Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

MATISSE HENRI (1869-1954)

Un art du futur

Dans les années 1970, la résistance du peintre américain Brice Marden devant Les Marocains était révélatrice des problèmes que ne cesse de poser un tel tableau : « Je n'ai jamais pu comprendre Les Marocains – avouait-il. Je trouve que c'est une peinture effroyable. [...] Ça ne fonctionne pas spatialement ; la composition ne fonctionne pas dans la structure d'ensemble du tableau. » On pourrait, en effet, affirmer que la composition et l'espace du tableau ne « fonctionnent » pas en termes purement formels. Mais, chez Matisse, ces exigences formelles sont infléchies par le travail du souvenir et réciproquement. La difficulté que nous avons à articuler entre elles les parties distinctes de l'espace (le café et les personnages, les pastèques et les coloquintes, la casbah), les différents registres d'abstraction qui rendent leur reconnaissance douteuse, l'ambivalence entre la profondeur et le plan, la temporalité qui affecte l'espace : tout cela rend, en effet, le tableau de Matisse « incompréhensible ». Son étrangeté est intolérable. Il faudrait admettre, avec Roger Fry qui reconnaissait indéniablement dans les pastèques et les coloquintes des musulmans enturbannés prosternés sur un tapis de prière, que « Matisse a bien trop de sérieux pour se complaire aux sottes mystifications ». Pour sa part, ce peintre qui disait bien « vouloir plaire », n'hésitait pas à déclarer sur un ton messianique, quelque peu étranger à la normalité à laquelle on l'a réduit : « Je sais bien que c'est bien plus tard qu'on se rendra compte combien ce que je fais aujourd'hui était en accord avec le futur. »

— Hervé VANEL

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Brown, Rhode Island (États-Unis)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • LA DANSE II (H. Matisse)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 197 mots

    En tant que panneau décoratif, La Danse II de Matisse (1909-1910) se perçoit difficilement comme un espace illusionniste. D'emblée, sa nature décorative et son format mural l'inscrivent, plus ou moins directement et violemment, dans l'espace réel du spectateur. Les mains disjointes de deux des danseurs...

  • ÉCRITS ET PROPOS SUR L'ART, Henri Matisse - Fiche de lecture

    • Écrit par Marianne JAKOBI
    • 1 005 mots

    Écrits et propos sur l'art d'Henri Matisse (1869-1954) est l'unique ouvrage réunissant la quasi-totalité des textes écrits par l'un des plus grands peintres du xxe siècle. Ces textes – des propos, des entretiens, des correspondances et des articles de journaux – s'échelonnent...

  • MATISSE. CAHIERS D'ART, LE TOURNANT DES ANNÉES 30 (exposition)

    • Écrit par Camille VIÉVILLE
    • 1 129 mots

    Du 1er mars au 29 mai 2023 s’est tenue au musée de l’Orangerie à Paris l’exposition Matisse.Cahiers d’art,le tournant des années 1930, placée sous le commissariat de Cécile Debray (Musée national Picasso, Paris), en collaboration avec Matthew Affron (Philadelphia Museum of Art) et Claudine...

  • MATISSE ET PICASSO (Yve-Alain Bois)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 1 016 mots

    L'ouvrage d'Yve-Alain Bois (coll. Beaux Livres, Flammarion, Paris, 1999) sur les rapports entre Matisse et Picasso, essentiellement consacré à la période 1920-1954 (date de la mort de Matisse), frappe d'emblée par sa densité. La richesse et la précision documentaire, historique, biographique, analytique,...

  • CAMOIN CHARLES (1879-1965)

    • Écrit par Jean-Paul BOUILLON
    • 284 mots

    Avec Matisse, Rouault et Marquet, Charles Camoin est l'un des élèves illustres de l'atelier de Gustave Moreau. Très lié avec Marquet, dont il a laissé un beau portrait (1904-1905, musée national d'Art moderne, Paris) ; il est impressionné par Cézanne, qu'il rencontre en 1902 et dont...

  • CUBISME

    • Écrit par Georges T. NOSZLOPY, Paul-Louis RINUY
    • 8 450 mots

    Le cubisme constitue par son aspect expérimental le mouvement artistique le plus radical du premier quart du xxe siècle. On considère généralement qu'il est à l'origine de tous les courants abstraits de l'art moderne et qu'il a exercé une influence profonde sur l'architecture et l'esthétique industrielle...

  • DERAIN ANDRÉ (1880-1954)

    • Écrit par Michel HOOG
    • 1 266 mots
    Derain est né en 1880, à Chatou, près de Paris. Ses débuts avant le fauvisme sont difficiles à saisir.Lié avec Matisse depuis le temps où ils travaillaient ensemble à l'académie Carrière (1898-1899), ami de Vlaminck depuis 1900 (il s'agit d'ailleurs d'une amitié orageuse et à éclipses), jusqu'en...
  • DUTHUIT GEORGES (1891-1973)

    • Écrit par Pierre SCHNEIDER
    • 856 mots

    Celui que, dans ses « Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non », André Breton comptait parmi les esprits « les plus lucides et les plus audacieux d'aujourd'hui », naquit à Paris. Orphelin en 1906, littérature, musique et art seront, très tôt, ses recours contre la solitude....

  • Afficher les 15 références

Voir aussi