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MATISSE HENRI (1869-1954)

Une fenêtre sur l'abstraction

La fusion de ces deux instances n'élude pas, dans la peinture de Matisse, un mode de compensation de la couleur par le dessin qui, tout en permettant la reconnaissance des figures, maintient son art au bord de l'abstraction. Porte-fenêtre à Collioure (1914) est devenu l'emblème de ce seuil infranchissable que la fenêtre ouverte, ne donnant plus sur un espace illusionniste, vient matérialiser.

Cette même œuvre confronte l'observateur à un principe de transposition coloré qui conduit le peintre, tenant compte des exigences internes de l'espace de la toile, à utiliser un noir profond pour restituer en termes purement picturaux une luminosité aveuglante : « Les Orientaux se sont servis du noir comme couleur, notamment les Japonais dans les estampes. Plus près de nous, poursuivait Matisse, d'un certain tableau de Manet il me revient que le veston de velours noir du jeune homme au chapeau de paille [dans Le Déjeuner, 1868, sans doute] est d'un noir franc et de lumière. » Matisse ne situait cependant cette découverte dans sa peinture qu'avec Les Marocains, réalisé de 1915 à 1917. Un tableau, comme en témoigne sa correspondance avec Charles Camoin, auquel il pensait sans doute depuis son retour de Tanger en février 1913 : « ... C'est un souvenir du Maroc, c'est la terrasse du petit café avec les fainéants alanguis devisant vers la fin du jour. On aperçoit le petit marabout blanc du bas, le mauvais croquis ne te dira pas grand-chose. Ce ballot représente un Arabe couché de côté sur son burnous, les deux crochets sont les jambes. »

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Écrit par

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Brown, Rhode Island (États-Unis)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • LA DANSE II (H. Matisse)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 197 mots

    En tant que panneau décoratif, La Danse II de Matisse (1909-1910) se perçoit difficilement comme un espace illusionniste. D'emblée, sa nature décorative et son format mural l'inscrivent, plus ou moins directement et violemment, dans l'espace réel du spectateur. Les mains disjointes de deux des danseurs...

  • ÉCRITS ET PROPOS SUR L'ART, Henri Matisse - Fiche de lecture

    • Écrit par Marianne JAKOBI
    • 1 005 mots

    Écrits et propos sur l'art d'Henri Matisse (1869-1954) est l'unique ouvrage réunissant la quasi-totalité des textes écrits par l'un des plus grands peintres du xxe siècle. Ces textes – des propos, des entretiens, des correspondances et des articles de journaux – s'échelonnent...

  • MATISSE. CAHIERS D'ART, LE TOURNANT DES ANNÉES 30 (exposition)

    • Écrit par Camille VIÉVILLE
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    Du 1er mars au 29 mai 2023 s’est tenue au musée de l’Orangerie à Paris l’exposition Matisse.Cahiers d’art,le tournant des années 1930, placée sous le commissariat de Cécile Debray (Musée national Picasso, Paris), en collaboration avec Matthew Affron (Philadelphia Museum of Art) et Claudine...

  • MATISSE ET PICASSO (Yve-Alain Bois)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 1 016 mots

    L'ouvrage d'Yve-Alain Bois (coll. Beaux Livres, Flammarion, Paris, 1999) sur les rapports entre Matisse et Picasso, essentiellement consacré à la période 1920-1954 (date de la mort de Matisse), frappe d'emblée par sa densité. La richesse et la précision documentaire, historique, biographique, analytique,...

  • CAMOIN CHARLES (1879-1965)

    • Écrit par Jean-Paul BOUILLON
    • 284 mots

    Avec Matisse, Rouault et Marquet, Charles Camoin est l'un des élèves illustres de l'atelier de Gustave Moreau. Très lié avec Marquet, dont il a laissé un beau portrait (1904-1905, musée national d'Art moderne, Paris) ; il est impressionné par Cézanne, qu'il rencontre en 1902 et dont...

  • CUBISME

    • Écrit par Georges T. NOSZLOPY, Paul-Louis RINUY
    • 8 450 mots

    Le cubisme constitue par son aspect expérimental le mouvement artistique le plus radical du premier quart du xxe siècle. On considère généralement qu'il est à l'origine de tous les courants abstraits de l'art moderne et qu'il a exercé une influence profonde sur l'architecture et l'esthétique industrielle...

  • DERAIN ANDRÉ (1880-1954)

    • Écrit par Michel HOOG
    • 1 266 mots
    Derain est né en 1880, à Chatou, près de Paris. Ses débuts avant le fauvisme sont difficiles à saisir.Lié avec Matisse depuis le temps où ils travaillaient ensemble à l'académie Carrière (1898-1899), ami de Vlaminck depuis 1900 (il s'agit d'ailleurs d'une amitié orageuse et à éclipses), jusqu'en...
  • DUTHUIT GEORGES (1891-1973)

    • Écrit par Pierre SCHNEIDER
    • 856 mots

    Celui que, dans ses « Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non », André Breton comptait parmi les esprits « les plus lucides et les plus audacieux d'aujourd'hui », naquit à Paris. Orphelin en 1906, littérature, musique et art seront, très tôt, ses recours contre la solitude....

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