TAILLEFERRE GERMAINE (1892-1983)

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Quelques mois après la disparition de Georges Auric, celle de Germaine Tailleferre a achevé l'aventure du groupe des Six dont elle était la dernière survivante, aventure éphémère s'il en fut. Ce groupe était né d'une critique d'Henri Collet dans le journal Comœdia en 1919, à l'occasion d'un concert réunissant des œuvres de six jeunes compositeurs, qui présentaient cependant trop peu de points communs pour voir leurs destinées s'unir à long terme comme celles des cinq Russes.

Le groupe des Six

Photographie : Le groupe des Six

Les compositeurs du groupe des Six, en compagnie de Jean Cocteau au piano. De gauche à droite : Darius Milhaud, Georges Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Louis Durey. 

Crédits : Bettmann/ Getty Images

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Germaine Tailleferre voit le jour à Saint-Maur, dans la région parisienne, le 19 avril 1892. Elle fait preuve d'une étonnante précocité musicale en entrant au Conservatoire en 1904. Dans les classes d'Henri Dallier et de Georges Caussade, elle remporte des premiers prix d'harmonie (1913), de contrepoint (1914) et d'accompagnement (1915) tout en travaillant par ailleurs la composition avec Charles Koechlin. C'est l'époque où elle se lie avec Georges Auric, Arthur Honegger et Darius Milhaud, qui suivent les mêmes classes au Conservatoire. En 1917, elle fait la connaissance d'Erik Satie, qui deviendra le père spirituel des Six. Ses premières œuvres, un Quatuor à cordes dédié à Arthur Rubinstein, et Jeux de plein air, suite pour deux pianos qu'elle crée avec Satie (1918), montrent sa volonté de réagir contre les héritages du xixe siècle et contre l'impressionnisme. C'est un retour à la tradition française que confirme son Concerto pour piano (1919, créé par Alfred Cortot en 1921), la Sonate pour violon et piano no 1 (1920, créée par Jacques Thibaud et Alfred Cortot) ou la Ballade pour piano et orchestre (1922, créée par Ricardo Viñes en 1923). Mais le grand public ne la découvre qu'en 1923 avec son ballet Marchand d'oiseaux, créé aux Ballets suédois. Elle participe à l'œuvre collective des Six (dont Louis Durey s'était déjà retiré), Les Mariés de la tour Eiffel (1921), et travaille l'orchestration avec Maurice Ravel, dont elle est l'une des rares élèves (1925-1930). À la même époque, elle compose un Concertino pour harpe (1926, créé par Lily Laskine en 1929), les Six Chansons françaises (1930, créées par Janes Bathori) et une Ouverture pour orchestre (1932, créée par Pierre Monteux). La Cantate du Narcisse, d'après Paul Valéry (1937), marque un virage dans son esthétique : elle s'oriente vers une écriture plus dépouillée qui débouchera sur un langage souvent ironique et à contre-courant. Au moment de la guerre, elle séjourne aux États-Unis ; elle ne reviendra en France qu'en 1946. Suit une période principalement consacrée au théâtre : Il était un petit navire (1951) — caricature des opéras traditionnels qui provoqua un véritable chahut lors de sa création —, La Petite Sirène, opéra d'après Andersen (1958), Mémoire d'une bergère, opéra-bouffe (1959), Le Maître, sur un livret d'Eugène Ionesco (1959). Dans le domaine instrumental et vocal, elle compose un Concertino pour soprano et orchestre (1953, créé par Janine Micheau), une Sonate pour harpe (1954, créée par Nicanor Zabaleta), la Sonate pour violon et piano no 2 (1956), une Sonate pour clarinette et piano (1958), une Partita pour deux pianos et percussion (1964) et, ultime témoignage, le Concerto de la fidélité pour voix élevée et orchestre, créé en 1982 à l'Opéra de Paris.

Compositeur français par excellence, elle avait été baptisée par Jean Cocteau « Marie Laurencin pour l'oreille ». Elle avait un sens inné du raffinement sonore et construisait sa musique dans la ligne des Couperin, Fauré et Ravel. Adepte pendant un temps de la polytonalité, elle avait même abordé le sérialisme dans la Sonate pour clarinette et piano. Mais son esthétique reste avant tout classique, tournant le dos aux recherches récentes qu'elle ne comprenait pas, et désapprouvait. Elle possédai [...]

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Pierre-Paul LACAS
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Dans le chapitre « Germaine Tailleferre »  : […] La « Dame du Groupe », Germaine Tailleferre (1892-1983), disparut peu de temps après Auric ; comme lui, elle avait écrit nombre de musiques de scène et de films, plusieurs ballets ( Le Marchand d'oiseaux , 1923 ; Paris-Magie , 1949 ; Parisiana , 1955), un opéra-comique ( Il était un petit navire , 1951). Sa musique de chambre, quoique peu développée (notamment Quatuor à cordes , 1918 ; Concerto p […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « TAILLEFERRE GERMAINE - (1892-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/germaine-tailleferre/