DERAIN ANDRÉ (1880-1954)

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André Derain est un homme plein de contradictions. Auteur de quelques-uns des chefs-d'œuvre les plus importants du fauvisme, il est aussi responsable de tableaux bien dépourvus d'invention ; novateur extrêmement hardi et, en même temps, homme délibérément tourné, et avec une sorte de passion, vers la tradition ; esprit intelligent et cultivé, il affecte en même temps un côté rustre.

Derain conquit très tôt la célébrité. Dès avant 1914, alors qu'il n'a pas trente ans, il est toujours en bonne place dans les expositions ou dans les publications consacrées à la peinture française d'avant-garde. Entre les deux guerres, il fait figure de chef de file de la peinture moderne et, dans le catalogue d'une exposition qui se tient aux États-Unis (Cincinnati) en 1930, la préface commence par cette déclaration significative : « Les critiques français et étrangers s'accordent à placer Derain parmi les trois ou quatre grands maîtres reconnus de l'art français contemporain. D'autres peintres français sont plus populaires, plus charmants ou plus spectaculaires, mais Derain est le classique de ce temps. Classicisme dans sa signification française n'implique aucune négation de modernité : Derain est essentiellement moderne. »

Depuis 1930, une forte réaction est venue, et les jeunes générations ont très durement ironisé sur ce renégat de l'avant-garde. Derain est mort en 1954. Il est, aujourd'hui, passé du domaine de la polémique à celui de l'histoire : sa place et son importance dans l'aventure de l'art moderne peuvent être appréciées avec un recul suffisant, encore que l'étude détaillée de son œuvre soit loin d'être achevée. L'entrée dans les collections publiques françaises d'un ensemble particulièrement important de peintures, de sculptures et de dessins de Derain, par la donation Pierre Lévy au musée de Troyes, devrait favoriser cette étude.

Derain et le fauvisme

Derain est né en 1880, à Chatou, près de Paris. Ses débuts avant le fauvisme sont difficiles à saisir. Lié avec Matisse depuis le temps où ils travaillaient ensemble à l'académie Carrière (1898-1899), ami de Vlaminck depuis 1900 (il s'agit d'ailleurs d'une amitié orageuse et à éclipses), jusqu'en 1904 il cherche sa voie à travers des influences nombreuses et contradictoires dont la plus puissante est celle de Van Gogh. On connaît l'épisode, souvent raconté, de la visite de l'exposition Van Gogh chez Bernheim-Jeune en 1901, où Derain présente Vlaminck à Matisse. On cite plus rarement l'exposition Van Gogh du Salon des indépendants, au printemps de 1905 ; la production de Derain avant 1905 (tout comme celle de Vlaminck d'ailleurs) étant peu nombreuse et faiblement marquée par Van Gogh, on peut se demander si l'influence de celui-ci n'a pas été antidatée. Les œuvres de cette première période reflètent un tempérament original, pur de toute réminiscence académique, mais qui paraît hésiter encore sur la voie à suivre.

1905-1906 : c'est l'époque des vues de Londres, de Collioure et de quelques portraits. La révélation de Van Gogh, l'exemple de Matisse qu'il rejoint à Collioure pendant l'été de 1905, celui aussi sans doute de Signac et de Cross sont, cette fois, assimilés. Dans ces œuvres s'exprime avant tout le fort tempérament de l'artiste : couleur éclatante mais sans brutalité, dessin qui simplifie sans déformer, composition très hardie mais toujours très lisible et calculée ; tout concourt à faire de cette série de tableaux un des temps forts de la peinture du début du siècle.

Pourquoi et comment Derain est-il sorti du fauvisme ? Il était bien difficile d'aller plus loin que les fauves dans le paroxysme des couleurs. En 1906-1907, il semble (mais la datation des œuvres n'est pas toujours facile) qu'il s'oriente vers des compositions plus sinueuses, plus organisées, où se devine la leçon de Gauguin. Les couleurs en restent vives, sans avoir cependant la violence de celles des années précédentes. Après 1907, Derain, qui s'est lié avec Picasso, raréfie et assourdit sa palette, réduit ses paysages et ses natures mortes à des schémas rigoureux ; mais cet épisode précubiste tourne court ; vers 1911, il commence à interroger avec une insistance croissante les arts du passé et, après l'interruption due à la guerre, revient aux procédés de la peinture traditionnelle : perspective, modelé, clair-obscur. Mais, alors qu'il conquiert une gloire qui n'est pas toujours d [...]

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Écrit par :

  • : conservateur du musée de l'Orangerie, chargé du palais de Tōkyō

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FAUVISME

  • Écrit par 
  • Michel HOOG
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Dans le chapitre « Historique »  : […] Quand les fauves se manifestèrent comme tels en 1905, ce fut pour la critique, et surtout pour le public, une découverte ; en fait, la plupart d'entre eux travaillaient depuis quelques années déjà dans un esprit révolutionnaire et exposaient ici et là, notamment à la galerie Berthe Weil. C'est autour de Matisse, que son âge et son autorité intellectuelle prédisposaient à jouer ce rôle, que s'est c […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel HOOG, « DERAIN ANDRÉ - (1880-1954) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-derain/