JOACHIM DE FLORE (1132 env.-env. 1202)

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L'attente du « troisième état »

Fils de notaire, né à Celico en Calabre, Joachim fut sans doute page à la cour du roi (normand) de Sicile. Atteint, à Constantinople, au cours d'un pèlerinage en Terre sainte, par une maladie épidémique et guéri d'une manière « miraculeuse », il renonça au monde. Moine cistercien, on le trouve en 1178 abbé de Corazzo. Comme Pierre Damien et Bernard de Clairvaux, il se méfie des écoles urbaines et défend la règle monastique dans sa pleine rigueur. Retiré en 1191 dans la solitude de Pietrelata, il fonde un ordre nouveau, dont la maison mère, Saint-Jean de la Fleur, approuvée en 1196 par le pape Célestin III, comptera jusqu'à trente-deux filiales. Malgré le succès que lui a valu le caractère prophétique et eschatologique de ses œuvres, Joachim ne s'est jamais présenté lui-même comme l'Ange du dernier jour ; et, dans ses écrits authentiques – l'Expositio in Apocalypsim, le Psalterium decem cordarum, la Concordia Novi ac Veteris Testamenti et le Tractatus supra quatuor Evangelia –, le thème central est celui de l'« accord » entre les divers livres des Écritures, lus selon une exégèse traditionnelle, typologique et arithmologique.

Définissant l'« allégorie » comme « similitude de n'importe quelle petite chose à une plus grande », il voit dans chaque personnage de l'Écriture un renvoi anticipé ou rétrospectif à d'autres personnages, les symbolismes pouvant d'ailleurs se chevaucher ; mais sa lecture est fondamentalement « historique », en ce sens qu'à partir de l'Ancien Testament Joachim ne discerne pas la seule annonce du Nouveau, mais les signes manifestes d'une lente accession au « troisième état », c'est-à-dire au règne de l'Esprit, préfiguré dès le début de maintes manières, mais encore à venir. S'il voit dans l'Apocalypse (écrite, pense-t-il, par le disciple qui reposa sur le cœur de Jésus) la double clé du passé et de l'avenir, l'« ouverture des signes » et la « détection des secrets », son herméneutique s [...]


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Pour citer l’article

Maurice de GANDILLAC, « JOACHIM DE FLORE (1132 env.-env. 1202) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/joachim-de-flore/