JAPON (Le territoire et les hommes)Histoire

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Nom officielJapon (JP)
Chef de l'Étatl'empereur Naruhito (depuis le 1er mai 2019)
Note :
Chef du gouvernementFumio Kishida (depuis le 4 octobre 2021)
CapitaleTōkyō
Langue officielleaucune 1
Note : Le japonais est la langue nationale

Dans l'histoire de l'Asie, le Japon occupe une place particulière du fait de son insularité. On l'a souvent comparée à celle de l'Angleterre dans l'histoire de l'Europe. Mais cette similitude géographique ne doit pas masquer les dissemblances qui, de fait, ont donné au Japon l'élément essentiel de son originalité et le caractère spécifique de son évolution historique.

Japon : drapeau

Dessin : Japon : drapeau

Japon (1854 ; off. 1870). « Large disque rouge vermillon au centre d'un champ blanc », telle est la définition de ce drapeau simple et beau. Le Hi[no]maru (littéralement « disque du Soleil ») rappelle la position géographique du Japon par rapport au continent asiatique (Hi[no]moto ou... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'Angleterre, face à l'Europe, y trouvait des partenaires ou des adversaires d'un niveau politique et économique comparable ; au début de son existence, les grandes puissances civilisatrices d'Occident, la Grèce et Rome, elles-mêmes héritières des grands empires de l'Orient ancien, avaient tout perdu de leur antique rayonnement. Le Japon au contraire, à l'aube de son histoire, a en face de lui une Chine en pleine gloire, celle des dynasties Han (iiie s. av.-iiie s. apr. J.-C.), que relaiera celle encore plus éclatante des Tang (viie-xe s.), auxquelles succéderont toutes les puissantes dynasties qui illustrent l'histoire chinoise. Tel est son unique partenaire historique, peut-on dire : une Chine très civilisée, homogène et massive, dont il sentira constamment le poids. Ombre pesante, certes, mais aussi génératrice de culture et de bienfait ; jusqu'aux temps modernes, le Japon n'a cessé de révérer son voisin et de reconnaître ses dettes envers lui.

Le décalage des niveaux culturels a été rendu plus sensible encore par l'insularité : point ici, comme ailleurs sur le continent, d'infiltrations étrangères, anonymes et continues, qui modifient insensiblement le développement des cultures, mais, chaque fois, la connaissance ressentie de l'origine des emprunts. Pas plus qu'un autre pays, le Japon n'a copié ses voisins ; mais, plus qu'aucun autre pays, il a eu conscience de la nature de ses emprunts et, par là même, de la nature de ses propres éléments ; c'est la ligne de partage des composantes qui est simplement reconnue et, de ce fait, plus nette qu'ailleurs. Averti donc des influences qu'il subissait, le Japon a peut-être eu un plus grand souci de préserver sa spécificité. C'est sans doute une des raisons de son nationalisme, et c'est aussi une des raisons qui l'ont poussé, au vie siècle, au moment où l'influence chinoise était si pesante à la cour, à compiler ses mythes et ses légendes, à ordonnancer le culte des esprits et celui des ancêtres pour en tirer une notion propre de la divinité. Le jeune shintoïsme se constituait ainsi pour contrebalancer les ambitions d'un bouddhisme chinois assez envahissant. C'est alors la rédaction des chroniques nationales – Kojiki et Nihongi –, deux documents qui, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, servirent de base à l'histoire des origines du Japon. Il suffit de rappeler que les auteurs de ces textes ont mis en scène autant de dieux, de surhommes et de héros que ceux de la mythologie grecque, quelque mille ans auparavant. Les déesses et les dieux japonais aux nombreuses vertus sont créateurs de glèbe et de prospérité, mais aussi querelleurs, jaloux ou rancuniers, ils suscitent quelques guerres ; ils naissent, ils meurent, ils boudent aussi ou bien encore se chagrinent de pourrir. La notion de divinité est l'aboutissement d'une projection dans l'au-delà des prouesses du lointain passé, sans qu'à vrai dire aucun abîme ne sépare les dieux des hommes. Dans un même élan, le culte des esprits a divinisé toute chose, monts et eaux, rochers et forêts, foyers, ustensiles et armures. Un continuum sacré régnait sur toute la vie ancienne du Japon ; seule une direction ascendante est signifiée lorsqu'on parle de kami, trop étroitement traduit par « divinité » dans les langues occidentales. Cet espace mental était fort différent de celui des Chinois, pour lesquels le confucianisme depuis le vie siècle avant notre ère avait élaboré des limites rationnelles séparant le monde connaissable des humains des sphères inaccessibles des dieux.

Tant que la cour japonaise resta la maîtresse d'une union de tribus, cette spécificité ne joua aucun rôle et le jeu des influences diverses s'exerça comme partout ailleurs aux temps préhistoriques. Dès que ceux-ci s'achèvent et que les souverains japonais sentent le besoin d'asseoir une administration centrale et une autorité nationale, les compilations mythologiques surgissent pour garder intact l'irréductible noyau de la culture japonaise. Les textes des réformes des viie et viiie siècles montrent combien nécessaires furent les retouches successives pour que les changements préconisés puissent être acceptés ; sans parler des cas où les prescriptions du réformateur n'étaient suivies d'aucun effet.

L'histoire ancienne du Japon est peut-être un dialogue avec la Chine au cours duquel les Japonais répondirent souvent : oui, mais... Cette réticence n'est pas seulement due à la différence des natures psychologiques, illustrée par l'organisation des cultes shintoïques face à l'Église bouddhique, ou bien au décalage politique, illustré par les échecs militaires en Corée, mais aussi à la dissemblance géographique des deux pays. C'est ainsi que le Japon aux environs de notre ère accepte allégrement la riziculture, certes, mais il ne dispose pas de ces immenses plaines du fleuve Jaune et des vastes deltas des fleuves du continent ; sans problèmes de digues et d'irrigation gigantesque, il n'adopte donc pas la lourde machine administrative du contrôle des eaux. Ses rivières, d'autre part, issues de chaînes montagneuses axiales, sont courtes et ses plaines alluviales sont petites, surtout si l'on tient compte que la plus grande plaine, celle du Kantō, au nord, n'est exploitée que vers le ixe siècle. D'une plaine à l'autre, l'existence de collines escarpées coupées de rivières peu profondes et non navigables entraîne une préférence marquée pour le cabotage maritime et confère un rôle dominant à la mer Intérieure, élément puissant d'unification des terres, de Kyūshū au Yamato.

Le compartimentage économique favorise l'existence de multiples territoires qui tendent vers un équilibre de forces, chacun étant trop petit pour résister à la seule coalition de deux autres. Acceptation donc de l'économie agricole chinoise, oui, mais sans en épouser l'organisation régionale ni la rude centralisation des lettrés. Cette dernière sera au Japon toujours plus politique qu'économique ou administrative, d'où l'importance de la lignée impériale, seule garante d'une autorité centrale, seule arbitre des antagonismes locaux, et qu'il fallait absolument préserver, même au prix de certains artifices. Quant aux vrais maîtres, chefs de l'exécutif – régents ou shōgun –, ils seront toujours rivaux de l'empereur, mais ils n'auront d'autorité qu'en recevant son aval.

Trois notions fondamentales dominent l'histoire sociale et économique du Japon : celles de la famille souche (uji), de la famille (ko) et du manoir (shōen}). La plupart des études récentes re [...]

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Japon : drapeau

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Soldats russes

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Officiers de l'armée coréenne, en 1910

Officiers de l'armée coréenne, en 1910
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Reddition chinoise

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au CNRS
  • : conservateur en chef du musée Guimet, directeur d'études à l'École pratique des hautes études en sciences sociales
  • : directrice du centre Asie, Institut français de relations internationales
  • : chercheuse au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales

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Pour citer l’article

Paul AKAMATSU, Vadime ELISSEEFF, Valérie NIQUET, Céline PAJON, « JAPON (Le territoire et les hommes) - Histoire  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-histoire/