Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

FRAZER JAMES GEORGE (1854-1941)

Le « Rameau d'or »

L'essentiel de la gloire dont a joui Frazer provient de son grand ouvrage Le Rameau d'or (The Golden Bough), qui révéla à un public nombreux une discipline encore jeune, l'anthropologie sociale, mais aussi et surtout l'univers étrange et fascinant des croyances, des coutumes, des rituels et des mythes des peuples primitifs. La genèse de l'œuvre s'étend sur presque toute la période productive de Frazer, de 1890 à 1935. Il fait paraître, sous ce titre, deux volumes en 1890 ; la seconde édition de 1900 en comprend trois ; la troisième, publiée entre 1911 et 1915, douze. Une édition abrégée de ces douze volumes paraît en 1922 et un treizième tome en 1935, intitulé Aftermath. C'est une œuvre qui présente donc une curieuse faculté de dilatation et de condensation.

Le Rameau d'or constitue un ample parcours où le lecteur est convié à suivre un itinéraire qui le conduira des rituels de la Diane antique à ceux des peuplades primitives, de la mythologie des anciens Scandinaves à celle des hautes cultures de l'Amérique, des croyances de la Chine ancienne à celles des sociétés paysannes de l'Europe. Cette œuvre apparemment linéaire admet cependant des entrées multiples. Frazer déclare lui-même dans la Préface du volume intitulé Adonis : « En publiant Le Cycle du rameau d'or, j'ai pris soin de le composer de monographies complètes en elles-mêmes et indépendantes les unes des autres, de sorte que le lecteur qui ne s'intéresserait qu'à une branche du vaste problème dont je m'occupe pourrait comprendre l'une ou l'autre de ces études sans avoir à lire le cycle entier. »

Le point de départ du périple concerne la religion romaine archaïque. Frazer pose une double question à propos du rituel qui présidait au renouvellement du prêtre de Diane officiant au sanctuaire de Nemi, dans les monts Albains. Ne pouvait lui succéder, après l'avoir tué, qu'un esclave fugitif entré dans l'enclos sacré, ayant cassé une branche d'un arbre, comme Énée avait été invité à briser un « rameau d'or » avant de pénétrer dans le royaume des morts. Les questions que Frazer se propose sont de savoir pourquoi le prêtre de Nemi, appelé aussi roi du Bois, doit mettre à mort son prédécesseur et pourquoi il lui faut briser auparavant une branche de l'arbre sacré du sanctuaire.

Le prêtre de Nemi est un exemple de ces rois sacrés, rois magiciens, rois prêtres, incarnations divines du pouvoir terrestre, dont la vie est le garant du cours de la nature, de la fertilité végétale, de la fécondité humaine et animale et de la prospérité de la communauté. Le vieillissement et l'affaiblissement de ces rois sacrés auraient de graves conséquences. Aussi faut-il les tuer dès que leurs forces déclinent et transmettre leur âme à un successeur vigoureux. C'est ce qui se passe chez les Shilluk, par exemple, une population de l'Afrique orientale. Mais les mythologies antiques ont connu également des « dieux qui meurent » : Adonis, Atys, Osiris, le Christ même, dont l'histoire sacrée suit le même schéma. Les personnages divins prennent sur eux les maux des humains. Cette idée de transfert du mal trouve son accomplissement aussi bien dans la pratique « ignoble et imbécile » du bouc émissaire que dans la sublimepassion du Christ se chargeant des péchés du monde.

Frazer apporte une réponse à la première question qu'il a posée au départ de son parcours : le prêtre de Diane à Nemi était un de ces rois sacrés qu'il fallait exclure lorsque ses forces commençaient à décliner pour lui substituer quelqu'un de plus jeune et de plus vigoureux. De cette manière, la communauté sociale ne risquerait pas de subir un affaiblissement par contagion magique. Reste à résoudre la seconde question : pourquoi le successeur du roi devait-il casser[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANTHROPOLOGIE

    • Écrit par Élisabeth COPET-ROUGIER, Christian GHASARIAN
    • 16 158 mots
    • 1 média
    ...ses analyses de la religion et des mythes, dès lors perçus comme des restes de l'état sauvage (Primitive Culture, 1874). Et à sa suite, sir James G. Frazer entreprenait une importante étude comparative des croyances et des rites relevés dans des champs culturels extrêmement divers. Dans son Rameau...
  • COUVADE

    • Écrit par Raoul VANEIGEM
    • 962 mots

    Rochefort, un observateur français des indigènes caraïbes des Antilles, baptisa « couvade », au xviie siècle, un ensemble de rites accomplis par le mari pendant la grossesse, l'accouchement de l'épouse et la période post-natale. « Au même temps que la femme est délivrée, note Rochefort,...

  • ETHNOCENTRISME

    • Écrit par Yves SUAUDEAU
    • 1 746 mots
    ...d'intellection produites dans la culture du locuteur. Dans ses Remarques sur « Le Rameau d'or », Wittgenstein dénonce l'ethnocentrisme de Frazer : l'ethnologue britannique se proposait dans son ouvrage d'« expliquer les usages primitifs », présentait les pratiques étranges, « au bout du...
  • FEU SYMBOLISME DU

    • Écrit par Gilbert DURAND
    • 3 502 mots
    La motivation technologique du briquet ne fait donc que renforcer la première et tendre rêverie des chaudes caresses. Comme l'écrit Frazer, « l'idée que le feu jaillit du corps d'une femme, et en particulier de ses organes génitaux, trouve une explication certaine dans l'analogie que beaucoup de...
  • Afficher les 12 références

Voir aussi