DUREY LOUIS (1888-1979)

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Aîné du groupe des Six, Louis Durey s'est rapidement situé en marge de l'action de ses amis. Sa réserve naturelle n'avait rien de commun avec les éclats un peu tapageurs des Six à leurs débuts et, s'il a toujours conservé des liens amicaux étroits avec ses camarades, son appartenance au groupe des Six repose davantage sur le hasard que sur des raisons esthétiques.

Le groupe des Six

Photographie : Le groupe des Six

Les compositeurs du groupe des Six, en compagnie de Jean Cocteau au piano. De gauche à droite : Darius Milhaud, Georges Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Louis Durey. 

Crédits : Bettmann/ Getty Images

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Louis Durey voit le jour le 27 mai 1888 à Paris. Il acquiert d'abord une formation universitaire et est diplômé des Hautes Études commerciales en 1908. Il vient à la musique assez tard : il commence l'étude de l'harmonie et du contrepoint en 1919 avec Léonce Saint-Réquier qui enseigne à la Schola Cantorum. À cette époque, il a déjà écrit ses premières mélodies. Très vite, il se retrouve parmi les Six (1920) dont il se détache tout aussi rapidement pour des raisons éthiques : le groupe s'en prend à des valeurs reconnues, comme Wagner, que Durey estime inattaquables ; de plus, Ravel, qui vient d'introduire Durey chez l'éditeur Durand, est une de leurs cibles.

Membre du Parti communiste à partir de 1936, Durey adhère à la Fédération musicale populaire la même année et en devient secrétaire général un an plus tard. Après la guerre, il participe à la fondation de l'Association française des musiciens progressistes dont le but est d'appliquer les directives populistes de l'esthétique officielle soviétique ; aux côtés de Serge Nigg et de Michel Philippot, il s'attache à exprimer dans sa musique la vie et la lutte des masses populaires ; en 1948, il devient vice-président de cette association. Il sera à partir de 1950 le principal critique musical de la presse communiste. À la fin des années cinquante, Louis Durey s'installe à Valfère, en Provence, où il vit en marge de l'activité musicale de la capitale. En 1960, il reçoit la médaille d'argent de la Ville de Paris et, l'année suivante, le grand prix de musique française de la S.A.C.E.M.

L'œuvre de Durey se ressent dans un premier temps des influences de Stravinski, Satie et même Schönberg. Lors de son bref passage parmi les Six, il se montre l'un des antiromantiques les plus farouches ; son attitude est cependant purement esthétique, alors que ses amis visent aussi les hommes qui illustrent cette démarche intellectuelle. L'académisme est l'un de ses pires ennemis. Cet autodidacte fait son chemin en solitaire et sait se dégager progressivement de l'influence des maîtres qu'il admire. Parti d'un atonalisme teinté de polytonalité, il dévoile sa véritable personnalité dans une musique dépouillée et concise. Le moindre trait de crayon sur la portée prend une valeur essentielle. Son harmonie, riche et subtile, lui permet de trouver des timbres nouveaux.

Ses convictions politiques sont une véritable morale qui guide sa vie et sa production. La poésie est inscrite au plus profond de lui-même, ce qui explique sa prédilection pour la mélodie et la voix : ses premières œuvres sont conçues sur des poèmes de Paul Verlaine, Francis Jammes, André Gide ou Rabindranath Tagore. Par la suite, il présente Éloges (1917-1962) et Images à Crusoe (1918) sur des poèmes de Saint-John Perse, Chansons basques (1919), Le Bestiaire (1920), La Longue Marche (1959), sur un poème de Mao Zedong, deux Poèmes d'Hô Chi Minh (1951) et plusieurs séries de chansons populaires françaises qu'il harmonise. Pour le piano, il compose Carillons et Neige (à quatre mains, 1916-1918) qu'il orchestre par la suite, trois sonatines (1926), dix Inventions (1928), des préludes, études, nocturnes, les dix Basquaises (1951) et les Autoportraits (1967). La musique de chambre traduit particulièrement bien la pudeur de ce musicien intimiste (trois quatuors, deux trios, une sonatine pour flûte et piano), alors que l'orchestre semble l'intimider : outre les orchestrations de Carillons et de Neige, il ne livre à l'orchestre symphonique qu'une Fantaisie pour violoncelle et orchestre (1947) et l'Ouverture Île-de-France (1955). En revanche, les orchestres réduits lui conviennent mieux, car il retrouve en eux le charme discret de la musique de chambre : Concertino pour piano et instruments à vent (1957), Octophonies (1965) et Sinfonietta pour c [...]

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Pierre-Paul LACAS
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Dans le chapitre « Louis Durey »  : […] Louis Durey (1888-1979) demeura fidèle à Debussy, son modèle initial, même s'il accepta l'influence ultérieure de Schönberg ( L'Offrande lyrique ), de Stravinski (deux pièces à quatre mains : Carillons et Neige ), de Satie ( Trois Poèmes de Pétrone ) et de Ravel ( Le Bestiaire ). Après son adhésion au Parti communiste (1936), il mit son art surtout au service de ses convictions (cantates, chants d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « DUREY LOUIS - (1888-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-durey/