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INTÉRIORITÉ

L'intériorité, qualité ou caractère de ce qui est intérieur, désigne, dans la langue philosophique, ce dedans de l'homme que chacun appréhende ou croit appréhender immédiatement en lui-même et qui, se distinguant de l'univers visible et du monde des corps auquel appartient le corps humain, se présente comme une expérience, ou, pour ne pas trancher sur le fond, comme une quasi-expérience de subjectivité.

Ce partage, au moins apparent, de l'expérience en extériorité et intériorité, selon un versant objectif et un versant subjectif, n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes et d'abord celui de sa propre validité : l'intériorité a-t-elle une réalité spécifique, irréductible à toute objectivité, et serait-elle le propre de l'existence humaine, qui dès lors ne trouverait que dans la subjectivité sa vérité authentique ? Une telle interrogation est fondamentale et susceptible de trois sortes de réponses : ou bien l'appréhension subjective de notre être, qui intériorise en nous-mêmes les choses et les autres, ne nous propose qu'une vue tronquée, superficielle et illusoire de notre propre réalité, laquelle ne saurait être véritablement connue qu'à partir de procédures scientifiques donc objectives ; ou bien, et l'on irait à l'extrême opposé d'une réduction de l'intériorité, celle-ci, loin d'être une illusion ou le privilège de la seule existence humaine, appartiendrait en droit et en fait à tout être dont notre science n'atteindrait que la face extérieure – la nature n'étant dans son objectivité que l'expression visible d'une sorte d'intériorité ; ou encore l'intériorité – et cette troisième réponse est la seule à ne pas mettre celle-ci en question –, à la fois vide et plénitude de l'homme, moins donné qu'appel à un approfondissement indéfini, dévoile l'essence de la réalité humaine et n'est pas incapable de projeter une lumière révélatrice du sens ou du non-sens de la réalité universelle. Si bien qu'à partir de l'intériorité peuvent se définir trois conceptions de la subjectivité : l'une réductrice et négative, une autre mythique et poétique, une dernière positive et interrogative.

Aux origines du thème de l'intériorité

Une alternative radicale

Il n'est pas d'homme qui ne possède, invincible, le sentiment que son corps et ces prolongements de son corps que sont ses paroles et ses actes constituent l'envers extérieur d'une réalité qui est la sienne propre dont lui est offert, dans la veille et même dans le rêve, une intuition immédiate radicalement incommunicable en tant que telle à autrui et qu'on dira intérieure ou subjective. Cette antithèse d'un dehors et d'un dedans fait une métaphore fallacieuse qui invite à imaginer l'intérieur comme l'en-deçà d'une frontière ou un espace cerné par une clôture, et c'est parler de l'intériorité dans le langage de l'extériorité. D'où, pièges du langage, ces représentations matériellement dualistes qui cassent l'homme en deux, ou plutôt établissent deux hommes dans l'homme, l'un visible, vulnérable, chose parmi les choses, l'autre invisible à tous, sauf à lui seul, le regard intérieur suscitant un objet intérieur, notion peut-être contradictoire, l'homme invisible existant caché sous l'homme visible comme le corps sous le vêtement ou le visage sous le masque. Mais alors l'intériorité serait l'extériorité de l'extériorité, autre forme de la même et absurde contradiction. Le retour réflexif à l'expérience vécue congédiera ces imaginations infraphilosophiques qui, sous prétexte de mettre à part l'intériorité, lui donneraient le statut d'une chose. En vérité, l'homme extérieur et l'homme intérieur font un seul et même homme qui est à la fois et à chaque instant objet dans le monde et [...]

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Écrit par

  • : inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AFFECTIVITÉ

    • Écrit par Marc RICHIR
    • 12 228 mots
    ...tant que celles-ci sont exogènes alors qu'ils sont censés être endogènes. L'affectivité suppose donc la distinction entre la subjectivité, en tant qu' intériorité de la psyché, et l'extériorité du monde extérieur. Le terme «  affect » est cependant d'origine plus ancienne, puisqu'il...
  • ASSIMILATION & ACCOMMODATION, psychologie

    • Écrit par Alain DELAUNAY
    • 579 mots

    La réunion de ces deux notions a été proposée par Jean Piaget pour éclaircir et conceptualiser deux aspects fonctionnels qui caractérisent tous les phénomènes d'adaptation au sens le plus général du terme.

    Les concepts d'assimilation et d'accommodation sont apparus dans des registres...

  • AUTOBIOGRAPHIE

    • Écrit par Daniel OSTER
    • 7 517 mots
    • 5 médias
    ...1975) a parfaitement décrit la structuration complice de l'âme du chrétien et de la conscience personnelle. L'affirmation du « primat de l' intériorité personnelle dans l'existence humaine » ne se conçoit pas hors de ce regard divin qui fonde le sujet, le sonde dans son intimité, ni hors...
  • BALADIER CHARLES (1923-2016)

    • Écrit par Dominique IOGNA-PRAT
    • 716 mots

    Né en 1923 à Vitry-sur-Loire (Saône-et-Loire), Charles Baladier est issu d’une très ancienne famille de vignerons bourbonnais qui franchit la Loire pour s’implanter en Bourgogne au début du xixe siècle. Il se forme à Paray-le-Monial, haut lieu du catholicisme, passe par le petit puis le grand...

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Voir aussi