JOACHIM DE FLORE (1132 env.-env. 1202)

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Le règne monastique de la pure charité

Quatre siècles après Joachim, son compatriote Tommaso Campanella (avec une tout autre théologie trinitaire) fomentera, sous des signes astrologiques complexes, mais en se référant au moine calabrais, une insurrection en partie populaire ; et, peu après, Thomas Münzer, lisant lui aussi dans l'Apocalypse l'annonce d'un temps nouveau, conduira au massacre les paysans révoltés (1525). Joachim pouvait bien comparer le troisième état au Soleil ; il n'imaginait aucune utopie scientifique et technique comme celle de la Città del Sole. C'est en termes très traditionnels qu'il dénonce la simonie des clercs, l'invasion du Temple par les marchands ; le communisme qu'il annonce est celui des moines ; ennemi des Vaudois, aussi dangereux pour lui que les Patarins (ou Cathares), on peut croire qu'il n'eût guère approuvé ceux qui bientôt, de diverses façons – fraticelli, Béguins de Provence, compagnons de Fra Dolcino – fonderont sur ses écrits une véritable révolte contre la Babylone romaine. Les moines du troisième âge ne sont pour lui ni les prêcheurs de Dominique ni même les pauvres de François, mais des contemplatifs de tradition basilienne et bénédictine. C'est, au reste, de l'autorité royale et impériale, instrument ambivalent de l'Esprit, qu'il attend la prochaine rénovation. Comme la décadence générale de l'Église, les victoires de l'islam (doctrine foncièrement antitrinitaire), la prise de Jérusalem par Saladin – probablement sixième tête du « grand Dragon » – annoncent, peut-être pour 1260, fin de la 43e génération depuis Ozias, en tout cas prochainement, le début du « sixième âge », qui correspond au sixième jour de la Création, c'est-à-dire à la veille du « sabbat » ou « grand repos ». Bientôt, comme Samarie et Jérusalem, Constantinople et Rome feront la paix. Non seulement infidèles et juifs rejoindront le troupeau, mais à l'Église sacerdotale et hiérarchisée (fondée par le Christ pour la période d'attente avant la Parousie, face au « prince de ce monde » toujours actif parmi les baptisés comme parmi les circoncis) se substituera le règne monastique de la pure charité, « joie pour les amis de Dieu » jusqu'au « jour solennel de la consommation finale ». L'« intelligence spirituelle » remplacera la lettre des Écritures ; sacrifices et sacrements, signes nécessaires dans les deux premiers états, céderont la place à une religion purement intérieure.

Ces formules ont pu inquiéter les autorités, mais Joachim se voulait fidèle à l'Église, et la commission d'Anagni, en 1255, ne condamnera pas ses œuvres, mais seulement l'interprétation du franciscain Gherardo de San Donnino.

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Pour citer l’article

Maurice de GANDILLAC, « JOACHIM DE FLORE (1132 env.-env. 1202) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joachim-de-flore/