INTÉRIORITÉ

L'intériorité, qualité ou caractère de ce qui est intérieur, désigne, dans la langue philosophique, ce dedans de l'homme que chacun appréhende ou croit appréhender immédiatement en lui-même et qui, se distinguant de l'univers visible et du monde des corps auquel appartient le corps humain, se présente comme une expérience, ou, pour ne pas trancher sur le fond, comme une quasi-expérience de subjectivité.

Ce partage, au moins apparent, de l'expérience en extériorité et intériorité, selon un versant objectif et un versant subjectif, n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes et d'abord celui de sa propre validité : l'intériorité a-t-elle une réalité spécifique, irréductible à toute objectivité, et serait-elle le propre de l'existence humaine, qui dès lors ne trouverait que dans la subjectivité sa vérité authentique ? Une telle interrogation est fondamentale et susceptible de trois sortes de réponses : ou bien l'appréhension subjective de notre être, qui intériorise en nous-mêmes les choses et les autres, ne nous propose qu'une vue tronquée, superficielle et illusoire de notre propre réalité, laquelle ne saurait être véritablement connue qu'à partir de procédures scientifiques donc objectives ; ou bien, et l'on irait à l'extrême opposé d'une réduction de l'intériorité, celle-ci, loin d'être une illusion ou le privilège de la seule existence humaine, appartiendrait en droit et en fait à tout être dont notre science n'atteindrait que la face extérieure – la nature n'étant dans son objectivité que l'expression visible d'une sorte d'intériorité ; ou encore l'intériorité – et cette troisième réponse est la seule à ne pas mettre celle-ci en question –, à la fois vide et plénitude de l'homme, moins donné qu'appel à un approfondissement indéfini, dévoile l'essence de la réalité humaine et n'est pas incapable de projeter une lumière révélatrice du sens ou du non-sens de la réalité universelle. Si bien qu'à partir de l'intériorité peuvent se définir trois conceptions de la subjectivité : l'une réductrice et négative, une autre mythique et poétique, une dernière positive et inter [...]


pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Écrit par :

Classification


Autres références

«  INTÉRIORITÉ  » est également traité dans :

AFFECTIVITÉ

  • Écrit par 
  • Marc RICHIR
  •  • 12 253 mots

Dans le chapitre « Difficultés du concept »  : […] des sensations en tant que celles-ci sont exogènes alors qu'ils sont censés être endogènes. L'affectivité suppose donc la distinction entre la subjectivité, en tant qu'intériorité de la psyché, et l'extériorité du monde extérieur. Le terme « affect » est cependant d'origine plus ancienne, puisqu'il remonte à la seconde moitié du xviii […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/affectivite/#i_13267

ASSIMILATION & ACCOMMODATION, psychologie

  • Écrit par 
  • Alain DELAUNAY
  •  • 578 mots

La réunion de ces deux notions a été proposée par Jean Piaget pour éclaircir et conceptualiser deux aspects fonctionnels qui caractérisent tous les phénomènes d'adaptation au sens le plus général du terme […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/assimilation-et-accommodation-psychologie/#i_13267

AUTOBIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Daniel OSTER
  •  • 7 550 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « L'intime »  : […] et de la conscience personnelle. L'affirmation du « primat de l'intériorité personnelle dans l'existence humaine » ne se conçoit pas hors de ce regard divin qui fonde le sujet, le sonde dans son intimité, ni hors de cette Parole qui appelle le dialogue direct avec elle. Ainsi, au travers de la masse d'autobiographies que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/autobiographie/#i_13267

BALADIER CHARLES (1923-2016)

  • Écrit par 
  • Dominique IOGNA-PRAT
  •  • 724 mots

, 1993), parvient dans ces deux livres à montrer la lente sédimentation culturelle qui a permis à la notion d’intériorité d’émerger dans la modernité scientifique et littéraire occidentale. À l’examen de la « délectation morose », c’est-à-dire des mille et une manières raffinées de différer, au cœur de la conception du désir dans les arts d’ […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/baladier-charles-1923-2016/#i_13267

CONSCIENCE

  • Écrit par 
  • Henri EY
  •  • 10 466 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le sujet, un « milieu » »  : […] Le caractère primordialement subjectif de l'être conscient ne peut suffire à récuser sa réalité, si celle-ci consiste précisément dans cette réalité subjective qui caractérise les real psychic acts (comme le dit le mathématicien H. Weyl) dont se compose son champ d'indétermination. H. Kuhlenbeck, qui ne cesse de se référer aux […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/conscience/#i_13267

CRITIQUE LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 12 911 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Philosophie, morale, littérature »  : […] Jean-Louis Chrétien poursuit ainsi ses recherches sur l'intériorité humaine – qui l'ont conduit dans une perspective phénoménologique à de belles analyses de la voix et de la prouesse, de la joie et du corps – en consacrant une ouvrage d'importance (Conscience et roman, I, 2009 ; II, 2011) à l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/critique-litteraire/#i_13267

CROYANCE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 005 mots

Dans le chapitre « Kant »  : […] transcendantale, attentive aux conditions de possibilité d'une connaissance objective. Chez Hume, la croyance est à la fois subjective et objective ; on peut en parler en termes de sentiment, mais aussi de probabilité. C'est que, dans la philosophie de Hume, la distinction n'est pas faite et ne peut sans doute être faite ; avec Kant, sera appelée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/croyance/#i_13267

CULPABILITÉ

  • Écrit par 
  • Charles BALADIER
  •  • 9 666 mots
  •  • 1 média

coupable. La culpabilité, dès lors, ne relève plus de l'acte singulier, mais de l'être tout entier. Elle est toujours déjà intérieure et coextensive à l'intériorité. Jouant, comme Nietzsche le fit lui-même dans un dessein théorique diamétralement opposé, sur le double sens (« faute » et « dette ») du mot allemand Schuld, Heidegger fait de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/culpabilite/#i_13267

CYNISME

  • Écrit par 
  • Henri WETZEL
  •  • 1 368 mots

Dans le chapitre « Une morale de la subversion »  : […] n'est pas complaisance narcissique quoiqu'il tire son pouvoir cathartique de l'affirmation exacerbée du moi et arrime les valeurs à la subjectivité solipsiste. Mais cet égotisme extraverti trouve son corollaire dans l'implicite reconnaissance de la pure altérité ou liberté d'autrui. C'est pourquoi le cynique fait image et modèle : la vertu […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cynisme/#i_13267

DIALOGUE

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD, 
  • Robert MISRAHI
  •  • 4 421 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une philosophie de la rencontre : Martin Buber »  : […] d'une anthropologie philosophique : la doctrine de la réciprocité et de la relation d'intériorité entre un Toi et un Je, posées comme fondements ultimes de la conscience de soi, est beaucoup plus la description d'une expérience existentielle de la vie vraiment humaine que l'analyse métaphysique des structures de l'être. C' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dialogue/#i_13267

ENFANCE (Les connaissances) - La petite enfance

  • Écrit par 
  • Hélène STORK
  •  • 8 692 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le psychisme postnatal »  : […] phénomènes les plus importants dans la genèse de la vie psychique est sans doute celui de l'intériorisation, processus par lequel des relations intersubjectives sont transformées en relations intrasubjectives. Du fait que, lors de la tétée, ce n'est pas seulement le lait absorbé qui importe à l'enfant, mais aussi l'ensemble des sensations et des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/enfance-les-connaissances-la-petite-enfance/#i_13267

EXISTENCE PHILOSOPHIES DE L'

  • Écrit par 
  • Jean WAHL
  •  • 6 149 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Kierkegaard et son secret »  : […] Si Kierkegaard donne une telle importance à l'existence, c'est qu'il ne cherche pas ce qu'il appelle l'objectivité ; sa pensée est une pensée du subjectif. S'il en est ainsi, c'est qu'il faut expliquer existentiellement la philosophie existentielle de Kierkegaard par sa vie même. Tout le développement ultérieur de cette […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/philosophies-de-l-existence/#i_13267

ILLUMINISME

  • Écrit par 
  • Étienne PERROT
  •  • 4 956 mots

Dans le chapitre « Les précurseurs de l'illuminisme en Europe »  : […] connaissance venant par l'extérieur ne peut rien apporter d'essentiel. C'est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : l'esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n'est pas le résultat d'une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l'homme, mais celui-ci risque de mourir […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/illuminisme/#i_13267

IMMANENCE ET TRANSCENDANCE

  • Écrit par 
  • Robert MISRAHI
  •  • 4 276 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La transcendance intériorisée »  : […] (sa rupture avec Régine) ne se déploie que sous le signe de la transcendance : Dieu, qui est l'infini et l'absolu, est intérieur à l'individu même, comme cela qui fait (s'il est chrétien) son sens et sa liberté, c'est-à-dire sa béatitude infinie. Deus intimior intimo meo, disait Augustin. L'intimité même de la conscience s' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/immanence-et-transcendance/#i_13267

JOURNAL INTIME

  • Écrit par 
  • Claude BURGELIN
  •  • 2 330 mots

Dans le chapitre « La parole de l'individu »  : […] elle-même cloisonnée, il oppose le rempart de ces carnets strictement protégés. De l'individu, surtout quand il montre la bizarrerie des conduites, les intermittences des émotions, les incohérences des pensées ou des actes (Bloy, Rozanov). Mais alors même qu'il enregistre ce qu'une vie a de hasardeux et de soumis aux circonstances, il peut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/journal-intime/#i_13267

KIERKEGAARD SØREN (1813-1855)

  • Écrit par 
  • Jean BRUN
  •  • 3 434 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le paradoxe de la subjectivité »  : […] permettent d'indiquer les points de départ de sa méditation. La première énonce que la subjectivité c'est la vérité ; elle est la vérité face aux systèmes objectifs et historiques, face aux concepts dépersonnalisants, car ce qui existe ce n'est pas le concept de « souffrance » mais bien des hommes qui souffrent : il n'y a pas de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/soren-kierkegaard/#i_13267

L'ESPACE INTÉRIEUR (J.-L. Chrétien) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 1 107 mots

Dans le chapitre « Dans la chambre du cœur »  : […] 2011) avaient magistralement dessiné, autour de la question du monologue intérieur, « l’exposition de ce qu’il y a de plus secret », à savoir le cœur humain, caché dans les replis de l’intériorité. Si le roman moderne, de Balzac à Beckett, apparaissait comme le meilleur moyen de sonder les reins et les cœurs, l’enquête de Jean-Louis Chrétien se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/l-espace-interieur/#i_13267

LYRISME

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Jean-Pierre DIÉNY, 
  • Jean-Michel MAULPOIX, 
  • Vincent MONTEIL, 
  • René SIEFFERT
  •  • 10 718 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les paradoxes du sujet lyrique »  : […] caractérise. Prince du manque et de la perte, il accède par la négativité même à l'identité, et se proclame ainsi prince de la subjectivité. Mais cette subjectivité est en quête d'un objet perdu. Elle réclame l'existence au « tu » qui lui rendra la lumière, la couleur, la vie. L'existence du sujet lyrique apparaît alors suspendue à l'amour d'autrui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lyrisme/#i_13267

MAINE DE BIRAN (1766-1824)

  • Écrit par 
  • Henri GOUHIER
  •  • 1 788 mots

Dans le chapitre « La philosophie de Maine de Biran »  : […] Biran ne remet pas en question le refus de l'innéisme. Mais il constate que dans je sens, le je qui s'affirme sentant est un sujet actif dont aucune genèse ne peut rendre compte à partir des sensations passives liées au monde des objets. La […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maine-de-biran/#i_13267

MONSIEUR TESTE, Paul Valéry - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Guy BELZANE
  •  • 953 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Monsieur Valéry et le « cycle Teste » »  : […] une entreprise poétique dont il entrevoit soudain les limites. Cette crise a accouché de deux idées fondamentales : le « fonctionnement » de l'être intérieur, y compris dans ses manifestations les plus sensibles, obéit à des lois mathématisables et universalisables ; seule une dissociation du Moi d'avec lui-même peut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/monsieur-teste/#i_13267

NOSTALGIE

  • Écrit par 
  • Marie-Claude LAMBOTTE
  •  • 5 257 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un concept philosophique »  : […] l'approche du geste qui veut le saisir et abandonne alors la conscience à sa quête douloureuse qu'accompagne le sentiment de sa propre scission. « Ce pur tâtonnement intérieur sans terme trouvera bien son objet, écrit Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit, mais cet objet ne se présentera pas comme un objet conçu [nicht als begriffner] et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nostalgie/#i_13267

PASSION

  • Écrit par 
  • Baldine SAINT GIRONS
  •  • 6 821 mots

Dans le chapitre « La passion, sommet de la subjectivité »  : […] la vérité, mais seulement l'approcher, si bien que toute définition de la vérité se doit d'accuser la tension de l'intériorité. Dès lors, dire que la passion est incertitude et dire qu'elle est le sommet de la subjectivité revient à la définir comme seul mode d'accès à la vérité, puisque seul mode d'intériorisation possible de l'incertitude […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/passion/#i_13267

REFOULEMENT

  • Écrit par 
  • Pierre FISZLEWICZ
  •  • 3 618 mots

Dans le chapitre « Le refoulement originaire »  : […] à la relation immédiate de l'enfant au monde une relation médiate, fait que l'être imaginaire se perd au profit de la subjectivité. Cela ne se peut que lorsque l'enfant trouve sa place dans le monde du symbole, c'est-à-dire en s'identifiant au père comme à celui qui a le phallus. C'est là qu'intervient la fonction du Nom-du-père, où « il faut […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/refoulement/#i_13267

SENTIMENT

  • Écrit par 
  • Olivier REBOUL
  •  • 3 550 mots

Dans le chapitre « Le sentiment est-il spécifique ? »  : […] le monde. « J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde », chante Eluard. La subjectivité du sentiment est cette manière de voir le monde en fonction de nous-même, de le structurer spontanément selon nos projets ou nos déceptions. L'espace du sentiment n'est plus le milieu homogène de la physique ; il est centré, valorisé, comme le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sentiment/#i_13267

SUJET

  • Écrit par 
  • Baldine SAINT GIRONS
  •  • 3 607 mots

Dans le chapitre « Cartésianisme et psychanalyse »  : […] possède en soi la nature qu'il tend pourtant à s'attribuer à lui-même : de même que la connaissance de mon existence n'entraîne point celle de ma nature, la valeur subjective de cette dernière n'entraîne point sa valeur objective. La veritas rationum doit être distinguée de la veritas rei, dont Dieu, seul, sera garant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sujet/#i_13267

Voir aussi

Pour citer l’article

Étienne BORNE, « INTÉRIORITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/interiorite/