Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ILIADE, Homère Fiche de lecture

Un immense poème épique

L'Iliade présente les traits caractéristiques de ce qu'il est convenu de nommer l'art homérique. Monument de la littérature, cette épopée se compose de près de seize mille vers répartis en vingt-quatre chants. Les épisodes essentiels sont la querelle d'Achille et d'Agamemnon (chant I), la mort de Patrocle (chants XV à XIX), celle d'Hector (chants XX à XXIV), qui marque la réconciliation entre le roi et le héros. Les descriptions sont simples, précises, montrant tour à tour les héros comme des demi-dieux et comme des êtres de chair et de sang : ainsi, Achille n'hésite pas à solliciter le concours de sa mère la nymphe Thétis, mais pleure à chaudes larmes la mort de Patrocle. Fréquentes, les répétitions de vers ou de groupe de vers rythmant le texte étaient nécessaires pour l'aède qui déclamait l'œuvre en musique, et appréciées d'un public qui pouvait connaître par cœur ces courts passages.

La nature fournit une mine de comparaisons et de métaphores, empruntées aux actes de la vie quotidienne. Le héros Ajax, dans son entêtement, est ainsi comparé à un âne broutant un champ, qui demeure sur place quand « sur son dos les enfants brisent plus d'un bâton ». L'action, le récit des batailles sont entrecoupés de discours abondants, souverains et héros faisant montre d'une grande éloquence, déployée notamment lors des assemblées de combattants. Mais les paroles des hommes s'avèrent de peu de poids face à la toute-puissance divine. Les dieux, en effet, interviennent presque constamment dans l'Iliade, se mêlent aux soldats, dissimulent leur favori aux yeux des adversaires, conseillent en songe. Trop humains, ils prennent garde aussi de n'être pas blessés. Leurs passions, toutes humaines également, influent profondément sur le monde des hommes. Zeus, époux d'Héra, répond ainsi à la nymphe Thétis venue le supplier d'aider son fils Achille : « Ah ! la maudite affaire ! Tu vas avec Héra m'amener un conflit : elle viendra, de ses injures, m'irriter, elle, qui, sans répit, parmi les Immortels, déjà me cherche noise et m'accuse d'aider les Troyens au combat ! »

Dans ce poème épique, une dizaine d'individus occupent le devant de la scène. Achille s'y révèle un héros jeune et passionné, ardent dans sa haine, profond dans son amitié. Agamemnon illustre la bravoure mais aussi l'orgueil condamné par les dieux. Ajax déploie une force physique hors du commun, Ulysse maîtrise la ruse, la prudence dans la réflexion. Dans le camp troyen, dominent la majesté pleine de douleur du vieux roi Priam, le courage inflexible d'Hector, mais aussi celui de Pâris. Les figures de femmes sont plus rares, mais se détachent avec vigueur : Hélène, accablée par le sentiment de sa faute, le remords d'être responsable de la guerre qui décime les siens ; Andromaque, mère et épouse idéale ; Cassandre enfin, prophétesse sacrée d'Apollon, dont les avertissements funèbres demeureront sans effet.

— Jean-François PÉPIN

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : agrégé d'histoire, docteur ès lettres, professeur au lycée Jean-Monnet, Franconville

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ACHÉENS

    • Écrit par Andrée POUGET
    • 2 530 mots
    Le catalogue des vaisseaux, dressé par Homère (d'après une très vieille liste des États), nous donne un tableau géographique des royaumes achéens aux environs de la guerre de Troie (xiiie siècle). À cette date, l'État achéen comprend la Grèce centrale, Athènes, l'Eubée, Salamine, le Péloponnèse...
  • ACHILLE

    • Écrit par Universalis
    • 506 mots
    • 3 médias

    Fils de Pélée, roi des Myrmidons, et de la Néréide Thétis ; c'était le guerrier le plus grand, le plus courageux et le plus beau de l'armée d'Agamemnon devant Troie. Selon Homère, il fut élevé par les soins de sa mère, en même temps que son cousin et inséparable ami ...

  • AGAMEMNON

    • Écrit par Universalis
    • 242 mots
    • 2 médias

    Roi de Mycènes et d'Argos, fils d'Atrée, et frère de Ménélas. Après le meurtre d'Atrée par Thyeste et son fils Égisthe, Agamemnon et Ménélas se réfugièrent chez Tyndare, roi de Sparte, et épousèrent ses filles, Clytemnestre et Hélène. Clytemnestre donna à Agamemnon un fils, Oreste,...

  • HOMÈRE (P. Carlier)

    • Écrit par Hervé DUCHÊNE
    • 1 055 mots

    « Homère : n'a jamais existé. » Cette formule péremptoire se lit dans le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, qui la complète en ajoutant à propos du père de l'Iliade et de l'Odyssée : « Célèbre par sa façon de rire : un rire homérique. » La notice souligne avec humour...

  • Afficher les 40 références

Voir aussi