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ARCIMBOLDO GIUSEPPE (1527 env.-1593)

Peintre célébré par ses contemporains (Gregorio Comanini, Giovanni Paolo Lomazzo, Paolo Morigia), Giuseppe Arcimboldo est emblématique d'un goût pour l'illusion et l'ambiguïté, goût qui, particulièrement développé à la cour des Habsbourg durant le dernier tiers du xvie siècle, passe rapidement de mode dès le début du siècle suivant. Il tombe ainsi dans un relatif oubli jusqu'au milieu du xxe siècle. Considéré alors comme un précurseur de l'imaginaire surréaliste, il suscite l'intérêt d'historiens de l'art tels que Benno Geiger, lequel en propose en 1954 une première étude monographique, essentiellement focalisée sur les inventions iconographiques et, de ce fait, assignant au peintre un catalogue trop étendu. Depuis une trentaine d'années, la recherche, notamment à travers les travaux de Thomas DaCosta Kaufmann, a permis d'en préciser la personnalité artistique et d'en réévaluer la place occupée dans le contexte européen.

La formation lombarde

Issu d'une famille patricienne de Milan, Giuseppe Arcimboldo se forme auprès de son père, Biagio. Des documents indiquent dès 1549 qu'il est régulièrement payé jusqu'en 1558 pour des travaux de peinture dans la cathédrale de Milan, pour laquelle il pourrait avoir réalisé les cartons des vitraux consacrés à l'histoire de Loth et à la vie de sainte Catherine. En 1556, il entreprend, dans le transept de la cathédrale de Monza, un décor peint, achevé probablement en 1562 et dont subsiste en partie un Arbre de Jessé. En 1558, il est rémunéré pour une tapisserie qui, conservée dans la cathédrale de Côme, permet sur la base du style de lui attribuer les cartons d'une autre tapisserie, consacrée à saint Jean-Baptiste et vraisemblablement commandée par l'archevêque de Milan, Carlo Borromeo, pour la cathédrale de Monza (actuellement au Museo del Duomo). En marge de ses commandes officielles, il a dû, dès cette époque, élaborer des inventions plus libres, destinées à la sphère privée des collectionneurs, et manifester ainsi ce type de schizophrénie artistique que l'on retrouve chez nombre de peintres liés à la Contre-Réforme, tel Bartolomeo Passarotti.

Giuseppe Arcimboldo : «Le Juriste»

Giuseppe Arcimboldo : «Le Juriste»

De ce fait, la culture de Giuseppe Arcimboldo s'apparente étroitement à celle des membres de l'Académie dite « della Val di Blenio », laquelle, fondée à Milan en 1560 notamment par Giovanni Paolo Lomazzo, Aurelio Luini et Giovanni Ambrogio Brambilla, s'oppose à la normalisation académique du langage toscano-romain en recourant aux composantes les plus vernaculaires de la peinture lombarde. Elle résulte essentiellement de la convergence de trois traditions. La première est constituée par les caricatures de Léonard de Vinci qui, transmises à travers des carnets de dessins possédés par certains élèves (entre autres Bernardino Luini), se mêlent à la mode de la grotesque, diffusée à Milan par les orfèvres et les armuriers, comme les Negroli. La deuxième concerne les jeux d'optique, lesquels connaissent un succès ininterrompu en Italie septentrionale, comme l'attestent les expériences de Mantegna ou celles de Parmesan. La troisième enfin a trait à l'attention particulière que les peintres lombards accordent à la description méticuleuse des objets de la vie quotidienne, des fruits et des légumes notamment, une attention influencée par Pieter Aertsen ou Joachim Beuckelaer et particulièrement développée par Vincenzo Campi à Crémone. Ces trois traditions conjuguées expliquent la genèse des Têtes composées de Giuseppe Arcimboldo, lesquelles, définies par un assemblage d'objets distincts (livres, fleurs, fruits, légumes, animaux, etc.), répondent parfaitement au goût pour les curiosités, développé à la cour des Habsbourg.

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, maître assistant en histoire de l'art médiéval à l'université de Genève (Suisse)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Giuseppe Arcimboldo : «Le Juriste»

Giuseppe Arcimboldo : «Le Juriste»

<it>Allégorie de l'Été</it>, G. Arcimboldo

Allégorie de l'Été, G. Arcimboldo

<it>Allégorie de l'Eau</it>, G. Arcimboldo

Allégorie de l'Eau, G. Arcimboldo

Autres références

  • ALLÉGORIE

    • Écrit par Frédéric ELSIG, Jean-François GROULIER, Jacqueline LICHTENSTEIN, Daniel POIRION, Daniel RUSSO, Gilles SAURON
    • 11 594 mots
    • 5 médias
    ...Renaissance) par une chouette nichée dans un arbre creux au sein d'un bois faisant allusion à sa ville (Bois-le-Duc) et, par extension, à son propre nom. À travers la curiosité pour les déformations et les monstruosités, elle aboutit dans les célèbres Têtes composées de Giuseppe Arcimboldo, qui...
  • CARICATURE

    • Écrit par Marc THIVOLET
    • 8 333 mots
    • 8 médias
    ...conséquences de ces expériences qui n'étaient possibles que parce qu'elles étaient assimilées à des divertissements. Poussant le jeu des équivalences, Arcimboldo, Bracelli réduisirent visages et corps à un assemblage d'objets. Christoph Jamnitzer poussa l'équivalence jusqu'à l'impasse graphique inévitable...
  • FANTASTIQUE

    • Écrit par Roger CAILLOIS, Éric DUFOUR, Jean-Claude ROMER
    • 21 027 mots
    • 17 médias
    Ainsi, les tableauxd'Arcimboldo (xvie siècle) frappent par leur apparence délirante. Il est sans doute d'une aimable fantaisie d'assembler savamment des fleurs, des fruits et des poissons, de façon à faire surgir à la fin des visages ou des personnages composés uniquement d'éléments appartenant...
  • FIGURATIF ART

    • Écrit par Jacques GUILLERME
    • 2 901 mots
    • 1 média
    ...adultéré conduit l'œil à l'illusion consentie d'un double sens dont l'un éclaire l'autre selon le point de vue choisi. Ce qui est le propre des figures arcimboldesques construites comme un calembour plastique ; alors la combinaison ingénieuse des parties dans le tout, identifiables sur deux registres,...

Voir aussi