre modeste, l’Epitomeastronomiaecopernicanae (« Résumé de l’astronomie copernicienne »), qui comporte sept volumes, est le dernier grand ouvrage de Johannes Kepler (1571-1630) où il a repensé et reformulé toutes ses découvertes. Sa publication s’est achevée en octobre 1621 avec la parution...

  • HARMONICES MUNDI (J. Kepler)

    • Écrit par Claire BOUYRE
    • 672 mots
    • 1 média

    Dans la prestigieuse université de Tübingen, dans le Wurtemberg, les cours de Michael Maestlin, mathématicien réputé, ont permis au jeune Johannes Kepler (1571-1630) de découvrir l’astronomie et de se familiariser avec le système héliocentrique de Nicolas Copernic (1473-1543) dans lequel...

  • KEPLER LOIS DE

    • Écrit par James LEQUEUX
    • 240 mots
    • 1 média

    Avec Galilée, Johannes Kepler peut être considéré comme le premier chercheur moderne : ils n'accordent de confiance qu'à l'observation ou à l'expérience, quitte à rejeter les dogmes établis. La confrontation des observations très précises de la position de Mars faites par son maître ...

  • NOVA STEREOMETRIA DOLIORUM VINARIORUM (J. Kepler)

    • Écrit par Bernard PIRE
    • 704 mots
    • 1 média

    Depuis 1611, Johannes Kepler (1571-1630) était à Linz l’astronome et astrologue de l’empereur du Saint-Empire Matthias de Habsbourg et sa charge principale était l’édition de tables astronomiques fondées sur les observations de l’astronome danois Tycho Brahe (1546-1601), dont il avait été...

  • ASTROLOGIE

    • Écrit par Jacques HALBRONN
    • 13 311 mots
    Précisons l'importance d'une hypothèse qui figure chez Kepler, au début du xviie siècle, celle de l'hérédité planétaire, reprise par Paul Choisnard et par Michel Gauquelin, qui la relie aux récentes recherches obstétriques : ce serait, en fait, l'enfant qui déclencherait la naissance et qui choisirait,...
  • ASTRONOMIE

    • Écrit par James LEQUEUX
    • 11 339 mots
    • 20 médias
    ...étaient utilisés jusqu'alors. Grâce à lui, la précision des observations de position a augmenté d'un bon facteur dix, atteignant deux minutes de degré. En octobre 1601, Tycho Brahe meurt à Prague, laissant tous ses cahiers à Kepler, qui avait été un de ses élèves pendant les dernières années de sa vie....
  • BRAHE TYCHO (1546-1601)

    • Écrit par Pierre COSTABEL
    • 1 740 mots
    • 2 médias
    Comme l'a dit Kepler, c'est à Tycho Brahe que l'astronomie nouvelle est redevable des fondements et du premier étage de son édifice. En le désignant comme le phénix des astronomes, Kepler précise le prix de son apport : des archives corrigées, une réforme importante des mouvements du Soleil et de la Lune....
  • CALCUL INFINITÉSIMAL - Histoire

    • Écrit par René TATON
    • 11 465 mots
    • 3 médias
    Une nouvelle et décisive impulsion dans la voie du progrès vint des deux principaux artisans de la révolution scientifique du début du xviie siècle : Kepler et Galilée.
  • Afficher les 16 références

Voir aussi