RUBINSTEIN ARTHUR (1887-1982)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Il est donné à quelques-uns de personnifier la musique face à ceux qui ne l'approchent guère. Herbert von Karajan et Arthur Rubinstein étaient de ceux-là, même si les raisons de ce rayonnement sont très différentes pour chacun d'eux.

Arthur Rubinstein

Photographie : Arthur Rubinstein

Le pianiste américain d'origine polonaise Arthur Rubinstein (1887-1982) en répétition à Londres, en novembre 1957. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

L'amour de la vie

Rarement, pianiste aura exercé séduction plus irrésistible qu'Arthur Rubinstein sur un aussi vaste public. Connaît-on beaucoup d'artistes qui, venant assister à un concert, se font ovationner dès leur entrée dans la salle, comme s'ils saluaient entre deux bis sur l'estrade ? L'image même du bonheur de vivre ne peut manquer d'exercer cette fascination universelle. Le sourire rassurant d'Arthur Rubinstein plane au-dessus de deux guerres mondiales, de la grande crise de 1929, des persécutions raciales, des misères physiques de la vieillesse (il avait presque perdu la vue). Avec ce plaisir de jouer évident et cette haine instinctive du travail, il incarne la victoire du don sur l'effort, le triomphe de la jeunesse quand viennent les cheveux blancs, l'inébranlable confiance dans les promesses de l'avenir malgré les difficultés du moment. Tel nous le montre le film – L'Amour de la vie (1975) – que lui ont consacré François Reichenbach et Bernard Gavoty. Débordant d'une stupéfiante vitalité, et cela jusqu'au dernier jour, cet éloge vivant de la paresse savait conquérir les plus réticents par un humour devenu légendaire. Ne confiait-il pas, au cours d'une journée hommage que lui consacrait France-Musique, avec cette célèbre voix rocailleuse : « Je ne suis pas le plus grand [...] je suis le plus vieux ! »

Arthur (ou Artur) Rubinstein naît à Łódź le 28 janvier 1887 dans une famille de juifs polonais. L'adversité n'épargne pas sa jeunesse. Son père, marchand de tissus, est ruiné ; il assiste à la brutale répression qu'exercent les Russes contre son peuple et sa religion. Mais, déjà, s'étend sur lui l'aile protectrice de la musique. Enfant prodigieusement doué, il donne son premier récital à cinq ans. À Varsovie, il travaille avec Aleksandr Różycki et peut approcher Ignacy Jan Paderewski. Il se perfectionne ensuite à Berlin avec Karl-Heinrich Barth, Robert Kahn et Max Bruch. Pour son premier concert important, il joue Mozart sous la baguette de Joseph Joachim à Berlin en décembre 1900. Suivent une tournée en Russie avec Serge Koussevitzky, son premier concert parisien en 1904, et ses débuts américains en 1906, avec l'Orchestre de Philadelphie au Carnegie Hall de New York. Paris devient alors son port d'attache, même s'il réside pendant la Première Guerre mondiale à Londres. Il boit, à cette époque, la vie à longs traits, avec une avidité sensuelle qui transparaît sans fard dans son autobiographie en deux volumes, My Young Years (1973) et My Many Years (1980). Mais cette existence à la fois passionnante et facile nuit à la qualité de son jeu, et son talent est bien près de sombrer.

Son mariage avec Aniela, fille d'Emil Młynarski, chef d'orchestre, violoniste et compositeur polonais (1870-1935), est pour lui une véritable planche de salut. Il se stabilise enfin, achète une maison à Paris (1938) et se met à travailler avec la même énergie qu'il avait employée à prendre le meilleur de l'instant qui passe. Les résultats ne se font pas attendre. Il donne des récitals de musique de chambre avec les plus grands (Eugène Ysäye, Jascha Heifetz, Emanuel Feuermann...) et commence, à plus de cinquante ans, une réelle carrière internationale. Le disque (chez E.M.I. puis, surtout, chez R.C.A.) le consacre comme une vedette immensément populaire qui s'illustre essentiellement dans le grand répertoire romantique, notamment dans Chopin. Sur les plus grandes scènes du monde, il donne des concerts jusqu'en 1976, faisant preuve d'une longévité musicale peu commune, à l'image d'un Pablo Casals, qui jouait encore en public à plus de quatre-vingt-dix ans. Stravinski avait transcrit pour lui trois danses de Petrouchka et écrit à son intention Piano-Rag-Music (1919). Parmi les partitions qui lui sont dédiées on retiendra la Quatrième Symphonie (Symphonie concertante) de Karol Szymanowski [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  RUBINSTEIN ARTHUR (1887-1982)  » est également traité dans :

PIANO

  • Écrit par 
  • Daniel MAGNE, 
  • Alain PÂRIS
  •  • 4 370 mots
  •  • 15 médias

Dans le chapitre « L'interprétation pianistique »  : […] On sait peu de chose des grands virtuoses du xix e  siècle, en dehors des témoignages et de ce que leur musique nous révèle. Clementi, Cramer, Frédéric Kalkbrenner et Johann Nepomuk Hummel ont assuré la transition vers le xix e siècle, alors que Henri Herz, Henry Litolff, Camille-Marie Stamaty, Liszt, Sigismund Thalberg ou Clara Schumann correspondent au stéréotype du virtuose romantique, entour […] Lire la suite

SZYMANOWSKI KAROL (1882-1937)

  • Écrit par 
  • Michel PAZDRO
  •  • 2 905 mots

Dans le chapitre « La Pologne indépendante »  : […] En cette fin de 1919, Szymanowski et sa famille quittent définitivement l'Ukraine et partent pour la Pologne, devenue un État indépendant mais territorialement très réduit. À Varsovie, ses œuvres, présentées lors d'un concert au conservatoire, ne suscitent aucun intérêt, et le compositeur décide de voyager à nouveau : il part pour Londres où il retrouve Arthur Rubinstein et Paul Kochanski, puis t […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre BRETON, « RUBINSTEIN ARTHUR - (1887-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arthur-rubinstein/