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HISTOIRE (Histoire et historiens) L'écriture de l'histoire

Les historiens n'ont pas toujours pris au sérieux l'histoire comme écriture (entendue comme phase scripturaire du « faire de l'histoire »), considérant souvent celle-ci, selon les mots de Paul Ricœur, comme une « opération secondaire relevant de la seule rhétorique de la communication, et qu'on pourrait négliger comme étant d'ordre simplement rédactionnel ». En outre, les problématisations historiennes de cette question ont dans l'ensemble privilégié la dimension épistémologique de celle-ci sans beaucoup en explorer les dimensions matérielle et sociologique.

Les historiographies positivistes

En rupture avec le lien qu'avait établi l'historiographie antique avec la rhétorique, les historiens qui, au xixe siècle, ont engagé le processus de professionnalisation et de scientifisation de l'histoire ont traité la question de l'écriture de l'histoire comme une question extérieure au travail spécifique de l'historien, dans la perspective de séparer nettement histoire et littérature. L'écriture n'est pour eux que l'exposition des résultats de ce travail dans une forme « littéraire » qui doit être neutre et le « medium » le plus transparent possible afin d'exprimer directement le « fond », c'est-à-dire les faits. C'est ainsi que la rhétorique et le style « littéraire » sont disqualifiés car réputés inutiles ou incompatibles avec la rigueur scientifique et la recherche du vrai. En Europe et aux États-Unis, les historiographies dites « positivistes » qui privilégient l'histoire politique exemplifient cette manière de « ne pas prendre au sérieux » la question de l'écriture de l'histoire. En France, les historiens « méthodiques » Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos considèrent que l'histoire est restée un genre littéraire jusque vers 1850. Contre la « préoccupation de l'effet » ou le désir de « faire œuvre d'artiste », ils défendent les « formes scientifiques d'exposition historique » qui doivent permettre de s'en tenir à la « mise en œuvre » des documents, de ne pas « s'endimancher » pour adopter un « style pur et ferme, savoureux et plein ».

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Écrit par

  • : professeur agrégé d'histoire (historiographie et histoire contemporaine) à l'université de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • HISTOIRE (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 161 mots

    Tandis que la physique étudie le monde sensible ou la chimie la transformation de la matière, l’histoire (mot issu d’un vocable grec signifiant « enquête ») étudie... l’histoire. La plupart des langues européennes désignent également par un même mot l’étude et l’objet de l’étude. Est-ce là une imperfection...

  • LE RÔLE SOCIAL DE L'HISTORIEN (O. Dumoulin)

    • Écrit par Bertrand MÜLLER
    • 995 mots

    Au cours de ces dernières décennies, les scènes d'intervention de l'historien se sont multipliées. Sans changer apparemment de costume, l'historien joue de nouveaux rôles : désormais requis comme témoin ou expert sur des scènes sociales – tribunaux, médias, commissions, etc. –, qui ne sont pas a priori...

  • À DISTANCE. NEUF ESSAIS SUR LE POINT DE VUE EN HISTOIRE (C. Ginzburg) - Fiche de lecture

    • Écrit par François-René MARTIN
    • 1 032 mots

    À distance. C'est sous ce titre que l'édition française de l'ouvrage de Carlo Ginzburg rassemble les neuf essais qui le composent (Gallimard, Paris, 2001). Le livre est traduit trois ans après sa publication en italien chez Giangiacomo Feltrinelli Edition sous le titre d'Occhiacci...

  • L'ÂGE DES EXTRÊMES. HISTOIRE DU COURT XXe SIÈCLE (E. Hobsbawm)

    • Écrit par Marc FERRO
    • 805 mots

    L'Âge des extrêmes (Complexe-Le Monde diplomatique, 1999) constitue le quatrième et dernier tome d'un ensemble d'ouvrages qui ont analysé le destin des sociétés depuis la fin du xviiie siècle. Le premier tome, L'Ère des révolutions, traite de la transformation du monde...

  • AGERON CHARLES-ROBERT (1923-2008)

    • Écrit par Benjamin STORA
    • 776 mots

    Historien de l'Algérie contemporaine, Charles-Robert Ageron est né le 6 novembre 1923 à Lyon. Il était issu d'une famille de petits patrons d'atelier. Son père dirigeait une modeste entreprise de mécanique. Bachelier en 1941, il s'inscrit à la faculté des lettres de Lyon où l'un de ses professeurs...

  • AGNOTOLOGIE

    • Écrit par Mathias GIREL
    • 4 992 mots
    • 2 médias

    Le terme « agnotologie » a été introduit par l’historien des sciences Robert N. Proctor (université de Stanford) pour désigner l’étude de l’ignorance et, au-delà de ce sens général, la « production culturelle de l’ignorance ». Si son usage académique semble assez circonscrit à la ...

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Voir aussi