ILLUSION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Métaphoriquement dérivé de la réduction psychologique des enchantements magiques et des découvertes de l'optique géométrique, couronnant, avec Kant, la critique relativiste de l'optimisme leibnizien, le concept moderne d'illusion a conquis une position centrale dans la réflexion de Schopenhauer et dans celle de Nietzsche, avant de soutenir le développement de l'expérience psychanalytique en une théorie de la culture.

Sous les espèces de l'« illusion transcendantale », l'illusion est en effet appelée à recouvrir, dans la pensée kantienne, ce phénomène « naturel et inévitable » qu'est la représentation des liaisons subjectives « dans l'apparence d'une nécessité objective », par transgression des conditions limitatives de l'expérience sensible, qui en assureraient la validité effective. Avec Schopenhauer, la critique est étendue à l'ensemble des déterminations individuelles, pour autant que celles-ci relèvent du domaine phénoménal régi par le principe de raison suffisante, à l'exclusion de l'en-soi de la volonté ; c'est la représentation tout entière qui peut être ainsi assimilée à la maya hindoue. Mais l'organisme est la première figure de l'individuation ; on sera donc amené à expliquer la genèse des illusions par les exigences de la vie : telle sera la position de Nietzsche. L'existence, en son fond, n'est plus l'en-soi, elle est en position intermédiaire entre l'en-soi et le néant, elle est devenir ; l'illusion ne sera donc plus, comme elle l'était chez Schopenhauer, un voile jeté sur le néant des déterminations, en opposition à l'indétermination pure de l'en-soi ; elle exprimera la tentative du vivant humain pour se masquer l'angoisse de cette existence en devenir.

L'originalité de la conception freudienne va consister alors, en rupture avec Nietzsche, à dériver l'illusion non plus d'une économie de défense de la vie, mais de la tentative de résolution, au niveau de la culture, des impasses auxquelle [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur honoraire de philosophie à l'université de Paris-X-Nanterre

Classification

Autres références

«  ILLUSION  » est également traité dans :

L'ART ET L'ILLUSION, Ernst Gombrich - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Martine VASSELIN
  •  • 1 034 mots

Ancien directeur et professeur de l'Institut Warburg, Ernst Gombrich (1909-2001) se présente avec insistance dans L'Art et l'illusion comme un disciple d'Ernst Kris, historien d'art et psychanalyste ayant mené avec lui des expériences sur la perception physionomique dans les œuvres d'art : c'est dire que l'intention est ici d'utiliser les réalisations et les problématiques des artistes occidentau […] Lire la suite

AUSTIN JOHN LANGSHAW (1911-1960)

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD
  •  • 928 mots

Dans le chapitre « Langage et perception »  : […] Au point de départ, on trouve la distinction entre énoncés constatifs et énoncés performatifs telle que l'expose l'ouvrage intitulé How to Do Things with Words (Oxford, 1962), traduit par Quand dire, c'est faire (Paris, 1972). Les énoncés performatifs ne peuvent être caractérisés comme vrais ou faux ; ce sont par exemple les promesses, les serments, les énoncés par lesquels on se porte garant d […] Lire la suite

BONHEUR

  • Écrit par 
  • André COMTE-SPONVILLE
  •  • 7 850 mots

Dans le chapitre « Félicité, béatitude et amour »  : […] Est-ce à dire qu'il n'est de bonheur que pour le sage ? Ce serait faire du bonheur – et d'ailleurs aussi de la sagesse – un absolu qui nous l'interdirait. En vérité, personne n'est sage tout entier, ni fou, et tout bonheur en cela est relatif : on est plus ou moins heureux, et c'est ce qu'on appelle être heureux. Qui voudrait l'être absolument ne le serait jamais, et c'est en quoi le bonheur se d […] Lire la suite

IMAGINATION (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 795 mots

Dans le chapitre « L’imagination est-elle trompeuse ? »  : […] Tous les penseurs idéalistes ont usé d’exemples similaires pour nous mettre en garde contre les illusions engendrées par nos sens. Erreurs sur la taille des objets liées en particulier à la distance et à la perspective (le Soleil à peine plus grand qu’une pièce de monnaie), erreurs sur le chaud et le froid entraînées par l’état de notre corps, etc. Ils ont eu recours à des arguments voisins pour […] Lire la suite

INCONSCIENT (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 3 270 mots

Dans le chapitre « De Schopenhauer à Nietzsche »  : […] Profondément marqué par Schopenhauer, qu’il était avec Richard Wagner (1813-1883) l’un des rares hommes de la fin du xix e  siècle à avoir lu, Friedrich Nietzsche (1844-1900) prolonge les analyses de son premier maître à penser. Il dénonce avec beaucoup de vigueur les illusions du « Moi » dont l’une des origines se situe dans la grammaire. Parce qu’il place un petit « je » devant les verbes éno […] Lire la suite

MERVEILLEUX

  • Écrit par 
  • Jacques GOIMARD
  •  • 6 673 mots

Dans le chapitre « Une instauration éternellement neuve »  : […] Si le merveilleux est étonnement, il est d'abord perturbation du temps : « Dans l'étonnement, nous sommes en arrêt » (Heidegger). Sur le plan du quotidien, nous déployons une vigilance toujours prête à déboucher sur une action, une curiosité qui questionne l'avenir et qui dans sa démarche implique un éparpillement du moi. Le miracle de l'art, c'est qu'il ne refuse ni la réticence ni la curiosité, […] Lire la suite

LE MONDE COMME VOLONTÉ ET COMME REPRÉSENTATION, Arthur Schopenhauer - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 746 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L’expérience esthétique »  : […] À ce monde apparent et illusoire auquel la catégorie de causalité sert d’armature métaphysique, il faut opposer le monde comme volonté. « La volonté est la substance de l’homme, l’intellect en est l’accident. » Considéré hors du principe de raison (objet du troisième livre), le monde de la représentation est pur objet de contemplation esthétique. Une contemplation désintéressée, échappant à la di […] Lire la suite

MYTHE - L'interprétation philosophique

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 830 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'interprétation kantienne de la mythologie »  : […] Ce n'est pas seulement dans La Religion dans les limites de la simple raison qu'il faut chercher la réponse de Kant à la question du statut de la représentation dans l'économie de la philosophie. C'est le projet entier d'une philosophie des limites qui donne son sens à cette réponse partielle. Dans une philosophie des limites, la prétention à connaître des objets absolus hors de la sphère de l'ex […] Lire la suite

PSYCHANALYSE DES ŒUVRES

  • Écrit par 
  • Pierre KAUFMANN
  •  • 7 942 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'ascèse analytique »  : […] Plus s'élargit, cependant, le cadre théorique d'une psychanalyse des œuvres, plus s'affirme l'exigence de son élaboration critique. Comment concevoir qu'une discipline qui s'est donné pour fin de confronter le sujet effectivement engagé dans la cure à la question de sa propre vérité puisse reporter son exercice sur les productions de la littérature ou de l'art ? Peut-être dira-t-on qu'entre la pr […] Lire la suite

PSYCHANALYSE & PEINTURE

  • Écrit par 
  • Jean-François LYOTARD
  •  • 7 908 mots

Dans le chapitre « La peinture et l'illusion »  : […] Cette assignation de l'œuvre plastique, en tant que muette et visible, à résider dans la région de l'accomplissement imaginaire du désir, on la retrouve au cœur de l'analyse freudienne de la fonction de l'art. Freud distingue en effet deux composants dans le plaisir esthétique : un plaisir proprement libidinal qui provient du contenu même de l'œuvre, pour autant que celle-ci nous permet, par iden […] Lire la suite

Les derniers événements

France. Nicolas Sarkozy en tête au premier tour de l'élection présidentielle. 22-28 avril 2007

comme jamais ils ne l'ont été », et critique le programme de Ségolène Royal, qui perpétue « l'illusion que c'est à l'État de s'occuper de tout ». S'il dit ne pas vouloir donner de consigne de vote à ses électeurs en vue du second tour, il n'en laisse pas moins entendre que sa propre préférence ne va […] Lire la suite

États-Unis. Discours sur l'état de l'Union. 20 janvier 2004

et résolution, ou nous pouvons revenir à la dangereuse illusion que les terroristes ne complotent plus et que les régimes hors la loi ne nous menacent plus. » Défendant l'intervention en Irak, il se réfère aux résultats, qu'il juge prometteurs, du rapport Kay, sur les armes de destruction massive […] Lire la suite

France. La gauche éliminée du second tour de l'élection présidentielle. 4-26 avril 2002

président de l'U.D.F., de D.L. et du R.P.F., s'opposent à cette stratégie d'union. Le 26, s'exprimant pour la première fois sur l'attitude à adopter au second tour, Lionel Jospin, bien que « sans illusion sur le choix qui se présente », appelle les Français à « exprimer [...] leur refus de l'extrême droite ». […] Lire la suite

Israël. Réactions au plan Shamir. 14-22 mai 1989

en demandant brutalement à Jérusalem « d'abandonner la vision irréaliste d'un Grand Israël » et aux Palestiniens de renoncer à « l'illusion d'un contrôle sur toute la Palestine ». […] Lire la suite

Turquie – C.E.E. Demande d'adhésion de la Turquie à la C.E.E. 4-14 avril 1987

sa demande d'adhésion à la C.E.E. Sans se faire d'illusion sur la possibilité de la faire accepter avant l'an 2000, il s'agit pour Ankara de prendre date, et de créer, à l'intérieur du pays, un climat de confiance et de stabilité politique capable d'attirer les investissements étrangers, et, par là même, de conforter l'économie et de consolider le processus de démocratisation en cours. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre KAUFMANN, « ILLUSION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/illusion/