INVASIONS GRANDES

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Les invasions maritimes

Le milieu maritime de l'Europe du Nord-Ouest, si éloigné de la steppe eurasiatique, théâtre des premières invasions, se trouva aussi très précocement affecté par des migrations de grande envergure. Les peuples germaniques riverains de la mer du Nord en furent les initiateurs. On peut penser à de lointaines répercussions des mouvements qui touchaient alors leurs proches parents en Europe centrale. Mais l'onde d'agitation atteignit très vite également des populations du nord-ouest des îles Britanniques, pré-celtiques comme les Pictes d'Écosse, ou celtiques comme les Scots d'Irlande. On saisit mal comment ces deux convulsions se relient, sinon par les faiblesses de leur commune victime : l'Occident romain. Par ricochet, elles entraînèrent un dernier déplacement de peuples : les Bretons quittèrent en masse leur île pour gagner l'Armorique et la Galice.

Occident médiéval

Dessin : Occident médiéval

L'Occident médiéval face aux invasions des IXe et Xe siècles. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Se déroulant dans des régions marginales de l'Empire, ces divers mouvements n'ont guère attiré l'attention de l'historiographie latine et restent fort peu connus. Des faits aussi essentiels que les premiers établissements saxons en Angleterre ne sont éclairés par aucun texte solide antérieur au viiie siècle. Force est donc de recourir très largement aux données plus conjecturales qu'offrent la linguistique, la toponymie et l'archéologie. Elles renseignent utilement sur les changements de civilisation, mais non sur les événements politiques ou militaires qui restent le plus souvent inaccessibles.

Cependant, les migrations maritimes sont parmi celles dont les conséquences ont été le plus durables. Le peuple écossais, le peuple anglais, le peuple breton leur doivent l'existence. Elles ont aussi compté parmi les plus destructrices : l'Angleterre est la seule des provinces romaines d'Europe où aucun parler roman ne s'est formé sur les ruines du latin et où le christianisme a été presque effacé au ve siècle. Il est vrai que c'était aussi la province la plus excentrique et celle où la marque de Rome sur les masses avait dû être la moins profonde.

Les Saxons

Les populations germaniques des côtes de la mer du Nord ont commencé dès le milieu du iiie siècle à montrer une turbulence agressive, peut-être favorisée par un certain mouvement de submersion des plaines littorales qui avait commencé vers le début de notre ère. Le branle fut donné par une petite tribu, fixée sans doute au Danemark, les Érules, qui se lança avec une témérité inouïe, sur les deux itinéraires que suivirent plus tard les Vikings, vers la mer Noire à travers la Baltique et la Russie, vers la Gaule et l'Espagne à travers la mer du Nord et l'Atlantique (267-287). Les résultats directs de ces raids exploratoires furent à peu près nuls.

Grande-Bretagne, Angleterre anglo-saxonne, Ve-VIIe siècles

Dessin : Grande-Bretagne, Angleterre anglo-saxonne, Ve-VIIe siècles

Les vagues de migration germanique en Angleterre, entre le Ve et le VIIe siècle (d'après James Campbell et Lucien Musset). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le relais fut pris presque aussitôt par un peuple d'une tout autre importance, les Saxons, issus au cours du iie siècle du regroupement de diverses tribus de Germains de la mer du Nord entre le Jutland et la Weser, et par leurs proches parents, les Angles, vivant vers la racine de la péninsule jutlandaise (pays d'Angel), et les Frisons, établis plus à l'Ouest sur les côtes entre l'Ems et le Rhin. Quelques Francs du Rhin participèrent aussi aux premières entreprises, d'une envergure que l'archéologie montre avoir été plus considérable que les historiens ne l'ont pensé pendant longtemps. Ces peuples découvrirent les routes de l'ouest au plus tard dans les années 280 et ne cessèrent plus de les parcourir avant le milieu du vie siècle.

Dans une première phase, ils explorèrent à peu près toutes les côtes de la Bretagne insulaire et de la Gaule. Vers 286, le danger devint tel que Rome prit des mesures pour tenter de leur barrer le pas de Calais. Il fallut bientôt élever contre eux tout un système de défense, constitué de petits corps de troupes appuyés sur des forts littoraux : ce fut le litus saxonicum, homologue plus souple du limes rhénan. Il couvrit le sud-est de la Bretagne, du Wash à l'île de Wight, et, avec une armature beaucoup plus légère, le nord de la Gaule, du Rhin à la Gironde. Bien entendu les garnisons y furent composées en majorité de Barbares, le plus souvent des Germains continentaux : leur rôle dans la germanisation finale de la Bretagne ne doit pas être sous-estimé.

Bientôt les Saxons constatèrent que ces défenses avaient leurs points faibles. Ils en profitèrent d'abord pour se livrer à des pillages assidus ; le nombre immense des trésors monétaires enfouis le long des côtes à la fin du iiie siècle donne une idée assez exacte de la panique qu'ils causèrent. Puis, dans des conditions très obscures, ils fondèrent quelques établissements. On soupçonne plus qu'on ne connaît ceux de Gaule ; et leur date exacte (avant le vie s.) nous échappe. Il y en eut un en bas Boulonnais, bien attesté par la toponymie, qui fut peut-être un relais sur la route de l'Angleterre, peut-être aussi un appendice de la colonie fondée dans le Kent sur l'autre rive du détroit. Un autre établissement apparut, plus fugitivement, en basse Normandie, sur la côte du Bessin, et vécut jusqu'à l'époque mérovingienne. Les archéologues croient en déceler aussi sur le littoral saintongeais. Tout cela resta d'une signification purement locale et sans portée politique.

L'essentiel fut évidemment la colonisation de la Grande-Bretagne. Malgré la mise en œuvre de tous les moyens d'approche possibles, l'histoire de cet événement majeur reste très incertaine. Vers la fin du ive siècle, les Saxons commencèrent à se rendre compte que les structures romaines étaient bien plus faibles en Bretagne qu'en Gaule et ils y portèrent désormais leurs principaux efforts. L'armée était médiocre, l'administration civile insuffisante, et il fallait aussi faire face à la menace des Scots et des Pictes. En 407, pour tenter de colmater la brèche ouverte dans les défenses du Rhin par les Barbares de la deuxième vague, l'armée de campagne fut envoyée en Gaule et n'en revint jamais. Le pays resta aux mains d'une aristocratie municipale à demi indigène, loyale envers Rome, mais sans moyen de lutte. Les quelques mercenaires barbares qui restaient pactisèrent vite avec les envahisseurs. Les flots des Saxons, des Angles, des Jutes et des Frisons commencèrent à déferler en masse dans les années 430-440 sur les côtes orientales et méridionales. Bientôt l'administration s'effondra et tout le pays s'engagea dans une récession économique profonde.

La colonisation fut sans doute assez lente : des moyens nautiques médiocres (des navires à rames, à la quille insuffisante) ne permettaient la venue que de petits effectifs. On compta, semble-t-il, trois zones principales de débarquement : du pas de Calais à la Tamise ; le golfe du Wash ; l'estuaire de la Humber. Mais il ne faut pas croire à l'image d'une avance cohérente de groupes organisés, donnée par les chroniques postérieures. Des éléments très divers, mêlant les différents pe [...]

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Grandes Invasions, IVe-Ve siècle

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300 à 400. Christianisme

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400 à 500. Royaumes barbares

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Royaumes germaniques, seconde moitié du VIe siècle

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Pour citer l’article

Lucien MUSSET, « INVASIONS GRANDES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grandes-invasions/